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Les platanes de la faim

La revue de sociologie lo-fi

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Titre: Les platanes de la faim
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 2015
Dernière modification de l'article: 08-06-2016 à 11:03
Rubrique: La revue de sociologie lo-fi
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande






Si nous avons une crise alimentaire elle ne sera pas due à l'insuffisance du pouvoir productif de la nature, mais à l'extravagance du désir humain.

(...)

Mon opinion est que si 100% des gens étaient agriculteurs ce serait l'idéal. (...) Si chaque personne recevait un dixième d'hectare, cela ferait un demi hectare par famille de cinq, ce serait plus qu'assez pour faire vivre la famille pendant toute l'année.

Masanobu Fukuoka, La révolution d'un seul brin de paille. Une introduction à l'agriculture sauvage., Guy Trédaniel, 2015, pp. 130, 135.

Le mythe du sauvage en proie aux dures conditions imposées par une nature féroce et impitoyable est loin d'être révolu. Peu importe que des anthropologues l'aient depuis longtemps rejeté1, il continue quand même à distiller dans les esprits sa conclusion implacable : sans économie de marché, sans progrès technique, c'est la faim qui nous attend, le fléau de la famine.

Soit, mais regardons les faits - les faits bruts au sens de John Searle2.

De la nourriture, des terres, il y en a. Ce n'est pas ce qui manque ! Seulement, je ne peux les utiliser librement.

Voilà la réalité !

Je postule donc, √† partir de mon exp√©rience personnelle3, que le ¬ę probl√®me de la faim ¬Ľ provient de l'impossibilit√©, d'origine physique4, l√©gale et culturelle, d'acc√©der en toute libert√© aux terres et √† la nourriture disponible. En tant que pauvre, si je viens √† mourir de faim, ce n'est pas parce qu'il n'existe pas de nourriture en stock, ni parce que la duret√© de l'hiver aura min√© mes r√©coltes ; c'est simplement que je n'ai pas acc√®s aux terres et, √©ventuellement, aux espaces de stockage et de transformation des denr√©es alimentaires5.

C'est hélas aussi simple que ça. Le reste, je veux dire, les théories fumeuses sur les causes de la faim dans le monde, l'insécurité alimentaire, le miracle des OGM, la pénurie du phosphate, etc., c'est de la branlette universitaire...

La propriété privée : solution ou problème ?

Le pire, dans l'histoire, c'est que la seule solution qu'on propose √† ¬ę mon probl√®me ¬Ľ de pauvre - et qui fait l'objet d'un large consensus de l'extr√™me-droite √† l'extr√™me-gauche - est la ¬ę propri√©t√© priv√©e ¬Ľ. Pour r√©soudre mes aigreurs d'estomac, dues √† mon je√Ľne forc√© (auquel tous les bons chr√©tiens et humanistes compatissent douloureusement...), il faudrait que je sois propri√©taire d'un lopin de terre pour y faire pousser mes carottes. Propri√©taire signifie que je pourrai revendiquer un usage exclusif de la terre, et, de ce fait, en retirer les fruits de mani√®re exclusive6.

Diable ! Comment n'y avais-je pas songé avant ! Sot que j'étais.

Mais finalement, pourquoi pas !

Il faut reconna√ģtre, en effet, que l'institution de la propri√©t√© priv√©e pr√©sente √† priori au moins un avantage : ¬ę gr√Ęce √† elle ¬Ľ, je peux cultiver un lopin de terre en √©tant certain d'en r√©colter les fruits.

Sauf que c'est faux !

La propriété protège-t-elle véritablement les fruits de mon travail ?

Est-ce bien gr√Ęce √† elle ? Et serai-je certain d'en r√©colter les fruits ?

Voici trois bonnes raisons d'en douter :

  • Le dispositif fonctionne tr√®s mal. Si bien qu'en r√©alit√©, il faut g√©n√©ralement prot√©ger soi-m√™me les fruits de son travail √† l'aide de dispositifs annexes. En gros, c'est la loi de la jungle et adieu les certitudes de r√©colte !
  • S'il est vrai que je peux me faire piller mes aubergines par des maraudeurs, il ne s'agit en fait que d'un probl√®me parmi d'autres dans l'ensemble des probl√®mes qui peuvent affecter ce processus miraculeux qui conduit l'aubergine de la graine √† mon ventre. Les bact√©ries, les taupes, la gr√™le, les gel√©es tardives, une gueule de bois (?), une mauvaise coordination entre jardiniers, la difficult√© √† √©loigner les amis gratte-la-faim de mon potager, le partage post-r√©colte, et nombre d'autres facteurs, entrent en jeu ! Pourquoi alors, se focaliser sur ce point pr√©cis : l'exclusion d'autrui de mon lopin de terre, alors m√™me qu'il ne repr√©sente, dans les faits, qu'un risque minime ?
  • Il n'est pas certain que la version punitive, excluante et r√©pressive de la propri√©t√© priv√©e, soit v√©ritablement utile pour prot√©ger les fruits de mon travail. D'abord, tout le monde n'est pas forc√©ment int√©ress√© par mes cultures. Combien d'amandiers prolifiques jouxtent le bord des routes dans le midi et sont tout simplement ignor√©s. Ensuite, √† supposer qu'il n'y ait pas de propri√©t√© priv√©e, je suis persuad√© qu'il me suffirait le plus souvent de pr√©ciser que je souhaite r√©colter les fruits de mon potager, pour dissuader la grande majorit√© des gens de me piller. Je sais que nous sommes dans un environnement domin√© par le r√®gne de la loi b√™te et m√©chante, mais il y aussi le dialogue ! Certes, il existe aussi des personnes but√©es et mal intentionn√©es. Mais il s'agit de cas particuliers, et ils n'ont donc pas force de loi. Enfin, je crois dans les faits et non les grands principes moraux ! Je veux bien admettre que la propri√©t√© priv√©e soit un dispositif quasi-magique et super utile de protection des fruits du travail, mais alors, qu'on m'en apporte la preuve ! Qu'on m'am√®ne sur la table une √©tude comparative d√©taill√©e, avec une soci√©t√© dot√©e du dispositif de la propri√©t√© priv√©e et une soci√©t√© qui fonctionne sans lui. A partir de l√†, il sera peut-√™tre possible de discuter sur des bases solides.

