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Oscillation

La revue de sociologie lo-fi

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Titre: Oscillation
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 2009
Dernière modification de l'article: 03-04-2016 à 08:10
Rubrique: La revue de sociologie lo-fi
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande






Ce qui rapproche l’art de l’aristocratie c’est, d’une part, le caractère inné du talent (naissance vocationnelle) et, d’autre part, le fait que le privilège soit attribué non pas seulement à des individus, mais à toute une catégorie (les artistes, les créateurs en général) ; ce qui, à l’opposé, le rapproche de la démocratie c’est, d’une part, l’indexation de la grandeur sur le mérite personnel (méritocratie) et, d’autre part, l’accessibilité de cette grandeur à tout un chacun selon ses efforts ou sa chance; et, ce qui, enfin, l’éloigne tant des valeurs aristocratiques que des valeurs démocratiques, c’est que l’excellence y est définie dans la singularité, au double sens d’exceptionnalisté (excellence) et de marginalité (exclusion). (…) D’où le partage de l’artiste en trois idéal-types, renvoyant chacun à l’une de ces dimensions axiologiques, ainsi conjuguées dans une chimère aussi robuste qu’improbable : l’artiste mondain, incarnation d’une aristocratie désormais renvoyée au passé; l’artiste engagé, incarnation de la démocratie expérimentée au présent; et l’artiste bohème, incarnation de la singularité projetée dans l’avenir. Ainsi peuvent se conjoindre, ne fut-ce qu’imaginairement, les trois substrats fondamentaux de la grandeur que sont le privilège (aristocratie), le mérite (démocratie) et la grâce (vocation). Le résultat forme une configuration saugrenue (…), nous vivons dans un monde où toute une partie de l’élite se tient dans la marginalité, revendiquant le refus de la société même qui la reconnait.

Nathalie Heinich, L’élite artiste. Excellence et singularité en régime démocratique, Gallimard, 2005, p. 274.

Vint la nuit. Quelqu’un pleurait dans le noir. Nous dérivions Desespérés, la voile oblique, vers l’inconnu. Mais nous étions ensemble sur le pont, en silence, A fixer les ténèbres. La lumière disparut.

Seul un nuage resta, au loin, encore longtemps, Avant que tombe la nuit, planant dans l’univers, Pourpre, comme - en un beau chant Sur les abîmes sonores de l’âme - un rêve.

George Heym.

Le réseau alternatif est-il vraiment alternatif ?

Je réfléchis dans cet article à un problème très concret : quelles peuvent être, ou vont être, les alternatives au réseau alternatif ?

L’idée peut sembler absurde. À quoi bon trouver des alternatives à l’alternatif ? Mais tout dépend de ce que l’on entend par réseau alternatif. Car le « réseau alternatif », ça regroupe trois réseaux distincts. Je prends pour le montrer l’exemple de la musique alternative.

  • Le rĂ©seau peut ĂŞtre dit alternatif parce que des gens y Ă©coutent et y jouent une musique alternative. C’est Ă  dire une musique qui passe pas sur NRJ, RTL ou SkyRock, et qui se dĂ©marque, par les sonoritĂ©s, le style, les paroles, etc., de la musique commerciale ou populaire… GĂ©nĂ©ralement, une musique difficile Ă  Ă©couter, mais pas toujours. Le seul hic, c’est que dans cette perspective, l’alternatif se mĂ©lange avec des pratiques de distinction sociale qui n’ont pas grand chose d’alternatif. Pour caricaturer, le rĂ©zo alternatif, c’est le citadin branchĂ© et cultivĂ© qui Ă©coute de la musique alternative pour se distinguer de la masse des auditeurs imbĂ©ciles et ignorants qui Ă©coutent de la soupe commerciale !
  • Le rĂ©seau peut ĂŞtre dit alternatif parce que des gens y tiennent un discours politique, social alternatif. Le discours, vĂ©hiculĂ© ou non par la musique, est alors un discours qui prĂ´ne une alternative au système existant. Ce qui rejoint la tradition de La Marseillaise. Sauf qu’au lieu de chanter La Marseillaise, les rĂ©zoteux chantent en choeur les Sex Pistols, des chants gothiques, ou bien leur haine de l’État et de Microsoft !
  • Le rĂ©seau peut ĂŞtre dit alternatif parce que les musiciens et les spectateurs essaient de pratiquer la musique d’une façon alternative. C’est Ă  dire qu’ils essaient de diffuser et produire la musique d’une manière diffĂ©rente de celle qui est courante dans le marchĂ© musical. Par exemple, ils vendent des concerts « Ă©quitables » Ă  un prix honnