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Le texte de présentation de la zone de gratuité du café citoyen de Lille (2010)

Auteurs : BenjaminGrassineau (voir aussi l'historique)
Date de création de l'article : 16-10-2026 16:56
Rubrique : Le journal de la culture libre et du non-marchand
Etat de la rédaction : achevé
Droit de rédaction : non éditable
Licence : Licence culturelle non-marchande


Création de la page: 16 octobre 2026 / Dernière modification de la page: 16 octobre 2026 / Propriétaire de la page: Benjamin Grassineau


Résumé : En 2010. Moi et Sarah Plantier avons ouvert un magasin gratuit permanent au café citoyen de Lille (sur un étage et demi environ). Une belle expérience, très riche, et un premier apprentissage du fonctionnement concret des espaces de gratuité conviviaux. À l'époque, tout restait à inventer.

Nous sommes partis fin 2010, et l'équipe a fermé la zone de gratuité un peu plus tard.

Des textes étaient affichés à l'entrée du magasin gratuit. En voici un. Il est reproduit tel quel, sans modification.



Qu'est-ce qu'une zone de gratuité ? Une zone de gratuité, c'est un espace de liberté, une zone autonome temporaire, où l'on recueille des objets orphelins malmenés par la surconsommation marchande !!!

Comment ça marche ?

C'est très simple, dans une zone de gratuité, vous pouvez :

  • Prendre un objet qui vous plaît (ou ne vous plaît pas), pour l'utiliser, l'adopter, l'emmener en promenade !!
  • Déposer un objet qui vous plaît (ou ne vous plaît pas), dont vous ne vous servez plus, etc.
  • Réparer un objet qui est « tombé malade » ou qui ne demande qu'un peu d'attention...
  • Faire du rangement et du ménage.

Aucune contre-partie n'est demandée. Vous posez des objets, vous en prenez. Tout simplement.

Au passage, ce n'est donc pas un espace de troc...

A quoi ça sert ?

Nombreux sont les objets qui aujourd'hui, sont « abandonnés ». Soit parce que :

  • On ne les utilise plus, et ils partent à la poubelle. Ils sont alors livrés à eux-mêmes, et souvent à une destruction inévitable... (pensez à Toy Story 3 ou A.I. Intelligence Artificielle !).
  • On ne les utilise que très rarement, si bien qu'ils restent 99,9 % du temps à dormir au fond d'un placard.
  • Ils sont cassés (malades) et personne ne prend la peine de les remettre en état...
  • Ils sont considérés comme « démodés ».

Pourtant, en fait, ces objets sont souvent très utiles. Seulement, ils sont « mal utilisés », on n'y prend pas attention. Et en se dégradant, ils posent des problèmes considérables.

N'est-il pas temps, alors, de changer notre rapport aux objets ?

C'est un peu l'objectif des zones de gratuité, à l'instar de la SPA pour les animaux, une zone de gratuité, aussi modeste soit-elle, constitue un refuge pour les objets « abandonnés » et « maltraités ».

Ce faisant, elle se transforme en une zone de mutualisation, de partage et de remise en état des objets qui change notre regard et notre rapport concret aux objets. Cela nous incite à en optimiser l'usage1, à ne plus acheter ou vendre sans avoir de bonnes raisons de le faire, à récupérer, à faire soi-même...

Le résultat global, c'est :

  • Moins de pollution. On achète moins, on produit moins, on travaille moins. Autant de processus, aujourd'hui industriels, qui sont intrinsèquement polluants.
  • Moins d'encombrements, plus de place, un accès facile à certains objets, etc. (les avantages intrinsèques d'une zone de gratuité)
  • Moins de travail. Car si pour certains, c'est une calamité, pour d'autres c'est plutôt un objectif !
  • Une redistribution des richesses, une réduction des inégalités, puisque tout le monde a potentiellement librement accès à des objets diversifiés.
  • La possibilité de faire ce que l'on a envie, sans être obligés d'avoir recours à des échanges marchands. Ce qui peut relever d'un choix de vie parfaitement légitime.
  • ...

... RV sur le site http://anomali.optis-heberge.fr pour une argumentation plus complète et des textes sur le sujet. ...

Comment participer : libérer un objet ?

Vous souhaiter participer à la zone ? Outre la maintenance (rangement, classement) de la zone, il y a de nombreuses possibilités de contributions. D'abord, si ce n'est pas déjà fait, commencez par vous inscrire à l'association pour les échanges non-marchands et la culture libre ANOMALI (http://anomali.optis-heberge.fr). Cela vous permettra de rencontrer des personnes qui sont déjà impliquées. L'inscription est gratuite et prend à peine une minute !!

  • Maintenant, la première chose à faire est de trouver les objets à libérer. Soit des objets qui sont en votre possession et dont vous n'avez plus l'usage. Soit des objets qui sont jetés et que vous récupérez. Pensez aux encombrants... Des activités de récupération sont parfois organisées. Voir à nouveau http://anomali.optis-heberge.fr
  • Vous pouvez ensuite « libérer l'objet » en indiquant directementsur celui-ci que vous l'avez libéré.Vous pouvez à cet égard poser un identifiant dessus, avec l'adresse du site Anomali, qui permettra un suivi de l'objet (pratique et motivant pour de nombreuses raisons).
  • Vous pouvez aussi faire circuler directement l'objet, en le donnant, en le laissant sur un banc, en le prêtant, etc.
  • Vous pouvez enfin créer votre propre zone de gratuité, ou en référencer de nouvelles. Pourquoi, en effet, ne pas créer une zone de gratuité directement dans votre domicile (en réservant une petite pièce, une partie du jardin, etc.) ? Le site http://anomali.optis-heberge.fr vous offre de ce point de vue, une interface numérique interactive vous facilitant la gestion des zones de gratuité. Il permet aussi la mise en réseau des zones et leur listing.