Un dispositif totalitaire

√Čvidemment, une telle preuve est tr√®s difficile √† apporter. Ce qui, au del√† du probl√®me de recherche proprement dit, est la manifestation d'un √©l√©ment primordial du dispositif. L'inefficacit√© de la propri√©t√© priv√©e, sur laquelle je vais revenir dans un instant, est loin d'√™tre son aspect le plus pervers ; le probl√®me tient surtout au fait que le dispositif de la propri√©t√© priv√©e ne se contente pas de prot√©ger les fruits du travail ; il s'accompagne d'un dispositif plus global, syst√©mique : l'int√©gralit√© de la terre est appropri√©e.

Dit autrement, la propriété privée est totalitaire. C'est une institution totalisante ! Elle est partout (sauf sur mer) ! Totalisante dans deux sens : a/ capacité d'exclure l'ensemble des usages à l'ensemble des personnes (ou du moins, à de larges catégories de personnes, par exemple, les non-résidents, les personnes hors-familles, etc.), b/ extension de cette capacité à l'intégralité des ressources.

Conséquence : si je ne suis pas propriétaire, je n'ai - librement - accès à rien ; du moins pour certains usages, et notamment les usages alimentaires.

Le premier point qui découle de cette dimension totalitaire de la propriété privée est donc qu'elle ne peut être une solution à mon problème de faim, puisqu'elle est à l'origine même de la pénurie des terres qui provoque ma faim.

Dit autrement, c'est une solution bien étrange qu'on me propose. On commence par me confisquer l'accès aux ressources naturelles, sans rien me demander ; puis on me force à être propriétaire, et de ce fait, à participer à la confiscation généralisée, afin de cultiver mon mini potager !

Qu'une telle entuberie ait autant de succès..., je dis Bravo !

Mais pr√©cis√©ment, le caract√®re totalisant du dispositif est primordial dans son succ√®s : il garantit la valeur de la propri√©t√©. L'acc√®s √† la propri√©t√© et son maintien n√©cessitent un investissement et conf√®rent des avantages sociaux significatifs, d'o√Ļ la r√©pugnance du propri√©taire √† l'id√©e que d'autres en disposent sans rien faire.

Pour autant, le lien entre les dispositifs de protection des fruits du travail et d'appropriation totale des ressources n'a rien d'évident. En effet, que les fruits du travail sur une terre soient protégés, n'implique nullement la nécessité que la terre soit intégralement appropriée.

Les parcs √† hu√ģtres illustrent bien cette situation. Ils prot√®gent les fruits du travail, mais ils ne permettent pas de s'approprier le littoral7. Il est tr√®s probable, √† ce titre, qu'historiquement les deux dispositifs aient √©t√© au d√©part largement d√©connect√©s. D'un c√īt√©, des r√®gles d'appropriation des terres et des ressources par la noblesse ; de l'autre, des r√®gles d'usage et de partage des fruits du travail humain largement fond√©s sur la coutume.

Une solution inefficace d'un point de vue global

Passons sur ces aspects philosophiques. Il s'avère que d'un point de vue pratique, la solution de la propriété privée totalitaire appliquée au problème de la faim est absurde pour plusieurs raisons.

  • D'abord, parce qu'elle n√©cessite que tout le monde soit propri√©taire. Or, cela suppose :
    • a/ Une √©conomie de march√© en parfaite sant√© pour redistribuer les ressources. Et on sait tr√®s bien qu'il n'en est rien ! Cons√©quence : nombreux sont ceux qui se retrouveront sans ressources alimentaires. Peut-on consid√©rer ce fait comme allant de soi... ? De mon point de vue, c'est impensable.
    • b/ Une √©conomie totalitaire et liberticide. Totalitaire, car tout le monde doit √™tre propri√©taire, et accepter cette r√®gle. Liberticide, car elle induit potentiellement la confiscation syst√©matique √† tr√®s grande √©chelle de pans entiers du territoire (m√™me le fait d'aller et venir devient prohib√©) ; et parce qu'elle suppose l'application de dispositifs r√©pressifs puissants et violents pour que le r√©gime de la propri√©t√© priv√©e fonctionne.
  • Ensuite, le fait de limiter ma source d'approvisionnement √† la culture d'un petit domaine est extr√™mement al√©atoire et dangereux. Il est √©vident qu'une mauvaise ann√©e de culture, ou n'importe quel al√©as, peut compromettre la survie de familles enti√®res. Celles-ci ont donc n√©cessairement besoin de s'approvisionner ailleurs. Par exemple, en allant cueillir dans les bois.
  • Enfin, la propri√©t√© priv√©e est une source consid√©rable d'inefficacit√©.
    • Premi√®rement, la protection de la propri√©t√© priv√©e co√Ľte cher. Son fonctionnement n√©cessite un dispositif cons√©quent. Or, celui-ci est financ√© par... une ponction sur la propri√©t√© priv√©e ! On tourne en rond : l'essentiel des fruits du travail est allou√© au financement d'un dispositif cens√© prot√©ger les fruits du travail8 ! Pire, une large part des fruits du travail, au moins pour les personnes √† faible revenu (locution politiquement correcte), est allou√©e √† l'acquisition de ressources dont la raret√© est une cons√©quence directe de la propri√©t√© priv√©e. Typiquement, le logement.
    • Deuxi√®mement, la planification ou le march√© qui s'appuie sur la propri√©t√© priv√©e ne permettent pas d'allouer correctement les ressources. Des pans entiers de territoire sont gel√©s, inaccessibles, uniquement parce qu'ils appartiennent √† une personne priv√© ou morale (relevant de l'Etat ou non). Et pendant ce temps, des personnes sont sans terre, dans l'impossibilit√© de cultiver leur patates...9

