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Le Monde Diplomatique, La guerre des idées. A qui profite le savoir ?

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Titre: Le Monde Diplomatique, La guerre des idées. A qui profite le savoir ?
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 27-05-2016
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande



Le bimestriel Manière de voir – Le Monde diplomatique, n° 104, Avril-Mai 2009, intitulé, La guerre des idées. À qui profite le savoir ?, aborde les aspects idéologiques, politiques et économiques du contrôle du savoir. S'inscrivant à l'intérieur d'une réflexion assez bien balisée, il examine des thèmes comme le déclin, la standardisation et l'orientation de plus en plus libérale de la recherche et de la production intellectuelle – notamment la pensée française – ou bien la soumission des intellectuels aux sirènes médiatiques. Puis, des thèmes plus économiques tels que l'inégalité dans l'accès au savoir, la marchandisation de l'école, la précarité des chercheurs, le contrôle croissant de l'économie du savoir par la sphère marchande, les problèmes relatifs à la concentration dans le domaine de l'édition et enfin la question du financement – et donc de la neutralité idéologique – des think tanks. S'en suit une analyse de quelques enjeux politiques liés au contrôle du savoir, comme la justification de la mondialisation néo-libérale, la construction des mémoires collectives et le renouveau de la pensée marxiste. Le numéro est accompagné de tableaux statistiques, cartes et graphiques qui résument la situation au niveau mondial des « travailleurs du savoir ».

Ces données statistiques, qui sont très utiles d'un point de vue heuristique et judicieusement regroupées, peuvent aussi servir d'amorce à une critique de la méthodologie et du contenu de la revue. Car, première remarque, elles sont peu mobilisées – et également peu mobilisables – pour illustrer les enquêtes et les articles. Et plus généralement, s'agissant par exemple du déclin de la pensée française, de la standardisation de la recherche et de la production intellectuelle, ou encore des relations entre l'ordre politique et économique et la sphère intellectuelle, ou même de l'orientation idéologique des « organisations du savoir », peu de preuves sont apportées pour démontrer les propositions avancées dans les articles.

Or, bien des points défendus dans les différents articles du numéro sont en réalité contestables. Par exemple, la marchandisation et l'orientation idéologiques de certaines organisations du savoir sont contre-balancées aujourd'hui par une diversité d'opinions remarquable dans les espaces numériques comme Internet. Or, ce point n'est tout simplement pas abordé. On pourrait n'y voir qu'un simple oubli. Mais on peut aussi se demander si cela ne trahit pas plutôt l'orientation idéologique de la revue. La volonté latente de se focaliser exclusivement sur la guerre des idées qui sévit au sein de l'« élite intellectuelle »; ignorant le pluralisme idéologique qui caractérise les médias alternatifs, les fanzines, les webzines, voire les forums Internet.

Car indéniablement, les auteurs de la revue penchent vers une représentation peu démocratique de l'économie du savoir, en construisant une représentation réductrice de la guerre des idées, la cantonnant à une bataille de haut-niveau, qui confronte des experts ou des « organisations de la connaissance » (universités, Think Tanks, revues de presse, laboratoires, etc.), qui luttent pour conquérir une position dominante sur le marché « officiel » de la publication papier. Mais la réalité semble bien différente. Prenons l'exemple des Think Tanks, auxquels la revue consacre un article entier, leur légitimité, ou du moins leur image publique, s'appuie en fait en grande partie sur la diffusion numérique, via Internet.

Le Monde diplomatique passe-t-il donc sous silence une « réalité qui dérange ». Car si Internet est le support d'une si grande diversité d'opinions, n'est-ce pas parce qu'il constitue un modèle alternatif au système de publication classique, plus vertical, et bien plus verrouillé de la presse papier, à laquelle le Monde diplomatique appartient ? Et c'est ici une autre critique qui peut être avancée. Pourquoi le numéro de la revue ne développe-t-il pas une réflexion plus vaste sur le contrôle des outils de production et de diffusion de l'information, indépendamment du contenu – de gauche ou de droite, à visées scientifiques ou non –, par des organismes ou des groupes professionnels; appuyé, on le sait, par tout un arsenal juridique et économique, tels que la législation sur le droit d'auteur, les brevets, le contrôle informel des revues et la protection juridique des professions du savoir (journalistes, professeurs, chercheurs, avocats, etc.) ? Le fond du problème, plus que le contrôle du marché sur le savoir ou bien l'orientation idéologique de l'édition papier, n'est-il pas la précarité et l'exclusion d'une partie des travailleurs du savoir, ou encore, le monopole radical, au sens d'Ivan Illich exercé par l'industrie du savoir, l'école et la recherche industrielle, sur la production et la diffusion du savoir ?

Il faut donc regretter, pour terminer, que le Monde diplomatique n'ait pas engagé un véritable « retour réflexif » sur sa propre position dans le champ éditorial; une auto-analyse pour reprendre Pierre Bourdieu lorsqu'il affirme « l'objectivation scientifique n'est complète que si elle inclut le point de vue du sujet qui l'opère », et qu'il ait ainsi omis de réfléchir à sa position d'acteur majeur dans le contrôle et la fermeture du savoir. Ainsi, un bref survol montre que tous les rédacteurs du numéro, sont soit des « universitaires » de « haut-niveau » (professeurs au Collège de France, Harvard, Nanterre, Strasbourg, directeur au CNRS...), soit des écrivains confirmés, soit des journalistes professionnels. Ne s'agit-il pas alors d'une sélection élitiste d'auteurs visant à créditer les idées émises au sein du journal, mais qui, du fait de la position du journal dans le champ de l'édition papier, conforte et légitime les inégalités au sein de ce champ ? D'où la question implicite suivante : est-il légitime et cohérent du point de vue de l'action sociale, de critiquer un système par la parole – ici les inégalités au sein du système « médiatico-politique » –, tout en le cautionnant par ses actes ?



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