GratiLab, laboratoire de science citoyenne sur la gratuité, le DIY et la culture libre

>Inscription<

>Connexion<

Participer

La fabrique

Le bistro


Suivre...
le sitela pagela rubrique
Textes /

Pourquoi je préfère le RSA

Titre: Pourquoi je préfère le RSA
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 27-05-2016
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande



Résumé: Le RSA peut être défendu dans une optique individualiste. C'est ce que je tente de montrer dans ce texte. Ou plutôt, j'essaie avant tout d'ouvrir le débat. Nombre de propositions avancées ici nécessiteraient en effet une vérification empirique. Par exemple : le RSA contribue-t-il vraiment à l'auto-production ? J'ai fondé cette proposition sur mon expérience personnelle : moi, mes amis et mes connaissances. Néanmoins, elle nécessiterait une vérification appuyée par une observation plus rigoureuse.






Les partisans du Revenu Minimum d'Existence (RME) et du Revenu de Solidarité Active (RSA1) défendent en général ces systèmes de redistribution en prenant appui sur le critère de l'efficacité macro-économique et sur de grands principes théoriques et éthiques (justice sociale, liberté, respect de soi, etc.).

Sans nier l'intérêt de la démarche, je regrette qu'ils cantonnent l'argumentation à cette dimension abstraite, philosophique et collective, laissant de côté les avantages purement pratiques, rationnels et individualistes de ces systèmes de redistribution. Avantages qui constituent pourtant un réel plaidoyer en leur faveur.

Arguments « économiques ».

Je m'interroge donc, dans ce qui suit, sur les avantages du RSA ou du RME ; et, en tout premier lieu, sur ceux qui sont de nature Ă©conomique.

Pour moi, « en tant qu'individu », deux questions me paraissent centrales.

  1. Pourquoi est-il, pour moi, plus intéressant, économiquement et individuellement parlant, d'être au RSA, plutôt que de travailler pour un salaire minimum (le smic), ou un salaire peu élevé (à supposer que je ne cumule pas les deux) ?
  2. Pourquoi est-il, pour moi, plus intéressant de défendre l'adhésion collective au principe du RSA ou du RME ? Pourquoi ai-je un intérêt économique à ce que de nombreuses personnes en bénéficient ?

Individuellement.

En théorie, le choix économique que je fais entre le travail marchand et le RSA, repose sur la valeur du revenu différentiel net (revenu moins coût) entre le revenu que je tire d'une activité marchande et le revenu que je tire en tant que bénéficiaire du RSA.

Autrement dit, je calcule :

Revenu Différentiel Net = (Revenu Activité Marchande - Coût Activité Marchande) - (RSA ou RME)

Un premier constat s'impose. Le revenu différentiel net n'est pas forcément favorable à l'activité marchande, surtout pour des revenus faibles (aux alentours du SMIC). Pourquoi ?

  • D'abord, parce que vendre coĂ»te cher. Le coĂ»t Ă©conomique du travail marchand (vente, salariat) est consĂ©quent. De quoi se compose-t-il ? Des coĂ»ts de dĂ©placement, du matĂ©riel obligatoire, de l'habillement, de la formation, des frais mĂ©dicaux engendrĂ©s par le travail marchand, de l'investissement au sens large dans du capital ou du capital humain, des coĂ»ts liĂ©s aux relations sociales nĂ©cessaires au travail marchand, des coĂ»ts supplĂ©mentaires engendrĂ©s par l'obligation de se loger près des centres urbains oĂą les loyers et le prix des biens sont plus Ă©levĂ©s, etc. - de plus en plus avec la privatisation des services publics !
  • Le coĂ»t d'opportunitĂ© gĂ©nĂ©rĂ© par une activitĂ© marchande est significatif. En effet, le temps allouĂ© au travail salariĂ© ou Ă  la recherche d'argent sur le marchĂ©, auquel il faut ajouter le temps allouĂ© au travail fantĂ´me2, diminue notablement celui que je peux allouer Ă  la production domestique. En ne travaillant pas pour vendre, grâce au temps libĂ©rĂ© dĂ©gagĂ© (TL), je peux « auto-produire » quantitĂ© de services et d'objets Ă  des prix bien moindres et très souvent de meilleure qualitĂ© que ceux du marchĂ© 3, Ă  la formation, Ă  la prospection de solutions d'achat plus Ă©conomes, etc.
  • En faisant les choses moi-mĂŞme, je profite d'avantages induits par l'auto-production. Par exemple, une formation Ă  moindre coĂ»t, les effets d'apprentissage liĂ©s Ă  la rĂ©pĂ©tition des activitĂ©s domestiques (j'accrois ainsi mon capital humain !), les synergies qui naissent entre certaines activitĂ©s domestiques (par exemple, faire cuire plusieurs plats simultanĂ©ment dans le four qui produit de la chaleur pendant que je rĂ©pare mes chaussures !!)4, etc.5
  • Mon statut social de RSAste me procure des avantages Ă©conomiques directs. J'ai davantage de rĂ©ductions, je suis moins taxĂ© (hormis la TVA) et j'ai accès gratuitement Ă  de nombreux services rĂ©servĂ©s aux populations dĂ©favorisĂ©es (aides au logement, par exemple).
  • Le RSA ou le RME n'empĂŞchent pas de maintenir une activitĂ© marchande supplĂ©mentaire (rĂ©duite ou non) (AS), mĂŞme si c'est plus ou moins lĂ©galement. Ce qui rĂ©duit encore le revenu diffĂ©rentiel net.

On peut donc réécrire l'équation de choix comme suit:

Revenu Différentiel Net = (Revenu Activité Marchande - Coût Activité Marchande) - (RSA ou RME + AS) - (TL - CAP6) - (DSR7 - DR8).

Tout cela mis bout à bout réduit le montant du revenu différentiel net à peau de chagrin. Au point qu'aujourd'hui, un travail salarié de faible revenu peut même être économiquement moins avantageux que le RSA9.

En théorie, il est donc économiquement « irrationnel » de préférer un travail faiblement rémunéré au RSA.

Une adhésion faible.

L'expérience montre pourtant que les effets désincitatifs sur le travail marchand du RME sont peu significatifs10. On peut alors s'interroger. Pourquoi tant de personnes continuent-elles à avoir une activité marchande alors qu'il serait plus intéressant pour elles d'être au RSA ?

Je pense que la réponse est à rechercher avant tout dans des facteurs socio-culturels auxquels il faut ajouter des facteurs économiques. J'avance plusieurs hypothèses :

  • Le RSA est souvent vĂ©cu et perçu comme un stigmate de la pauvretĂ©. En ce sens, il est « dĂ©valorisant ».
  • Le RSA est rĂ©prouvĂ© socialement. Plusieurs hypothèses permettent de l'expliquer :
    • Il est considĂ©rĂ©, notamment par les personnes actives dans l'Ă©conomie marchande, comme une marque de « fainĂ©antise »11 et d'« assistanat »12. Il est vu comme immĂ©ritĂ©.
    • Il suppose un partage des revenus marchands, ce qui n'est pas au goĂ»t de tous !
    • On peut raisonnablement supposer qu'il est mal vu par la classe « patronale » (et non la classe bourgeoise), dans la mesure oĂą celle-ci peut y voir, Ă  tort ou Ă  raison, une entrave Ă  l'offre de main d’œuvre Ă  bas coĂ»t13.
  • L'identitĂ© sociale se construit aujourd'hui Ă  travers le travail marchand. La perte du travail Ă©quivaut alors Ă  une perte de son identitĂ© sociale14.
  • L'inactivitĂ© peut ĂŞtre mal vĂ©cue lorsque les seules perspectives d'action sont marchandes.

A cela, il faut ajouter plusieurs arguments économiques défavorables au RSA.

  • Etre au RSA, dans de nombreux cas, Ă©quivaut Ă  une absence de perspective en terme de carrière. Ce point est en partie vrai, mais doit ĂŞtre relativisĂ©.
    • Il existe Ă©galement de nombreuses voies de progression hiĂ©rarchiques dans les activitĂ©s non-marchandes.
    • Le temps libre dĂ©gagĂ© par le RSA permet de rĂ©aliser des activitĂ©s qui pourront s'avĂ©rer payantes par la suite.
    • Les perspectives de progression hiĂ©rarchiques dans les mĂ©tiers faiblement rĂ©munĂ©rĂ©s sont souvent faibles15.
  • L'accès au crĂ©dit est difficile avec un RSA (d'oĂą les entraves que cela implique en terme d'accumulation du capital).
  • L'acquisition de ressources via l'activitĂ© marchande peut gĂ©nĂ©rer des Ă©conomies ou apporter une plus-value dans l'auto-production domestique (exemple: accès internet, fournitures de bureau, ressources alimentaires, etc.). Ceci dĂ©pend bien sĂ»r de la nature du travail marchand en question16.

Collectivement

Individuellement, je peux, à travers mes choix, favoriser une orientation de l'action collective qui me paraît en accord avec mon intérêt personnel. Il s'agit bien d'une rationalité individuelle, au sens d'une action intéressée ; même si l'effet escompté à travers le choix peut être perçu comme indirect et ne pas s'appuyer sur des thèses rationnelles ou vérifiées17.

De plus, je peux aussi avoir intérêt à défendre le RSA ou le RME, comme choix collectif, car l'extension de ce système de redistribution paraît favorable à mes intérêts économiques. Encore une fois, il s'agit d'un choix purement égoïste !

Quelles sont, dans cette perspective, les raisons de défendre ou de choisir le RSA ? En voici quelques-unes :

  • L'activitĂ© Ă©conomique marchande capte une part très importante des ressources librement accessibles (par la privatisation) et gĂ©nère des nuisances sociales (stress, anomie), mĂ©dicales, Ă©conomiques et environnementales (dĂ©gradation des espaces naturels, pollution, bruits, voitures) considĂ©rables. Or, il est raisonnable de supposer que ces deux contraintes, contrainte d'exclusion (je me vois dans l'impossibilitĂ© d'avoir accès Ă  certaines ressources Ă©lĂ©mentaires) et contrainte d'obligation (je dois subir les effets de l'activitĂ© Ă©conomique marchande), seront fortement attĂ©nuĂ©es si davantage de personne rĂ©duisent leur activitĂ© marchande. Par exemple, une personne qui fait pousser un petit potager ne me gĂŞne pas. En revanche, un grand champ de monoculture quasi-dĂ©sertique est une vĂ©ritable nuisance pour moi18!
  • Le RSA joue un rĂ´le de soupape sociale et garantit le maintien d'une consommation minimale qui permet d'entretenir une production industrielle minimale. J'y vois deux avantages.
    • Le premier est qu'une situation de stabilitĂ© sociale est pour moi prĂ©fĂ©rable Ă  une situation de chaos social. Et mon argumentation est ici purement individualiste!! Je prĂ©fère des rues oĂą les gens peuvent avoir Ă  manger qu'une rue oĂą ils luttent pour survivre. Question de confort!
    • Le deuxième est que, de mon point de vue, il est indispensable de soutenir une production industrielle minimale pour certaines ressources qu'il est actuellement très coĂ»teux ou impossible de produire soi-mĂŞme (ou par le biais de l'Ă©conomie non-marchande).
  • Je pense que le RSA renchĂ©rit le travail marchand et augmente de ce fait le rapport capital/travail dans la production. Ce qui oblige, d'une part, Ă  limiter les taxes sur les bas-salaires (pour garder un caractère incitatif), d'autre part, Ă  amĂ©liorer les conditions de travail des bas-salaires (mĂŞme argument). Or, je suis favorable, individuellement, Ă  une baisse de l'impĂ´t et Ă  une production de masse intensive en capital (en machine) - du moins pour les ressources qui ne peuvent ĂŞtre auto-produites. Tout simplement car cela Ă©quivaut Ă  moins de travail humain, et Ă  fortiori, Ă  moins d'effets nĂ©gatifs du travail marchand et Ă  davantage d'efficacitĂ©. Je prĂ©fère pour ma part que moins de personnes travaillent dans des mĂ©tiers pĂ©nibles ou dĂ©gradants. Laissons ce travail aux machines !!!
  • Un travailleur marchand pauvre est probablement plus « coĂ»teux » socialement qu'un « RSAste ». D'abord, en raison, comme je l'ai mentionnĂ© ci-dessus, des externalitĂ©s considĂ©rables gĂ©nĂ©rĂ©es par l'activitĂ© marchande, mais aussi, et c'est moins Ă©vident Ă  concevoir, du fait du coĂ»t des infrastructures (marchĂ©s, routes, chambres de commerces), des procĂ©dures socio-techniques complexes qui sont nĂ©cessaires au bon dĂ©roulement des Ă©changes marchands (droit du commerce, publicitĂ©, etc.). Enfin, le travail marchand a un coĂ»t direct : accidents du travail, cotisations, etc., bien plus Ă©levĂ© que celui du travail domestique.
  • Le RSA est certes une taxation sur le travail marchand, mais c'est aussi et surtout une taxation sur les capitaux et sur les ressources appropriĂ©s par les travailleurs ou les capitalistes. Pris ainsi, il me paraĂ®t profitable de favoriser une telle redistribution pour limiter les inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques et sociales dont tout le monde pâtit (y compris moi).
  • Le RSA est un levier du dĂ©veloppement de l'Ă©conomie non-marchande dont je tire bĂ©nĂ©fice quotidiennement. Sous rĂ©serve que ces deux hypothèses soient vĂ©rifiĂ©es :
    • Il favorise l'auto-production.
    • Il oblige Ă  avoir recours Ă  des Ă©changes non-marchands : l'entraide, la rĂ©cupĂ©ration, etc. Je pense qu'il favorise, en tous les cas, le contact avec les pratiques et structures non-marchandes, multipliant ainsi la possibilitĂ© d'une adhĂ©sion Ă  ces formes d'Ă©change.