La fausse solution marxiste

Sur ce dernier point, on notera qu'on confond, et je reprends l√† une id√©e bien connue, la propri√©t√© comme protection des fruits du travail (la culture des patates doit me revenir) avec la propri√©t√© comme protection de la rente (l'appropriation des ressources sert √† tirer une rente gr√Ęce √† la sp√©culation, la revente, etc.).

D'o√Ļ la solution g√©n√©ralement pr√©conis√©e par les rebelles marxistes (les durs travailleurs qui n'aiment pas les feignants qui s'enrichissent sans rien faire !) : la propri√©t√© doit √™tre distribu√©e suivant l'usage que chacun en fait.

C'est illusoire pour deux raisons.

  • Premi√®rement, qui peut d√©cider de l'usage optimal ? Selon quels crit√®res ? Et qui va l'imposer ? En toile de fond, derri√®re ce partage, il y a..., la contrainte.
  • Deuxi√®mement, √† l'instar des partisans de la propri√©t√© priv√©e, les adeptes du partage planifi√© op√®re une simplification majeure ; il n'y aurait qu'un seul type de propri√©t√© qu'il faudrait g√©n√©raliser partout et √† tous : la propri√©t√© selon l'usage. Mais dans les faits, c'est un peu plus complexe. Les usages sont multiples et devraient correspondre √† chaque fois √† des modalit√©s de partage distincts. On peut comprendre par exemple que l'occidental moyen ressente le besoin d'√™tre ¬ę tranquille chez soi ¬Ľ ; et donc, que la capacit√© d'exclusion d'usage qui lui est conf√©r√©e √† cette fin, soit significative. Mais dans de nombreux autres cas, cette capacit√© devrait √™tre limit√©e par un dosage entre ses int√©r√™ts et ceux des autres.

Je ne pr√©tends pas, de ce point de vue, disposer d'une solution miracle. La propri√©t√© priv√©e a peut-√™tre des avantages ; par exemple, des aspects pacificateurs. De m√™me que le march√©10. Mais face aux effets pervers de la propri√©t√© priv√©e, il me para√ģt urgent de r√©fl√©chir √† des solutions alternatives.

Jardins routiers en libre-accès

Il existe √† cet √©gard une solution simple et efficace qui a fait ses preuves : le libre-acc√®s. Il s'agit d'un syst√®me de production fond√© sur la maximisation de la libert√© dans l'usage des biens. Concr√®tement, il offre la possibilit√© pour tous les usagers, sans discrimination (caract√®re ouvert), de contribuer librement √† la production d'un bien, en ayant notamment acc√®s aux ressources de ¬ę production ¬Ľ (outils et autres ressources) et √† leur ¬ę consommation ¬Ľ, quand il y a lieu de distinguer les deux.

Un dispositif d'échange fondé sur le libre-accès peut s'appuyer sur des initiatives privées. A l'heure actuelle, c'est d'ailleurs dans ce contexte que de tels systèmes prospèrent11. Mais il pourrait aussi s'appuyer sur une autre conception du bien public ; c'est à dire un bien public en libre-accès.

Appliquons ce principe au problème des ressources alimentaires. Notre postulat de départ est que la principale cause de l'insécurité alimentaire est la propriété privée, et, tout particulièrement, les aspects totalisants du dispositif.

On pourrait de ce fait affirmer que la solution réside dans la suppression de la propriété privée ! Seulement, ce n'est pas si simple (cf. plus haut) ! Je propose donc une solution adaptée aux dispositifs existants, simple, pragmatique, réalisable rapidement avec peu de moyens, et surtout, peu coercitive - du moins comparativement aux solutions actuelles.

Planter des arbres nourriciers le long des routes

Il existe en France, un réseau routier d'environ 1 million de kilomètres (hors autoroutes). La majeure partie de ce réseau est bordée d'arbres dont l'utilité alimentaire est faible - sauf exceptions, comme les tilleuls. En particulier des platanes !

Ces arbres ont des fonctions d√©corative (ils sont beaux), ¬ę circulatoire ¬Ľ (ils produisent de l'ombre), productive (ils produisent du bois) et alimentaire (ils produisent des fruits, de la s√®ve, des feuilles potentiellement comestibles...).

