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Pourquoi je préfère le RSA

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Titre: Pourquoi je préfère le RSA
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 27-05-2016
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande



Résumé: Le RSA peut être défendu dans une optique individualiste. C'est ce que je tente de montrer dans ce texte. Ou plutôt, j'essaie avant tout d'ouvrir le débat. Nombre de propositions avancées ici nécessiteraient en effet une vérification empirique. Par exemple : le RSA contribue-t-il vraiment à l'auto-production ? J'ai fondé cette proposition sur mon expérience personnelle : moi, mes amis et mes connaissances. Néanmoins, elle nécessiterait une vérification appuyée par une observation plus rigoureuse.




Les partisans du Revenu Minimum d'Existence (RME) et du Revenu de Solidarité Active (RSA1) défendent en général ces systèmes de redistribution en prenant appui sur le critère de l'efficacité macro-économique et sur de grands principes théoriques et éthiques (justice sociale, liberté, respect de soi, etc.).

Sans nier l'intérêt de la démarche, je regrette qu'ils cantonnent l'argumentation à cette dimension abstraite, philosophique et collective, laissant de côté les avantages purement pratiques, rationnels et individualistes de ces systèmes de redistribution. Avantages qui constituent pourtant un réel plaidoyer en leur faveur.

Arguments « économiques ».

Je m'interroge donc, dans ce qui suit, sur les avantages du RSA ou du RME ; et, en tout premier lieu, sur ceux qui sont de nature économique.

Pour moi, « en tant qu'individu », deux questions me paraissent centrales.

  1. Pourquoi est-il, pour moi, plus intéressant, économiquement et individuellement parlant, d'être au RSA, plutôt que de travailler pour un salaire minimum (le smic), ou un salaire peu élevé (à supposer que je ne cumule pas les deux) ?
  2. Pourquoi est-il, pour moi, plus intéressant de défendre l'adhésion collective au principe du RSA ou du RME ? Pourquoi ai-je un intérêt économique à ce que de nombreuses personnes en bénéficient ?

Individuellement.

En théorie, le choix économique que je fais entre le travail marchand et le RSA, repose sur la valeur du revenu différentiel net (revenu moins coût) entre le revenu que je tire d'une activité marchande et le revenu que je tire en tant que bénéficiaire du RSA.

Autrement dit, je calcule :

Revenu Différentiel Net = (Revenu Activité Marchande - Coût Activité Marchande) - (RSA ou RME)

Un premier constat s'impose. Le revenu différentiel net n'est pas forcément favorable à l'activité marchande, surtout pour des revenus faibles (aux alentours du SMIC). Pourquoi ?

  • D'abord, parce que vendre coûte cher. Le coût économique du travail marchand (vente, salariat) est conséquent. De quoi se compose-t-il ? Des coûts de déplacement, du matériel obligatoire, de l'habillement, de la formation, des frais médicaux engendrés par le travail marchand, de l'investissement au sens large dans du capital ou du capital humain, des coûts liés aux relations sociales nécessaires au travail marchand, des coûts supplémentaires engendrés par l'obligation de se loger près des centres urbains où les loyers et le prix des biens sont plus élevés, etc. - de plus en plus avec la privatisation des services publics !
  • Le coût d'opportunité généré par une activité marchande est significatif. En effet, le temps alloué au travail salarié ou à la recherche d'argent sur le marché, auquel il faut ajouter le temps alloué au travail fantôme2, diminue notablement celui que je peux allouer à la production domestique. En ne travaillant pas pour vendre, grâce au temps libéré dégagé (TL), je peux « auto-produire » quantité de services et d'objets à des prix bien moindres et très souvent de meilleure qualité que ceux du marché 3, à la formation, à la prospection de solutions d'achat plus économes, etc.
  • En faisant les choses moi-même, je profite d'avantages induits par l'auto-production. Par exemple, une formation à moindre coût, les effets d'apprentissage liés à la répétition des activités domestiques (j'accrois ainsi mon capital humain !), les synergies qui naissent entre certaines activités domestiques (par exemple, faire cuire plusieurs plats simultanément dans le four qui produit de la chaleur pendant que je répare mes chaussures !!)4, etc.5
  • Mon statut social de RSAste me procure des avantages économiques directs. J'ai davantage de réductions, je suis moins taxé (hormis la TVA) et j'ai accès gratuitement à de nombreux services réservés aux populations défavorisées (aides au logement, par exemple).
  • Le RSA ou le RME n'empêchent pas de maintenir une activité marchande supplémentaire (réduite ou non) (AS), même si c'est plus ou moins légalement. Ce qui réduit encore le revenu différentiel net.

On peut donc réécrire l'équation de choix comme suit:

Revenu Différentiel Net = (Revenu Activité Marchande - Coût Activité Marchande) - (RSA ou RME + AS) - (TL - CAP6) - (DSR7 - DR8).

Tout cela mis bout à bout réduit le montant du revenu différentiel net à peau de chagrin. Au point qu'aujourd'hui, un travail salarié de faible revenu peut même être économiquement moins avantageux que le RSA9.

En théorie, il est donc économiquement « irrationnel » de préférer un travail faiblement rémunéré au RSA.

Une adhésion faible.

L'expérience montre pourtant que les effets désincitatifs sur le travail marchand du RME sont peu significatifs10. On peut alors s'interroger. Pourquoi tant de personnes continuent-elles à avoir une activité marchande alors qu'il serait plus intéressant pour elles d'être au RSA ?

Je pense que la réponse est à rechercher avant tout dans des facteurs socio-culturels auxquels il faut ajouter des facteurs économiques. J'avance plusieurs hypothèses :

  • Le RSA est souvent vécu et perçu comme un stigmate de la pauvreté. En ce sens, il est « dévalorisant ».
  • Le RSA est réprouvé socialement. Plusieurs hypothèses permettent de l'expliquer :
    • Il est considéré, notamment par les personnes actives dans l'économie marchande, comme une marque de « fainéantise »11 et d'« assistanat »12. Il est vu comme immérité.
    • Il suppose un partage des revenus marchands, ce qui n'est pas au goût de tous !
    • On peut raisonnablement supposer qu'il est mal vu par la classe « patronale » (et non la classe bourgeoise), dans la mesure où celle-ci peut y voir, à tort ou à raison, une entrave à l'offre de main d’œuvre à bas coût13.
  • L'identité sociale se construit aujourd'hui à travers le travail marchand. La perte du travail équivaut alors à une perte de son identité sociale14.
  • L'inactivité peut être mal vécue lorsque les seules perspectives d'action sont marchandes.

A cela, il faut ajouter plusieurs arguments économiques défavorables au RSA.

  • Etre au RSA, dans de nombreux cas, équivaut à une absence de perspective en terme de carrière. Ce point est en partie vrai, mais doit être relativisé.
    • Il existe également de nombreuses voies de progression hiérarchiques dans les activités non-marchandes.
    • Le temps libre dégagé par le RSA permet de réaliser des activités qui pourront s'avérer payantes par la suite.
    • Les perspectives de progression hiérarchiques dans les métiers faiblement rémunérés sont souvent faibles15.
  • L'accès au crédit est difficile avec un RSA (d'où les entraves que cela implique en terme d'accumulation du capital).
  • L'acquisition de ressources via l'activité marchande peut générer des économies ou apporter une plus-value dans l'auto-production domestique (exemple: accès internet, fournitures de bureau, ressources alimentaires, etc.). Ceci dépend bien sûr de la nature du travail marchand en question16.

Collectivement

Individuellement, je peux, à travers mes choix, favoriser une orientation de l'action collective qui me paraît en accord avec mon intérêt personnel. Il s'agit bien d'une rationalité individuelle, au sens d'une action intéressée ; même si l'effet escompté à travers le choix peut être perçu comme indirect et ne pas s'appuyer sur des thèses rationnelles ou vérifiées17.

De plus, je peux aussi avoir intérêt à défendre le RSA ou le RME, comme choix collectif, car l'extension de ce système de redistribution paraît favorable à mes intérêts économiques. Encore une fois, il s'agit d'un choix purement égoïste !

Quelles sont, dans cette perspective, les raisons de défendre ou de choisir le RSA ? En voici quelques-unes :