Réponses à quelques objections courantes.

La gratuité questionne, elle n'est pas sans soulever des critiques. Certaines sont constructives, mais en réalité, la plupart d'entre elles trahissent de simples préjugés : rien n'est gratuit, les gens prennent et ne donnent jamais, etc. Examinons-en quelques-unes :

« Une zone de gratuité, c'est irréaliste : tout le monde va se ruer sur les objets et piller la zone. »

Réponses :

  • Est-ce vraiment une mauvaise chose en soi ? Non, puisque l'objectif d'une zone de gratuité, c'est justement de refaire circuler gratuitement les objets.
  • De plus, ce n'est pas toujours parce qu'un objet est gratuit, qu'il est davantage utilisé. Par exemple : les autoroutes... Il est irréaliste de croire que sous prétexte qu'un objet est gratuit, nous allons en faire une consommation sans limite. Ajoutons que le posséder ou le revendre a également un certain coût (stockage par exemple) qui peut dissuader de l'acquérir.
  • Il suffit d'observer la quantité phénoménale d'objets que nous jetons et qui finissent dans des décharges, pour constater qu'il ne suffit pas que des objets soient gratuits pour qu'ils soient appropriés avec frénésie !
  • D'ailleurs quel est l'intérêt d'accumuler des objets que l'on possède déjà ?
  • Enfin, les expériences des magasins gratuits déjà tentées ailleurs (voir http://anomali.optis-heberge.fr) montrent que dans les faits, il se produit plutôt l'effet inverse : les zones sont vite dépassées par les flux entrants d'objets qui ne sont pas compensés par les flux sortants.

« Certains objets de valeur seront pris pour être revendus »

Il est vrai que ce n'est pas l'objectif de ceux qui veulent oeuvrer au développement des échanges non-marchands. Néanmoins, il faut bien voir que la zone n'est qu'un « noeud » où, temporairement, dans le circuit d'échange de l'objet, celui-ci va être non-marchand. Et peut-on en demander plus ?!!

On peut aussi rajouter les points suivants :

  • Tout d'abord, il existe une manière d'éviter que l'objet soit revendu, c'est de mettre des indications appropriées sur un objet : « objet à faire circuler gratuitement », « je ne suis ni à vendre, ni à acheter », etc. Cette méthode a ses limites, mais elle a l'avantage d'être peu contraignante.
  • D'autre part, certains objets sont difficiles à vendre. Pour s'en convaincre, il suffit de songer aux vide-greniers, où des quantités astronomiques d'objets vendus à des prix dérisoires, sont remballés à la fin. En serait-il autrement s'ils étaient gratuits ? C'est loin d'être certain.
  • On peut aussi espérer que pour certains objets, les nouveaux acquéreurs préfèreront la valeur d'usage à la valeur marchande, ou à la valeur liée à la simple possession de l'objet.
  • Autre aspect : à terme, pourquoi ne pas imaginer que, les zones de gratuité devenant de plus en plus répandues, l'achat d'occasion sera de plus en plus inutile, et par conséquent, la revente d'objets d'occasion très difficile ?
  • Enfin, n'est-il pas préférable qu'un objet soit revendu plutôt que détruit ?

« Pourquoi perdre mon temps, m'investir dans une zone dont je ne profite pas dirctement »

  • D'abord, en fait, on en profite indirectement, du fait de la mutualisation des objets. En apportant des objets, il n'est pas rare d'en trouver qui convient. C'est aussi une mine d'or pour ceux qui aiment fouiller:-).
  • Ensuite, la notion de coût est relative... En fait, il est très marrant pour certains de faire de la récupe, de donner, de prendre des objets insolites, de ranger la zone (eh oui !), ... Tout dépend des goûts. Ce qui est une corvée pour certains est souvent un plaisir pour d'autres !
  • Enfin, à un niveau plus global, on peut supposer que l'accroissement des zones de gratuité a pour effet de réduire globalement la quantité de travail allouée à la production, la reproduction, la sélection d'objets (des graines par exemple), etc. Ce qui, au final, est donc bénéficiable pour tout le monde.

« Si tout était gratuit, certains travailleraient pour rien, tandis que d'autres en profiteraient sans rien faire »

Voilà une question bien épineuse, mêlant aussi bien des questions qui portent sur le développement de la technique (les objets sont aujourd'hui conçus dans l'objectif d'être vendus, et non de durer), le rapport entre le bénévolat et l'impôt, le travail, la décroissance, etc...

Si la question vous intéresse, nous vous invitons donc à venir en discuter sur le site de l'association pour les échanges non-marchands et la culture libre ANOMALI. Pour rappel :http://anomali.optis-heberge.fr

N'hésitez-pas aussi à venir vous y inscrire, pour participer à la zone d'emprunt.

En attendant, bonne recherche dans la zone de gratuité du café citoyen. (-:




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