Pourtant, l√©galement, seuls les deux premiers ¬ę usages ¬Ľ sont publics. On peut faire usage librement de l'ombre des arbres et de leur ¬ę esth√©tique ¬Ľ. En revanche, l'usage alimentaire et l'usage du bois sont sous cl√© ; ils sont la propri√©t√© de l'Etat - au sens large. Ajoutons que la fonction alimentaire est compl√®tement d√©daign√©e. Il est coutume de planter des arbres dits d'ornements.

C'est un tort. Une estimation rapide montre en effet que la plantation et l'entretien de vergers le long des axes routiers et des voies navigables (canaux, environ 10 000 km) couvrirait les besoins alimentaires des français en fruits.

Supposons que la longueur de plantation possible soit approximativement de 2 000 000 km. Comme vu plus haut, en effet, la longueur du r√©seau routier est de 1 000 000 km (et on peut planter des deux c√īt√©s). Certaines bordures de routes sont peut-√™tre difficilement cultivables, mais cette perte est compens√©e par les pistes et chemins communaux qui ne sont (probablement) pas comptabilis√©s dans les statistiques sur la longueur des routes en France. Restons donc sur cette approximation.

Les arbres peuvent être plantés avec un espacement de 10 m en moyenne, pour permettre une culture en haute-tige12. Ce qui implique une moyenne de 100 arbres / km. Soit en tout (2 000 000 x 100) 200 000 000 arbres fruitiers. Si l'on suppose qu'un arbre fruitier produit en moyenne 50 kg de fruits par an, la production totale de fruits peut être estimée à 10 milliards de kilos par an. Soit 10 millions de tonnes.

Chaque personne disposerait ainsi potentiellement de 150 kg de fruits par an (10 millions de tonnes / 60 millions de personnes). La consommation en fruits et légumes étant en moyenne de 200 kg / an13, et celle de fruits, d'environ 80 kg14, les besoins en fruit seraient largement couverts !

Certes, il s'agit d'une approximation. L'espacement étant très variable suivant les catégories d'arbres (un noyer demande beaucoup d'espace), de même que le rendement.

Il faut ajouter que les autres usages des arbres demeureraient. Le bois de noyer par exemple est d'excellente qualit√©. Quant au prunier, il procure un tr√®s bon bois de chauffage. Quant √† l'aspect d√©coratif, il demeurerait pr√©sent. Certes, la fonction du point de vue ¬ę transport ¬Ľ serait peut-√™tre moindre, mais elle ne serait pas totalement absente. Les arbres fruitiers pourraient prot√©ger les routes du vent.

La mise en oeuvre et les limites du dispositif.

Réfléchissons aux aspects concrets du dispositif.

En premier lieu, les variétés et les espèces pourraient être plantées de manière à ce que la récolte soit étalée tout au long de l'année. Les pommiers peuvent par exemple donner des fruits du printemps à l'hiver15. On pourrait également en profiter pour planter des variétés de fruits rustiques ; ainsi, ces plantations garantiraient une meilleure conservation de la biodiversité. La pratique de la polyculture aurait d'autre part une fonction indirecte forte : elle limiterait les catastrophes sanitaires qui touchent régulièrement les plantations monospécifiques et génétiquement pauvres d'arbres ornementaux comme l'orme ou le platane.

Il est int√©ressant de souligner qu'il s'agit l√† de deux pratiques, usages ou fonctions, qui se renforcent. Ce qui n'est pas le cas de tous les usages. Dans certains cas, ils se renforcent, dans d'autres, ils s'opposent. Typiquement, l'usage fruitier, qui suppose une taille de l'arbre, peut entrer en concordance avec l'usage alimentaire, et l'usage circulatoire. L'usage ¬ę r√©colte du bois ¬Ľ entre par contre en concurrence avec l'usage alimentaire et l'usage d√©coratif ; mais le conflit entre les usages peut √©voluer avec le temps, les modalit√©s d'usage, bref, avec le contexte. Un arbre trop vieux peut peut-√™tre en contaminer d'autres. Il faut alors le couper !

Cela dit, les conflits entre les usages pourraient parfois devenir problématique. Il faudrait alors pouvoir établir une sorte de classement hiérarchique des usages. En premier lieu viendrait évidemment l'usage circulatoire, car il s'agit de la fonction propre de la route. Puis, on pourrait positionner en deuxième l'usage alimentaire, pour les raisons invoquées plus haut.

Autre conflit d'usage qui vient tout de suite à l'esprit : la pollution générée par le transport rendrait les fruits impropres à la consommation. Naturellement, l'argument est de taille. Il n'en demeure pas moins qu'il n'est aucunement décisif. Doit-on renoncer à consommer les fruits de la nature en avançant un irresponsable droit à polluer ? Il me semblerait plus juste, en la matière, de traquer systématiquement la pollution du transport automobile ou fluvial par des mesures d'envergure.

Un des aspects centraux du dispositif serait la gratuité totale dans l'usage des fruits des arbres. De plus, le dispositif serait libre d'accès et ouvert ; c'est à dire que tout un chacun pourrait contribuer à l'entretien des arbres, au jardinage, et à la récolte.

Le dispositif serait à ce titre accompagné d'outils facilitant la récolte et le jardinage (échelles publiques !).

On me r√©torquera que l'ouverture et la gratuit√© du dispositif sont pr√©cis√©ment sa faiblesse, dans la mesure o√Ļ elles pourraient induire :

  • Un non-respect dans la hi√©rarchie des usages (certains couperaient par exemple des arbres non matures !).
  • Des d√©gradations volontaires ou involontaires (branches cass√©es).
  • Des conflits lors de la r√©colte des fruits (les meilleures zones de r√©colte seraient plus courues).
  • Des comportements opportunistes (r√©colte pour la revente) et/ou des comportements d'accumulation disproportionn√©s par rapport aux besoins.
  • La raret√© des ressources.

En fait, ces problèmes sont déjà courants dans un des rares milieux ouverts présent sur le territoire français : le littoral maritime ; avec comme usage prioritaire, la pêche, et en particulier la pêche à pied. Celui-ci peut donc nous servir de modèle en première analyse.

Or, deux constats:

  1. Si les dispositifs mis en place pour r√©soudre les probl√®mes √©num√©r√©s plus haut sont d'une efficacit√© variable, il n'emp√™che que la p√™che √† pied non-professionnelle en milieu ouvert fonctionne. On observe bien des d√©gradations involontaires, par exemple, les pierres retourn√©es sans √™tre remises en place, une surp√™che ponctuelle, mais des dispositifs relativement simples et peu co√Ľteux de pr√©vention ou de r√©pression (quotas) fonctionnent assez bien16. Loin de moi l'id√©e que la p√™che √† pied non-professionnelle ne g√©n√®re pas des d√©g√Ęts environnementaux, mais, en d√©finitive, hormis quelques zones particuli√®rement courues, ceux-ci sont minimes et la p√™che remplit une fonction alimentaire non n√©gligeable. En outre, la plupart des √©tudes dont j'ai eu connaissance ne sont gu√®re concluantes ; qui plus est, elles sont entach√©es de failles m√©thodologiques, comme, dans certains cas, l'absence de distinction concr√®te entre les effets environnementaux de la p√™che d'auto-production et la p√™che marchande17.
  2. L'impact environnemental majeur provient ind√©niablement des usages marchands du littoral. Les d√©g√Ęts de la p√™che, de l'aquaculture et de la conchyliculture marchandes, quelque soit l'√©chelle de production, sont sans commune mesure avec les pratiques dites ¬ę r√©cr√©atives ¬Ľ - que j'appellerai plus volontiers d'auto-production. C'est frappant dans le cadre de l'ostr√©iculture le long des c√ītes charentaises qui g√©n√®re une pollution significative, tout en s'appropriant une large superficie de l'estran. A ce sujet, il est d'ailleurs path√©tique d'observer que la majeure partie des √©tudes traitant des impacts environnementaux de la p√™che ou de l'aquaculture se focalisent sur les pratiques non-marchandes. Pourtant, si l'on compare la pollution g√©n√©r√©e par la p√™che √† pied et l'ostr√©iculture, le constat est sans appel ! Les ostr√©iculteurs ravagent l'estran avec des tracteurs √©normes, d√©versent des tonnes de plastique qui viennent s'√©chouer sur les plages (√©lastiques, bourriches, supports m√©talliques...), rejettent des eaux de culture directement dans la mer, etc. Et personne ne semble s'en soucier ! Apr√®s une recherche sur le Web18, je n'ai trouv√© aucun rapport qui soul√®ve le probl√®me.

Pseudo-digression sur le thème du complot contre l'économie non-marchande.

Cette asym√©trie entre l'abondance des rapports qui d√©noncent les pratiques non-marchandes et la raret√© de ceux qui d√©noncent les pratiques marchandes, est √† mon avis trop pr√©gnante pour n'√™tre qu'une simple co√Įncidence ! Bien s√Ľr, je n'invoquerai pas une th√©orie du complot ostr√©icole pour l'expliquer ! Mais je ferais volontiers l'hypoth√®se qu'elle r√©v√®le une repr√©sentation collective bien marqu√©e, qui impr√®gne fortement les milieux d√©cisionnels : le non-marchand, la gratuit√©, l'ouverture, sont suspects et constituent une menace envers les int√©r√™ts marchands.

Reprenons l'exemple des jardins routiers. Pourquoi les arbres fruitiers sont-ils si rares le long des routes - et dans les espaces publics en g√©n√©ral ? Est-ce parce que le ¬ę r√©gulateur public ¬Ľ n'y a jamais pens√© ? Ou est-ce plut√īt parce que ce sont des arbres r√©put√©s fragiles et ayant une esp√©rance de vie r√©duite ? Ou bien parce qu'ils posent des probl√®mes divers : hygi√®ne, s√©curit√© le long des routes, fruits pourris au sol, conflits entre voisins, etc.

Ces trois hypoth√®ses me paraissent personnellement peu cr√©dibles. Supposons que le r√©gulateur public ait compl√®tement ignor√© l'int√©r√™t de planter des fruitiers dans les espaces publics - hypoth√®se forte - et qu'il ait donc plant√© les esp√®ces ¬ę au hasard ¬Ľ, disons parmi un ensemble d'esp√®ces consid√©r√©es comme courantes, il devrait y avoir, statistiquement parlant, une part non-n√©gligeable d'arbres fruitiers. Or il n'en est rien. Et de toute fa√ßon, il faut rappeler que certains lui ont d√©j√† sugg√©r√© - l'id√©e est m√™me assez banale. On se souvient par exemple de l'appel aux maires de France de Bernard Moitessier √† planter des arbres fruitiers19. Par ailleurs, de nombreux arbres fruitiers sont r√©put√©s tr√®s r√©sistants et dot√©s d'une grande long√©vit√© : pruniers, ch√Ętaigniers, noyers, etc. Quant √† la robustesse des arbres ornementaux, comme le platane, elle a ses limites. Il suffit d'observer le triste spectacle des platanes sur le canal du midi d√©cim√©s par le chancre color√©. En cause ? La monoculture √©videmment ! Enfin, comme le montre l'exemple du littoral, les probl√®mes induits par des ressources ouvertes et gratuites peuvent g√©n√©ralement √™tre solutionn√©s. Les rares arbres fruitiers localis√©s dans l'espace public dont j'ai connaissance ne cr√©ent rigoureusement aucun probl√®me d'envergure. Au pire, quelques plaintes de voisins habitu√©s √† r√Ęler !