  • L'activité économique marchande capte une part très importante des ressources librement accessibles (par la privatisation) et génère des nuisances sociales (stress, anomie), médicales, économiques et environnementales (dégradation des espaces naturels, pollution, bruits, voitures) considérables. Or, il est raisonnable de supposer que ces deux contraintes, contrainte d'exclusion (je me vois dans l'impossibilité d'avoir accès à certaines ressources élémentaires) et contrainte d'obligation (je dois subir les effets de l'activité économique marchande), seront fortement atténuées si davantage de personne réduisent leur activité marchande. Par exemple, une personne qui fait pousser un petit potager ne me gêne pas. En revanche, un grand champ de monoculture quasi-désertique est une véritable nuisance pour moi18!
  • Le RSA joue un rôle de soupape sociale et garantit le maintien d'une consommation minimale qui permet d'entretenir une production industrielle minimale. J'y vois deux avantages.
    • Le premier est qu'une situation de stabilité sociale est pour moi préférable à une situation de chaos social. Et mon argumentation est ici purement individualiste!! Je préfère des rues où les gens peuvent avoir à manger qu'une rue où ils luttent pour survivre. Question de confort!
    • Le deuxième est que, de mon point de vue, il est indispensable de soutenir une production industrielle minimale pour certaines ressources qu'il est actuellement très coûteux ou impossible de produire soi-même (ou par le biais de l'économie non-marchande).
  • Je pense que le RSA renchérit le travail marchand et augmente de ce fait le rapport capital/travail dans la production. Ce qui oblige, d'une part, à limiter les taxes sur les bas-salaires (pour garder un caractère incitatif), d'autre part, à améliorer les conditions de travail des bas-salaires (même argument). Or, je suis favorable, individuellement, à une baisse de l'impôt et à une production de masse intensive en capital (en machine) - du moins pour les ressources qui ne peuvent être auto-produites. Tout simplement car cela équivaut à moins de travail humain, et à fortiori, à moins d'effets négatifs du travail marchand et à davantage d'efficacité. Je préfère pour ma part que moins de personnes travaillent dans des métiers pénibles ou dégradants. Laissons ce travail aux machines !!!
  • Un travailleur marchand pauvre est probablement plus « coûteux » socialement qu'un « RSAste ». D'abord, en raison, comme je l'ai mentionné ci-dessus, des externalités considérables générées par l'activité marchande, mais aussi, et c'est moins évident à concevoir, du fait du coût des infrastructures (marchés, routes, chambres de commerces), des procédures socio-techniques complexes qui sont nécessaires au bon déroulement des échanges marchands (droit du commerce, publicité, etc.). Enfin, le travail marchand a un coût direct : accidents du travail, cotisations, etc., bien plus élevé que celui du travail domestique.
  • Le RSA est certes une taxation sur le travail marchand, mais c'est aussi et surtout une taxation sur les capitaux et sur les ressources appropriés par les travailleurs ou les capitalistes. Pris ainsi, il me paraît profitable de favoriser une telle redistribution pour limiter les inégalités économiques et sociales dont tout le monde pâtit (y compris moi).
  • Le RSA est un levier du développement de l'économie non-marchande dont je tire bénéfice quotidiennement. Sous réserve que ces deux hypothèses soient vérifiées :
    • Il favorise l'auto-production.
    • Il oblige à avoir recours à des échanges non-marchands : l'entraide, la récupération, etc. Je pense qu'il favorise, en tous les cas, le contact avec les pratiques et structures non-marchandes, multipliant ainsi la possibilité d'une adhésion à ces formes d'échange.

Arguments « sociologiques ».

Individuellement.

  • Le travail salarié, quelque soit son niveau, devient de plus en plus dégradant, limitant, aliéné, épuisant et appauvrissant sur le plan humain. On ne cesse de le rabâcher et cela me paraît hélas indéniable. En refusant ce type de travail, j'évite donc une puissante source de désagrément.
  • Le travail salarié se fait aujourd'hui à l'intérieur d'un modèle hiérarchique, directif et compétitif. Refuser un travail de ce type, au profit de pratiques égalitaires, volontaires et coopératives, est pour moi un choix tout à fait légitime.

Collectivement.

  • Les RSAstes sont rarement inactifs. Certains sont investis dans la vie collective, associative, culturelle, sociale au même titre que les retraités19. Qui plus est, à ma connaissance, nombre d'entre eux recherchent de nouvelles voies pour travailler, pratiquent des alternatives qui enrichissent la société, dont je profite indirectement. Par exemple, ils restaurent des fermes, créent et développent des associations, etc.
  • Il y a de très bonnes raisons à ne pas vouloir collaborer avec les institutions modernes20. J'en vois au moins deux.
    • Elles sont organisées, pour la plupart, comme de gigantesques structures hiérarchiques à l'intérieur desquelles le rêve démocratique paraît illusoire.
    • Il ne fait plus de doute, aujourd'hui, que ces institutions organisent directement ou indirectement la destruction des cultures populaires et de notre environnement, pour y substituer des milieux aseptisés, stériles ou appauvris. Etant directement concerné par les effets de ces institutions - par exemple, par l'école ou la pollution industrielle - je suis particulièrement attentif à toute mesure qui aurait pour effet indirect de contre-carrer leurs actions.
  • Les expérimentations de versement d'un revenu inconditionnel d'existence ont montré ses effets positifs en terme de baisse de la criminalité, de baisse des hospitalisations, d'amélioration des infrastructures, etc. Ce qui n'est pas pour me déplaire !