Arguments « sociologiques ».

Individuellement.

  • Le travail salariĂ©, quelque soit son niveau, devient de plus en plus dĂ©gradant, limitant, aliĂ©nĂ©, Ă©puisant et appauvrissant sur le plan humain. On ne cesse de le rabâcher et cela me paraĂ®t hĂ©las indĂ©niable. En refusant ce type de travail, j'Ă©vite donc une puissante source de dĂ©sagrĂ©ment.
  • Le travail salariĂ© se fait aujourd'hui Ă  l'intĂ©rieur d'un modèle hiĂ©rarchique, directif et compĂ©titif. Refuser un travail de ce type, au profit de pratiques Ă©galitaires, volontaires et coopĂ©ratives, est pour moi un choix tout Ă  fait lĂ©gitime.

Collectivement.

  • Les RSAstes sont rarement inactifs. Certains sont investis dans la vie collective, associative, culturelle, sociale au mĂŞme titre que les retraitĂ©s19. Qui plus est, Ă  ma connaissance, nombre d'entre eux recherchent de nouvelles voies pour travailler, pratiquent des alternatives qui enrichissent la sociĂ©tĂ©, dont je profite indirectement. Par exemple, ils restaurent des fermes, crĂ©ent et dĂ©veloppent des associations, etc.
  • Il y a de très bonnes raisons Ă  ne pas vouloir collaborer avec les institutions modernes20. J'en vois au moins deux.
    • Elles sont organisĂ©es, pour la plupart, comme de gigantesques structures hiĂ©rarchiques Ă  l'intĂ©rieur desquelles le rĂŞve dĂ©mocratique paraĂ®t illusoire.
    • Il ne fait plus de doute, aujourd'hui, que ces institutions organisent directement ou indirectement la destruction des cultures populaires et de notre environnement, pour y substituer des milieux aseptisĂ©s, stĂ©riles ou appauvris. Etant directement concernĂ© par les effets de ces institutions - par exemple, par l'Ă©cole ou la pollution industrielle - je suis particulièrement attentif Ă  toute mesure qui aurait pour effet indirect de contre-carrer leurs actions.
  • Les expĂ©rimentations de versement d'un revenu inconditionnel d'existence ont montrĂ© ses effets positifs en terme de baisse de la criminalitĂ©, de baisse des hospitalisations, d'amĂ©lioration des infrastructures, etc. Ce qui n'est pas pour me dĂ©plaire !

Arguments éthiques et « politiques ».

Je n'ai pas réussi à trouver des informations sur les effets politiques du versement du RSA21 ou d'un RME, ou sur le profil électoral des bénéficiaires du RSA. Quant aux approches comparatives (entre pays), elles sont rendues difficiles par la multiplicité des systèmes de protection sociale. Il y a donc matière à recherche, mais on bénéficie déjà de quelques données. On sait notamment que les chômeurs votent majoritairement à gauche, tandis que les travailleurs indépendants ont un vote qui est positionné très à droite22. Ce qui éclaire sous un autre angle la politique de la droite d'extension du RSA aux auto-entrepreneurs...

Sur le plan de l'éthique individuelle, en revanche, le RSA et le RME posent de multiples questions. Comment les justifier ? Je mettrai l'accent sur quelques réponses qui me semblent évidentes - mais je reconnais leur caractère relatif.