Mais le fait a son importance, car je ne suis pas persuadé qu'une telle mesure serait véritablement populaire. Par expérience, je sais que la glane dans l'espace public n'est pas toujours bien vue - légalement parlant, d'ailleurs, sur terre, elle nécessite au préalable une autorisation -, notamment parce que le glaneur profite gratuitement de ressources qui, pour ceux qui n'osent pas en faire de même, sont payantes ; ou, s'ils sont propriétaires de fruitiers, constituent un privilège. De plus, les fruitiers sont effectivement considérés comme salissants ; et ceux qui ne conçoivent pas qu'on puisse en récolter les fruits dans l'espace public peuvent n'y voir que des nuisances. Mais ces arguments ont leurs limites. A commencer par le fait que dans les démocraties parlementaires, des mesures impopulaires sont régulièrement prises au nom de principes plus fondamentaux - c'est bien pour cette raison qu'elles se fondent sur des constitutions ! Quant à la nuisance générée par les fruitiers, elle me laisse sceptique. Elle est négligeable par rapport au bruit et à la pollution générée par l'automobile et dépend des espèces - certaines espèces pourraient donc être sélectionnées. De plus, les arbres d'ornement sont souvent salissants et nécessitent un entretien régulier (songeons aux feuilles de platane...). N'oublions pas, dans le fond, que la limite entre un arbre nourricier et un arbre d'ornement est avant tout conventionnelle.

Certaines de ces hypothèses gagneraient à être approfondies par des recherches historiques et sociologiques qui permettraient de les invalider ou de les corroborer ; on disposerait ainsi d'une vue globale d'un dispositif, qui permettrait peut-être d'en comprendre les caractéristiques, et notamment, le cas échéant, son caractère ouvert/fermé, gratuit/payant. Mais je m'arrête tout de suite. Sans nier l'intérêt d'une approche qui se focalise sur des cas particuliers, singuliers, il serait dommage de s'en tenir là et de renoncer à établir une théorie générale des dispositifs publics.

Faut-il supposer que chaque dispositif a son histoire, sa propre logique, sa propre autonomie, autrement dit, sa capacit√© √† d√©terminer ses propres caract√©ristiques ? Si oui, alors, les caract√®res ouvert, participatifs et gratuit des dispositifs devraient √™tre distribu√©s al√©atoirement - ou soumis √† des cycles historiques. Ou encore, faut-il consid√©rer qu'ils sont induits par leurs propri√©t√©s ¬ę naturelles ¬Ľ ? Je fais r√©f√©rence par l√† aux tenants des th√©ories de l'√©conomie de la r√©gulation publique, qui - je suis bien forc√© de l'admettre malgr√© les d√©saccords de fond que je nourris envers leurs id√©es - ont le m√©rite d'avoir d√©frich√© le terrain. Pour r√©sumer, le caract√®re gratuit d'un service, d'une ressource, serait li√© √† deux de ses propri√©t√©s physiques : rivalit√© d'usage et excludabilit√© d'usage - ou encore, li√© au fait qu'il g√©n√®re des effets externes. En fait, hormis pour quelques biens et ressources dont le caract√®re gratuit est clairement reli√© au fait qu'il est non excludable - l'air √† la rigueur - cette th√©orie n'explique pas grand chose. Le probl√®me est qu'on vend bien de l'air ! L'inventivit√© humaine, √† cet √©gard, est illimit√© lorsqu'il s'agit d'√©riger des barri√®res pour acc√©der √† une ressource, ou pour transformer des ressources de mani√®re √† les rendre payantes !

Il me para√ģt plus simple et r√©aliste de supposer qu'il y a √† l‚ÄôŇďuvre, derri√®re le processus de privatisation des dispositifs et de fermeture de l'acc√®s aux ressources, l'influence des producteurs de la ressource, notamment lorsqu'ils sont structur√©s en corps professionnels et lorsqu'ils vendent directement ou indirectement - cas du financement par l'imp√īt - les ressources qu'ils transforment ou poss√®dent20.

Concrètement, la plantation d'arbres fruitiers dans l'espace public constitue potentiellement une menace pour l'arboriculture fruitière et pour les propriétaires en général. S'agit-il d'une menace réelle ? Cette question est presque accessoire ; il importe surtout que les producteurs considèrent que la gratuité, le libre-accès, et l'ouverture de la profession, agissent comme des menaces !

Peut-on dire qu'il s'agit là d'une théorie du complot ? Peut-être. Mais ce serait véritablement le cas si les forces déployées étaient de nature occulte. Or, ce n'est assurément pas le cas !

Je distinguerai trois cas de figure.