Arguments éthiques et « politiques ».

Je n'ai pas réussi à trouver des informations sur les effets politiques du versement du RSA21 ou d'un RME, ou sur le profil électoral des bénéficiaires du RSA. Quant aux approches comparatives (entre pays), elles sont rendues difficiles par la multiplicité des systèmes de protection sociale. Il y a donc matière à recherche, mais on bénéficie déjà de quelques données. On sait notamment que les chômeurs votent majoritairement à gauche, tandis que les travailleurs indépendants ont un vote qui est positionné très à droite22. Ce qui éclaire sous un autre angle la politique de la droite d'extension du RSA aux auto-entrepreneurs...

Sur le plan de l'éthique individuelle, en revanche, le RSA et le RME posent de multiples questions. Comment les justifier ? Je mettrai l'accent sur quelques réponses qui me semblent évidentes - mais je reconnais leur caractère relatif.

  • Le RSA me permet d'orienter mes activités dans le sens que je souhaite, et il minimise la pression et les contraintes qui pèsent sur ce choix (bien qu'elle subsiste). Il me rend donc plus libre.
  • Le montant du RSA étant faible, il me faut jongler pour arriver à faire ce que je veux! Ce qui est une démarche passionnante et constructive. Je m'aperçois ainsi qu'il est possible de trouver un équivalent gratuit ou très peu cher, et de meilleure qualité, à la plupart des biens et services que propose le marché. Je sors ainsi de la passivité marchande, qui consiste à acheter parce que c'est plus simple et parce que ça va plus vite.
  • Etre au RSA m'oblige à vivre avec un faible revenu. Ce qui m'impose une consommation bien plus sobre, et satisfait mes convictions écologiques et surtout minimise les effets négatifs que provoquent sur moi la surconsommation.

On touche ici à mon avis le point sensible du RSA. Certes, il me rend plus libre, mais seulement dans une certaine mesure... Car je reste quand même dépendant de ce revenu et surtout de l'Etat qui le verse... Il ne satisfait donc qu'à moitié la démarche de dé-consommation et d'autonomie dans laquelle je suis engagé, même si, indéniablement, pour moi, il y contribue.

Je pense donc que le RSA ou le RME n'ont de sens qu'en tant que mesures transitoires. Transition vers quoi ? Il me paraît personnellement et collectivement absurde de les concevoir comme des mesures d'insertion dans l'économie marchande. En revanche, je pense qu'ils peuvent aider, sous certaines conditions, à substituer à l'économie marchande, une économie plus sobre, plus rationnelle et efficace, qui serait en grande partie fondée sur les échanges non-marchands et sur l'auto-production.

Et c'est aussi pour cela que je préfère le RSA...

Notes

 

1 Pour un aperçu de la socio-démographie du dispositif, on pourra consulter, Sophie Cazain et al., Études sur le revenu de solidarité active, N°156, octobre 2012, CAF. Consulté en avril 2015 <http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/dossier_etudes/dossier_156-etudesrsa.pdf> ainsi que le dossier Sophie Cazain et Isabelle Siguret, « Les allocataires du Rsa fin décembre 2011 », l'essentiel, n°120, mars 2012. Consulté en avril 2015 <http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/essentiel/120_-_essentiel_-_rsa_mars.pdf>

2 Celui qui correspond au coût économique du travail marchand, par exemple, les déplacements, la formation, etc.

3 La raison en est, entre autres, que je ne supporte plus, ce faisant, les coûts de transaction, les coûts du marché (publicité, marketing, ...), les coûts liés à la taxation, etc., qui sont incorporés dans ces ressources.

4 Ce qui n'est autre que de la micro écologie industrielle !

5 Comment mesurer monétairement le coût d'opportunité. Deux aspects doivent être pris en compte. Le premier est que les synergies entre les activités permettent de supposer que plus du temps de travail est libéré, plus il est « efficace ». Autrement dit, le revenu marginal du temps libéré est croissant. A double titre, rapporté à la quantité de travail hebdomadaire, et il y a aussi des effets d'apprentissage sur le long-terme. Ensuite, pour avoir une idée de la valeur du temps libéré, il faut la rapporter à la valeur des ressources que je peux auto-produire au lieu d'acheter.

6 Coûts liés à l'auto-production. On peut raisonnablement supposer que TL >> CAP.

7 Dépenses sans réduction.

8 Dépenses réduites.

9 En effet, le SMIC net est à peu près égal à 1100 €. Retranchons le coût du travail marchand. Il est assez difficile à évaluer (je n'ai pas trouvé de données facilement utilisables), mais en additionnant le transport, la formation, les soins, le surcoût liés à l'habitat près des zones d'emploi, etc., je pense qu'on peut l'estimer à environ 250 € par mois. Venons-en au temps libre. Je l'estime à environ 40 heures de dégagées. Car il ne faut pas négliger les heures du travail fantôme. Et je préfère ne pas comptabiliser dans la catégorie hors travail-fantôme les heures de loisir, car elles me paraissent nécessaires pour supporter la pénibilité du travail (cette hypothèse est formulée par J. Ellul dans Le système technicien). 40 heures dégagées équivalent, au minimum à 40 x 15 € = 600 euros. Car je paie généralement plus cher l'achat de services marchands que ce que je vends l'équivalent de mon travail sur le marché (par exemple, la garde d'enfants, la cuisine, le ménage, le bricolage, etc.), en raison des coûts de transaction, des taxes, des coûts du marché (coûts nécessaires au fonctionnement du marché, en partie inclus dans les taxes), etc. Il faut aussi ajouter l'effet de synergie. Enfin, il faut retrancher la différence entre les dépenses sans réduction et les dépenses réduites. Etant donné le montant des aides au logement, on peut sans exagérer estimer à au moins 200 euros cette différence. Donc, on a au final : RDN = 1100 - 250 - 400 - 600 - 200 = - 350 €. C'est bien sûr une évaluation approximative, mais elle donne un ordre d'idée.

10 Voir par exemple D. Hum et W. Simpson, « A Guaranteed Annual Income? From Mincome to the Millenium », Policy Options Politiques 01-02/2001, p.80. <http://www.irpp.org/po/archive/jan01/hum.pdf>, consulté le 14 mars 2012.

11 A l'instar, me semble-t-il, de la façon dont est perçue la rente par la classe ouvrière...

12 A l'inverse du versement des retraites ou d'une aide aux handicapés.

13 Pour aller à l'encontre de cet argument, on peut noter que le RME peut aussi constituer un bon prétexte pour la casse des acquis sociaux. Le raisonnement est le suivant. Le RME constituant une protection universelle contre les aléas de la vie, il facilite la suppression des coûteux systèmes bureaucratiques de protection sociale (coûteux pour la classe patronale), tels que l'allocation chômage, la sécurité sociale, etc., qui peuvent être remplacés par des systèmes de protection privés.

14 Et il faut ajouter que le RME s'oppose à l'idéologie du travail qui est dominante dans les sociétés modernes. Ce qui renforce la pression sociale à l'encontre des « anti-travail-marchand ». D'une certaine manière, la situation s'apparente à l'opprobre dont souffrent les déserteurs ou ceux qui ne veulent pas monter au front durant les guerres. Elle est très bien narrée par Céline dans Voyage au bout de la nuit.

15 Ici, on doit toutefois distinguer la progression hiérarchique espérée que font miroiter les organisations marchandes (au même titre qu'une cagnotte à la loterie), de la progression hiérarchique réelle (en tant que variable sociologique).

16 On pourrait ajouter que le statut de RSAste est précaire. En tant que RSAste, je ne suis pas à l'abri d'un arrêt arbitraire des versements. Mais le problème existe également dans le cadre du travail marchand.

17 C'est par exemple ce qui se produit lorsque nous votons ! Notre vote n'a quasiment aucun impact sur le résultat final. Et pourtant, nous votons !

18 Je fais ici, et dans la suite, une hypothèse sous-jacente. Sous certaines conditions, le RME ou le RSA réduisent l'activité marchande et augmentent l'activité non-marchande. C'est une hypothèse forte. Et je garde à l'esprit qu'on peut raisonnablement supposer qu'elle n'est valide que sous deux conditions:
1. En parallèle au système de redistribution, doit exister un mouvement soutenu en défaveur du travail marchand.
2. Le système de redistribution doit s'appliquer à une économie qui est déjà majoritairement organisée sur le modèle marchand monétaire classique (monnaie d'Etat). Dans le cas contraire, le RSA a probablement pour effet d'augmenter la conversion vers l'économie marchande en favorisant le recours à l'achat.

19 Souvent, je le précise, dans des domaines qui me plaisent plus que ceux qui le sont par les retraités.

20 J'entends institution au sens large, le marché en étant une.

21 Pour cela, il faudrait déjà s'entendre sur les effets du RSA (baisse de la criminalité, accroissement de l'assistanat, etc.) !

22 http://www.letudiant.fr/boite-a-docs/document/les-determinants-sociologiques-du-vote-2675.html



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