  • Le RSA me permet d'orienter mes activitĂ©s dans le sens que je souhaite, et il minimise la pression et les contraintes qui pèsent sur ce choix (bien qu'elle subsiste). Il me rend donc plus libre.
  • Le montant du RSA Ă©tant faible, il me faut jongler pour arriver Ă  faire ce que je veux! Ce qui est une dĂ©marche passionnante et constructive. Je m'aperçois ainsi qu'il est possible de trouver un Ă©quivalent gratuit ou très peu cher, et de meilleure qualitĂ©, Ă  la plupart des biens et services que propose le marchĂ©. Je sors ainsi de la passivitĂ© marchande, qui consiste Ă  acheter parce que c'est plus simple et parce que ça va plus vite.
  • Etre au RSA m'oblige Ă  vivre avec un faible revenu. Ce qui m'impose une consommation bien plus sobre, et satisfait mes convictions Ă©cologiques et surtout minimise les effets nĂ©gatifs que provoquent sur moi la surconsommation.

On touche ici à mon avis le point sensible du RSA. Certes, il me rend plus libre, mais seulement dans une certaine mesure... Car je reste quand même dépendant de ce revenu et surtout de l'Etat qui le verse... Il ne satisfait donc qu'à moitié la démarche de dé-consommation et d'autonomie dans laquelle je suis engagé, même si, indéniablement, pour moi, il y contribue.

Je pense donc que le RSA ou le RME n'ont de sens qu'en tant que mesures transitoires. Transition vers quoi ? Il me paraît personnellement et collectivement absurde de les concevoir comme des mesures d'insertion dans l'économie marchande. En revanche, je pense qu'ils peuvent aider, sous certaines conditions, à substituer à l'économie marchande, une économie plus sobre, plus rationnelle et efficace, qui serait en grande partie fondée sur les échanges non-marchands et sur l'auto-production.

Et c'est aussi pour cela que je préfère le RSA...

Notes

 

1 Pour un aperçu de la socio-démographie du dispositif, on pourra consulter, Sophie Cazain et al., Études sur le revenu de solidarité active, N°156, octobre 2012, CAF. Consulté en avril 2015 <http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/dossier_etudes/dossier_156-etudesrsa.pdf> ainsi que le dossier Sophie Cazain et Isabelle Siguret, « Les allocataires du Rsa fin décembre 2011 », l'essentiel, n°120, mars 2012. Consulté en avril 2015 <http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/essentiel/120_-_essentiel_-_rsa_mars.pdf>

2 Celui qui correspond au coût économique du travail marchand, par exemple, les déplacements, la formation, etc.

3 La raison en est, entre autres, que je ne supporte plus, ce faisant, les coûts de transaction, les coûts du marché (publicité, marketing, ...), les coûts liés à la taxation, etc., qui sont incorporés dans ces ressources.

4 Ce qui n'est autre que de la micro Ă©cologie industrielle !

5 Comment mesurer monétairement le coût d'opportunité. Deux aspects doivent être pris en compte. Le premier est que les synergies entre les activités permettent de supposer que plus du temps de travail est libéré, plus il est « efficace ». Autrement dit, le revenu marginal du temps libéré est croissant. A double titre, rapporté à la quantité de travail hebdomadaire, et il y a aussi des effets d'apprentissage sur le long-terme. Ensuite, pour avoir une idée de la valeur du temps libéré, il faut la rapporter à la valeur des ressources que je peux auto-produire au lieu d'acheter.

6 Coûts liés à l'auto-production. On peut raisonnablement supposer que TL >> CAP.

7 Dépenses sans réduction.

8 Dépenses réduites.

9 En effet, le SMIC net est à peu près égal à 1100 €. Retranchons le coût du travail marchand. Il est assez difficile à évaluer (je n'ai pas trouvé de données facilement utilisables), mais en additionnant le transport, la formation, les soins, le surcoût liés à l'habitat près des zones d'emploi, etc., je pense qu'on peut l'estimer à environ 250 € par mois. Venons-en au temps libre. Je l'estime à environ 40 heures de dégagées. Car il ne faut pas négliger les heures du travail fantôme. Et je préfère ne pas comptabiliser dans la catégorie hors travail-fantôme les heures de loisir, car elles me paraissent nécessaires pour supporter la pénibilité du travail (cette hypothèse est formulée par J. Ellul dans Le système technicien). 40 heures dégagées équivalent, au minimum à 40 x 15 € = 600 euros. Car je paie généralement plus cher l'achat de services marchands que ce que je vends l'équivalent de mon travail sur le marché (par exemple, la garde d'enfants, la cuisine, le ménage, le bricolage, etc.), en raison des coûts de transaction, des taxes, des coûts du marché (coûts nécessaires au fonctionnement du marché, en partie inclus dans les taxes), etc. Il faut aussi ajouter l'effet de synergie. Enfin, il faut retrancher la différence entre les dépenses sans réduction et les dépenses réduites. Etant donné le montant des aides au logement, on peut sans exagérer estimer à au moins 200 euros cette différence. Donc, on a au final : RDN = 1100 - 250 - 400 - 600 - 200 = - 350 €. C'est bien sûr une évaluation approximative, mais elle donne un ordre d'idée.