  • Premi√®rement, la fermeture peut d√©couler d'une strat√©gie professionnelle plus ou moins transparente. Par exemple, les manŇďuvres de l'industrie culturelle pour fermer l'acc√®s aux contenus culturels - rendus ais√©ment disponibles depuis l'√©closion du haut-d√©bit -, se font √† ciel ouvert. Ce qui n'est gu√®re surprenant, car le but est en partie d'orienter l'opinion publique, pour faire peur aux m√©lomanes ou tenter de les apitoyer sur le sort des pauvres musiciens.
  • Deuxi√®mement, la fermeture s'inscrit dans un contexte id√©ologique pro-marchand ou pro-fermeture au sens large. Deux cas peuvent se pr√©senter.
    • Soit on observe une opposition globale, reposant sur des int√©r√™ts relativement clairs, √† un processus de d√©marchandisation ou d'ouverture, tout simplement parce que la grande majorit√© des personnes y est hostile. Par exemple, bien que je ne dispose pas de preuve pour l'affirmer, les mesures contre les chiens qui conduisant √† la fermeture de l'acc√®s √† des espaces qui leur √©taient auparavant accessibles, sont globalement bien accept√©es.
    • Soit la fermeture s'inscrit dans un processus id√©ologique complexe : construction d'une expertise, croyances li√©es √† un contexte religieux, etc. Il n'y a alors pas d'opacit√© formelle, mais plut√īt une opacit√© de fond qui ne peut √™tre r√©duite que si l'on parvient √† mettre en relief des processus de construction et de diffusion des opinions, des croyances. Mais c'est une entreprise scientifique complexe et d√©licate.
  • Troisi√®mement, on ne peut exclure l'influence de l‚Äô√Čtat et de ses protagonistes sur les processus de fermeture et de marchandisation. Car l‚Äô√Čtat est partie prenante dans l'affaire : un march√© est une source de revenus directs, via la taxation, et indirects, via la cr√©ation de dispositifs de contr√īle du march√© qui sont sources de revenus, d'emplois, etc., et qui cr√©ent donc une nouvelle ¬ę profession ¬Ľ potentiellement encline, √† son tour, √† Ňďuvrer pour p√©renniser l'activit√© marchande dont elle est d√©sormais d√©pendante. Mais, m√™me si les exemple ne manquent pas, il est parfois difficile de mettre en √©vidence cette influence, car les d√©cisions de l‚Äô√Čtat sont g√©n√©ralement obscures, complexes, opaques - il faudrait presque r√©aliser, √† chaque fois, une enqu√™te sociologique approfondie pour esp√©rer en d√©monter les rouages.

Dans les faits, il est bien entendu exceptionnel que les d√©terminants du processus de fermeture soient exclusifs. Un peu d‚Äô√Čtat, un peu d'expertise, un peu d'id√©ologie, un peu de lobbies, concourent sans rel√Ęche √† restreindre toujours un peu plus l'√©tendue de nos libert√©s individuelles... N√©anmoins, l'influence des professions est d√©terminante, observable et compr√©hensible, au sens o√Ļ ses motifs paraissent relativement ¬ę logiques ¬Ľ. A l'inverse, les d√©terminants id√©ologiques sont souvent nettement moins clairs et laissent la place √† des interpr√©tations fragiles. Derri√®re le masque religieux, combien d'auteurs ont cru percevoir un int√©r√™t √©conomique latent, qui agit en sourdine, en arri√®re-plan ?

Mais je traiterai de ces points de manière plus approfondie dans un prochain article. Et j'en reviens donc, après ce détour, à nos fameux platanes.

Les platanes de la faim

Voici ma conclusion : le probl√®me de la faim n'est qu'un mythe que nous inventons pour nous d√©douaner et nous rassurer. Nous commen√ßons par cr√©er les conditions de la faim, en cr√©ant une p√©nurie artificielle, puis nous inventons des ¬ę probl√©matiques ¬Ľ, de nouvelles techniques, des solutions cens√©es fonctionner, pour le r√©soudre.

La monotonie des platanes qui jouxtent le bord des routes du sud de la France, d√©montre √† quel point ce mythe est puissant. Alors que la Route pourrait √™tre ouverte, polyvalente, d√©di√©e √† de multiples usages, elle s'est mut√©e en ¬ę axes routiers ¬Ľ d√©vou√©s √† un usage exclusif : se rendre d'un point A √† un point B, c'est √† dire, faire la liaison entre des agglom√©rations urbaines devenues invivables. Ces axes sinistres sont g√©n√©rateurs d'une pollution consid√©rable qui se fait au d√©triment d'espaces de vie, de paysages, d'espaces naturels qui ne peuvent que subir passivement leurs trac√©s destructeurs.

Les platanes, dressant leur masse imposante, écrasent par leur rectitude toute fantaisie humaine et végétale. Ils sont là, bien en place, tristes reflets d'une modernité dépassée que seuls les nostalgiques et les traditionalistes voudraient conserver. Ils projettent leur ombre morbide et macabre sur les rares exclus de la civilisation routière qui subsistent encore, péniblement, en arpentant les routes et en levant le pouce. Morbide, car elle rappelle la contradiction maladive dans laquelle nos sociétés se sont enlisées : la faim n'est que la conséquence directe de l'appropriation de l'espace public par des corps professionnels et des propriétaires. Ombre macabre car elle n'est certainement pas destinée aux marginaux. Ils peuvent bien périr sous la cagnasse ! L'ombre est réservée au marché automobile, à la gloire du goudron et du bitume, à la gloire du progrès et du commerce ; ce n'est qu'un pur effet externe si elle sert encore aux quelques rares marginaux qui se refusent avec entêtement à ne voir dans la Route qu'une institution destructrice et funèbre, qu'un cimetière à ciel ouvert, dont les platanes ne sont, en définitive, que les stèles érigées en souvenir de nos libertés défuntes !

