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Cours de sociologie économique

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Titre: Cours de sociologie économique
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 20-03-2013
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence:



Le cours sous forme de présentation

Le télécharger.

Complément au cours : croyances économiques et économie : quelques grands repères.

Problématique. Quels sont les rapports entre économie et croyances, doctrines et sciences économiques ?

Position du problème. C'est un problème plus complexe qu'il n'y paraît et qu'on ne peut saisir pleinement qu'en délimitant différentes sous-thèses.

Quelles difficultés méthodologiques :

  • Les notions de croyances, d'économie, d'idéologies de sciences sont complexes, variables et difficiles à définir et à différencier. Elles sont souvent connotées par des postulats sous-jacents. Par exemple, la notion d'idéologie suppose une certaine correspondance entre vérité, croyance et faits.
  • Les hypothèses émises sont parfois difficiles, voire impossible, à tester. D'où le recours fréquent à des méthodes de validation du type analyse historique.
  • Elles s'inscrivent au sein d'un contexte économique et politique délicat.

Par exemple : dire que donner une définition de la science n'est pas neutre, n'est pas neutre en soi ! On peut considérer qu'il existe une définition transcendante de la science, ou non.

Quelles sont les différentes thèses ?

La thèse orthodoxe.

Elle repose sur trois principes, rarement formulés.

  • P1. L'économie repose sur des lois naturelles, indépendantes des croyances individuelles, ou des croyances collectives. Par exemple, la loi de l'offre et de la demande postule que la demande pour un bien augmente quand son prix diminue, et cela est vrai quelque soit les croyances et la configuration culturelle (les représentations collectives).
  • P2. La science économique n'est pas assimilable à une croyance. C'est un ensemble de propositions scientifiques qui décrivent le plus fidèlement possible le réel. Les propositions hors champ économique sont donc non scientifiques.
  • P3. Des deux principes précédents, on déduit un principe de « neutralité ». La science économique ne fait que décrire le réel, elle n'influe pas sur lui.

Il doit être bien clair que ces principes ont deux conséquences politiques, au moins d'un point de vue théorique :

  1. Elles légitiment le pouvoir des experts. La science économique devient une machine complexe, qu'il faut comprendre de l'extérieur, et qui nécessite des outils élaborés. Notamment, en ce qui concerne l'orientation des politiques économiques.
  2. Elles légitiment une certaine passivité. L'économie obéissant à des lois « naturelles », il est impossible de s'abstraire de ces règles.

On peut donc se douter que ces conclusions donnent lieu à des tentatives de réfutation.

Affaiblissement de P1.

Bien des auteurs ont tenté de montrer le rôle fondamental des croyances dans le fonctionnement de l'économie. Tarde au début du XXe siècle, par exemple. Plus récemment, Bourdieu, en montrant le rôle des croyances dans la construction des marchés et des comportements de consommation. En finance, on étudie également l'impact des croyances et des comportements imitatifs sur le comportement des acteurs. En théorie des jeux, en outre, on introduit l'idée que les acteurs disposent d'informations sur les autres et établissent leurs comportements sur la base de ces informations. La différence principale entre la sociologie économique et la branche de l'économie qui confère aux agents des comportements cognitifs plus ou moins complexes, tient essentiellement dans l'usage ou non de la théorie des choix rationnels.

On pourra notamment se référer aux travaux de John Searle qui, distinguant le fait brut, du fait institutionnel, montre comme certains faits institutionnels, certains statuts, certains pouvoirs, n'existent que parce qu'on croit en leur existence. Pour citer Searle:

Il nous faut distinguer les faits bruts, tel le fait que le soleil est à cent cinquante millions de kilomètres de la Terre, et les faits institutionnels, tel le fait que Clinton est président. Les faits bruts existent indépendamment de toute institution humaine; les faits institutionnels ne peuvent exister qu'à l'intérieur des institutions humaines. Les faits institutionnels (...) ont impérativement besoin, pour exister, d'institutions humaines particulières. Le langage est l'une d'elles.

Mais il faut faire attention, Searle défend seulement l'idée que les croyances sont à l'origine des institutions, comme la monnaie. Mais cela n'empêche pas que les faits institutionnels puissent obéir à des lois.

D'autres auteurs vont plus loin. Ils considèrent que le contenu des croyances, ce qu'elles décrivent, produit ce qu'elles décrivent. La notion a été popularisé par Merton :

Une prophétie autoréalisatrice est une prophétie qui se réalise parce qu'une ou plusieurs personnes croyaient qu'elle devait se réaliser : elle se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance advient réellement.

Ce type de phénomène a un impact important en finance.

L'impact peut aussi être indirect. En ayant un certain nombre de croyances, ou en focalisant l'attention sur certains phénomènes, les agents économiques ont un certain type de comportements.