10 Voir par exemple D. Hum et W. Simpson, « A Guaranteed Annual Income? From Mincome to the Millenium », Policy Options Politiques 01-02/2001, p.80. <http://www.irpp.org/po/archive/jan01/hum.pdf>, consulté le 14 mars 2012.

11 A l'instar, me semble-t-il, de la façon dont est perçue la rente par la classe ouvrière...

12 A l'inverse du versement des retraites ou d'une aide aux handicapés.

13 Pour aller à l'encontre de cet argument, on peut noter que le RME peut aussi constituer un bon prétexte pour la casse des acquis sociaux. Le raisonnement est le suivant. Le RME constituant une protection universelle contre les aléas de la vie, il facilite la suppression des coûteux systèmes bureaucratiques de protection sociale (coûteux pour la classe patronale), tels que l'allocation chômage, la sécurité sociale, etc., qui peuvent être remplacés par des systèmes de protection privés.

14 Et il faut ajouter que le RME s'oppose à l'idéologie du travail qui est dominante dans les sociétés modernes. Ce qui renforce la pression sociale à l'encontre des « anti-travail-marchand ». D'une certaine manière, la situation s'apparente à l'opprobre dont souffrent les déserteurs ou ceux qui ne veulent pas monter au front durant les guerres. Elle est très bien narrée par Céline dans Voyage au bout de la nuit.

15 Ici, on doit toutefois distinguer la progression hiérarchique espérée que font miroiter les organisations marchandes (au même titre qu'une cagnotte à la loterie), de la progression hiérarchique réelle (en tant que variable sociologique).

16 On pourrait ajouter que le statut de RSAste est précaire. En tant que RSAste, je ne suis pas à l'abri d'un arrêt arbitraire des versements. Mais le problème existe également dans le cadre du travail marchand.

17 C'est par exemple ce qui se produit lorsque nous votons ! Notre vote n'a quasiment aucun impact sur le résultat final. Et pourtant, nous votons !

18 Je fais ici, et dans la suite, une hypothèse sous-jacente. Sous certaines conditions, le RME ou le RSA réduisent l'activité marchande et augmentent l'activité non-marchande. C'est une hypothèse forte. Et je garde à l'esprit qu'on peut raisonnablement supposer qu'elle n'est valide que sous deux conditions:
1. En parallèle au système de redistribution, doit exister un mouvement soutenu en défaveur du travail marchand.
2. Le système de redistribution doit s'appliquer à une économie qui est déjà majoritairement organisée sur le modèle marchand monétaire classique (monnaie d'Etat). Dans le cas contraire, le RSA a probablement pour effet d'augmenter la conversion vers l'économie marchande en favorisant le recours à l'achat.

19 Souvent, je le précise, dans des domaines qui me plaisent plus que ceux qui le sont par les retraités.

20 J'entends institution au sens large, le marché en étant une.

21 Pour cela, il faudrait déjà s'entendre sur les effets du RSA (baisse de la criminalité, accroissement de l'assistanat, etc.) !

22 http://www.letudiant.fr/boite-a-docs/document/les-determinants-sociologiques-du-vote-2675.html



Le contenu du site GratiLab, laboratoire de science citoyenne sur la gratuité, le DIY et la culture libre, sauf mentions contraires, ainsi que toute nouvelle contribution Ă  ce site, est sous licence culturelle non-marchande.
Site gratuit, sans publicité, à but non lucratif, ouvert à tous ceux qui souhaitent effectuer des recherches sur les échanges non-marchands et la culture libre ou simplement partager leurs savoirs et savoir-faire. Construit avec PmWiki et hébergé par Toile Libre.