 

1 Voir Marshall Sahlins, √āge de pierre, √Ęge d'abondance : L'√©conomie des soci√©t√©s primitives, Gallimard,‚Äé 1976.

2 La construction de la réalité sociale, Gallimard, 1998.

3 Pour ceux que la m√©thodologie int√©resse, j'inscris une partie de ce texte dans la tradition de la sociologie ph√©nom√©nologique, dans l'id√©e de m'extraire du ¬ę monde comme allant de soi ¬Ľ. D'o√Ļ mon recours √† la premi√®re personne.

4 Murs, barbelés, pièges, etc.

5 Ou encore, troisième possibilité, parce que mon état physique et/ou mental m'empêche de me sustenter normalement.

6 Et, précisons-le, il s'agit de la seule solution concevable. Toute autre solution est moralement ou légalement répréhensible !

7 Ils ne sont pas pour autant exempts d'effets pervers. A signaler, par exemple, l'interdiction formelle de pêcher à pied aux alentours...

8 Une partie tout au moins. Voir pour exemple cet article.

9 Il n'empêche, nous voilà contraints d'être propriétaires pour bénéficier de ce que la nature nous offre ! Mais j'insiste ! En y réfléchissant, qu'une telle contrainte nous soit imposée dès notre naissance sur Terre est quelque chose de sidérant ! Mais que peut-on y faire ? Pour l'instant, pas grand chose ! Si ce n'est refuser le discours. Ce qui est déjà un premier pas vers la liberté ! Pourquoi devrions-nous croire une mafia qui nous promet une protection des fruits de notre travail, alors qu'elle nous en ponctionne une large partie ?!

10 J'ai pu observer, par exemple, sur une zone de gratuité, un conflit entre deux personnes pour s'approprier un objet (un landau). J'en avais déduit, un peu vite, qu'une vente avait au moins l'avantage d'éviter ce type de conflits. Seulement, après réflexion, j'étais dans l'erreur. En effet, ce qui entre en jeu, c'est la règle d'échange et non la nature de l'échange (marchand, don, contraint...). Une vente peut très bien provoquer un conflit entre des acheteurs en concurrence. Et, une vente aux enchères a précisément précisément pour effet de réguler pacifiquement cette concurrence.

11 Je fais ici référence aux initiatives issues de la culture libre

12 http://verger.comprendrechoisir.com/comprendre/plan-de-verger

13 Voir http://www.eufic.org/article/fr/expid/Consommation-fruits-legumes-Europe/, http://www.fondation-louisbonduelle.org/fileadmin/user_upload/docs/Files/France/La_fondation/Fond_actions/rencontres-flb-2010/determinants-obstacles-consommation-fruits-legumes-p-combris-fondation-louis-bonduelle-juin-2010.pdf et http://www.franceagrimer.fr/content/download/30913/276353/file/2013-bilan%20achats%20de%20fruits%20et%20l%C3%A9gumes.pdf

14 Déduit de http://www.versailles-grignon.inra.fr/Toutes-les-actualites/201302-legumes-transformation-alimentation

15 http://www.pommiers.com/pomme/pommier.htm

16 On pourra lire au sujet de la p√™che √† pied - cette forme de glanage l√©gale et peu institutionnalis√©e - l'√©tude suivante : No√ęlie Debray, Etude de l‚Äôactivit√© de p√™che √† pied r√©cr√©ative en Baie de Bourgneuf, Universit√© de La Rochelle, 2012. Voir aussi Journ√©es Nationales P√™ches R√©cr√©atives : Connaissances et suivis des pratiques aspects m√©thodologiques, 16 et 17 mars 2010, Rochefort, Toni Font et al., La p√™che de loisir dans les aires marines prot√©g√©es de m√©diterran√©e, 2012, WWF France.

17 Ces points demanderaient un approfondissement, mais cela nécessiterait un autre article !

18 Google, en essayant plusieurs mots-clés. Google Scholar n'est pas non plus loquace sur le sujet.

19 Voir Bernard Moitessier ou la longue route, posté par Armelle Barguillet le 4/2/2009 sur Esprit Libre. Il déclarait à ce sujet : Planter des arbres fruitiers c'est à un niveau modeste, symboliquement en tout cas, participer à la création du monde. Dans certains cas, les produits de ces arbres pourraient apporter une aide morale et parfois physique, quasi miraculeuse aux populations. En tout cas, ça ne peut pas faire de mal. L'arbre fruitier est le symbole même de la convivialité (voir référence suivante). En effectuant des recherches, je constate aussi qu'il y a au moins un cas médiatisé de mairie hostile à l'idée, La guerre des cerises aura-t-elle lieu ?, 2000, Le Télégramme.

20 Notons que le plus souvent, dans le cadre de la gratuit√© d'Etat, la ressource est gratuite car elle est difficilement vendable, indirectement financ√©e et sa consommation par autrui conf√®re des b√©n√©fices au producteur. C'est le cas des biens culturels mais √©galement des biens dont l'√©quivalent ¬ę sauvage ¬Ľ, non-marchand, est proscrit par l'Etat : toilettes publiques, eau gratuite, m√©decine conventionnelle, etc.




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