Affaiblissement de P2.

Dans cette optique, science et croyances sont indissociables.

Plusieurs cas de figure.

Dans le courant marxiste : l'infrastructure détermine la superstructure. Dit autrement, les modes et les rapports de production déterminent les idéologies qui vont être dominantes. Ces idéologies visent à pérenniser les rapports de production, à pérenniser les rapports de classe. Tout un ensemble de travaux visent à partir de là à montrer l'orientation idéologique de la science économique, dans une optique de lutte des classes.

Néanmoins, si le mouvement initial est marxiste (la sociologie marxiste est fondatrice dans la construction de la sociologie de la connaissance), rapidement, d'autres thèses, moins marquées par ce paradigme, se développent. L'idée est toujours de rechercher les sous-bassement économiques des croyances. Par exemple, un acteur qui connaît une mobilité sociale ascendante, va modifier ses représentations en conséquences. Ces thèses ne partagent pas toutes le paradigme de la rationalité économique.

Affaiblissement de P3.

L'idée est que les thèses économiques scientifiques ont un impact sur l'économie réelle. Par exemple, en légitimant certains comportements collectifs ou certaines politiques.

Dans la théorie des anticipations rationnelles, les agents économiques sont également capables de modifier leurs comportements, à partir des modèles utilisés par les politiques gouvernementales.

Plan du cours

I. Présentation du cours (1h30).

Objectifs du cours.

  • Appréhender l'économie dans une approche pluridisciplinaire et réflexive.
  • Acquérir les concepts et outils fondamentaux de la sociologie et de l'anthropologie économique.
  • Élargir la représentation du domaine de l'économie à des formes d'échange non-marchandes ou alternatives.
  • À travers cette approche globale de la socio-économie, permettre aux ingénieurs d'intégrer ces dimensions et paramètres socio-économiques dans la pratique de l'ingénierie, de l'expertise ou de l'encadrement.

Qu'est-ce que l'économie ?

  • L'économie en tant que science.
  • L'économie en tant qu'objet (définition difficile).

L'économie « orthodoxe ».

De nombreuses hypothèses implicites.

  • Méthodologie dominante :Hypothético-déductive.
  • Position objectiviste.
  • Domaine de l'économie.
  • Dé-historicisé.
  • Séparation entre économique et social.
  • Limité aux échanges et relations marchands.
  • Comportements des agents. Homo economicus.
  • Rationalité collective.
  • Pas de relations de pouvoir ou de domination. Choix libre.
  • Lois « naturelles ».
  • Hypothèses sur les biens.
  • Division du travail.
  • Lois de l'offre et de la demande.
  • Neutralité de la monnaie.
  • Théorie de la valeur.
  • Marchés efficients.

La sociologie et l'anthropologie économique.

  • Définitions.
  • Variété des courants.
  • Remise en cause des postulats de l'économie « orthodoxe ».

Relations entre sociologie et économie

  • Mettre en évidence les limites de l'économie en tant que science.
  • Proposer des modèles alternatifs et une approche méthodologique distincte.
  • Penser plus en profondeur les relations entre le système économique et le système social, tenir compte des dimensions sociales et culturelles dans l'économie.
  • Penser le champ de l'économie en dehors des systèmes marchands.

En résumé, la théorie économique « orthodoxe » s'intéresse à un jeu théorique dans lequel les acteurs ont des comportements « idéaux » et dont les règles du jeu sont fixés de manière « exogène ». La socio-économie étudie le comportement réel des joueurs et les comportements qui accompagnent le jeu (non strictement nécessaire à première vue), le contexte du jeu, l'évolution des règles et suppose une interaction entre ces différents domaines (les joueurs sont capables d'influer sur les règles, sur le contexte, transgressent les règles, les comportements hors-jeu ont une influence décisive, etc.).

II. Sciences économiques et économie. Une science performative ? (1h30)

Quelle relation entre sciences économique et économie ?

Les différentes thèses.

  1. objectiviste, neutralité de la science économique, pure représentation,
  2. externaliste, science économique déterminée par le contexte social (au sens large),
  3. constructiviste, impact de la science économique sur l'économie et la société, dont,
    • « matérialiste », impact de l'économie sur la science économique (légitimation),
    • « culturaliste », science économique « autonome » par rapport aux modes de production, déterminée par des facteurs culturels ou propres au champ scientifique.
    • « moraliste », science économique est un guide d'action.

Présentation rapide d'auteurs phares dans ces thèses.

  • Économie morale (Albert Hirschman, Amartya Sen).
  • Courant bourdieusien et anti-utilitariste.

Les implications politiques et sociales.

  • Mise en évidence du fait que les positions ne sont pas neutres idéologiquement et politiquement.
  • Bref aperçu des implications épistémologiques.

III. Séparation de l'économique et du social (1h30).

Le système économique autonome par rapport au système social ? Deux thèses :

  • Le système social détermine le système économique.
  • La ré-historicisation de l'économie.
  • Limite des modèles évolutionnistes : le cas de la monnaie.
  • Impact des religions sur l'économie (Max Weber).
  • Les structures sociales de l'économie
  • L'anthropologie économique : la culture détermine la forme des échanges économiques, les comportements de consommation, l'adoption des méthodes de management, etc. Les marchés sont *inscrits dans un contexte juridique et culturel,
  • Le poids des institutions.
  • Les social studies en économie.
  • Le système économique détermine le système social.
  • Thèses marxistes : le mode de production détermine les idéologies et les relations de pouvoir (matérialisées par le Droit).
  • Autonomisation du système économique (Karl Polyani).
  • Division du travail et anomie (Durkheim).
  • Positions intermédiaires
  • Tenir compte des effets sociaux de l'économie, notamment des effets externes (économie du développement, économie de la régulation).
  • Intégrer les aspects sociaux et éthiques dans le fonctionnement de l'économie de marché : économie sociale et solidaire.
  • Création de lien social par l'échange économique (Serge Latouche, Renaud Sainseaulieu).
  • Intégrer l'économie dans le processus politique et décisionnel démocratique (démocratie d'entreprise).

IV. Rationalité, comportements économiques et société : approches sociologiques (1h30).

Économie « orthodoxe » : fortes hypothèses sur les comportements individuels et collectifs.

  • Rationalité individuelle : les critiques de la notion de rationalité.
    • En anthropologie économique.
    • En économie : affaiblissement des hypothèses (rationalité limitée de Simon).
  • Rationalité collective : hypothèse forte ?
    • Comportements mimétiques, relations de pouvoir (Gabriel Tarde).
    • Croyances et irrationalité économique (Marcel Mauss).
    • Complexité des comportements individuels et collectifs (social studies of market).

V. Les institutions de l'économie : monnaie, crédit, médias, langage et croyances, conventions, droit, marchés, travail, etc. (1h30)

Position économique « orthodoxe » : neutralité des institutions et de-historicisation et dé-socialisation de ces institutions. À l'inverse, la sociologie et l'économie institutionnelle rattachent ces institutions à un contexte historique et social particulier. Elles insistent également sur le rôle joué par ces institutions dans l'économie de marché.

Cinq cas abordés (environ 15mn par cas) :

  • Croyances et médias comme fondamentaux de l'économie de marché (Gabriel Tarde).
  • Rôle de la monnaie et des comportements mimétiques sur l'économie (Gabriel Tarde et courant post-kéynésien).
  • Anthropologie des circuits économiques (Malinowski).
  • La variabilité des contrats. Notion de confiance et de conventions (Olivier Favereau).
  • Le travail comme institution. Hypothèses implicites et limites de la notion de travail en économie.

VI. Diversité des systèmes d'échange et systèmes économiques alternatifs (1h30).

Dans l'économie orthodoxe, le marché est le système le plus performant. De plus, il est homogène et universel. Il est le seul à permettre efficacement la coordination décentralisée des agents économiques grâce au système de prix.

Anthropologie et sociologie économique contestent cette position :

  • Marchés nombreux, divers, pas forcément de prix d'équilibre, production intégrée à la consommation, souci d'autonomie chez les peuples premiers, marché à finalité sociale.
  • Échanges très nombreux et variés hors-marché.
  • Économie du don (MAUSS).
  • Économie non-marchande et non-hiérarchique.

Études de cas :

  • Les systèmes de dons.
  • Systèmes de dons sans contre-partie.
    • Dans l'entreprise.
    • Comme régulateurs d'échanges économiques alternatifs (économie de la culture libre).
  • Systèmes de dons avec contre-partie.
    • Dans l'entreprise.
    • Comme régulateurs d'échanges économiques alternatifs (les SEL).
  • Les modèles de production/consommation non-marchande et non-hiérarchique. Quelques caractéristiques.
    • Lien social fort.
    • Travail/loisir mélangés.
    • Fondés sur le volontariat et non sur la contrainte.
    • Taille souvent limitée.
    • Participation égale des membres (recours au vote, tirage au sort pour prendre les décisions).
    • Autonomie par rapport à l'environnement (inputs et outputs).

Évaluation

Les élèves devraient analyser, en fin de cours, par rapport à leur projet ou leur stages en entreprise, quels aspects socio-économiques le cours permet de mettre en avant, et quelles pratiques et technologies ils pourraient développer ou renforcer pour en tenir compte (et par quelle méthode de conduite du changement).



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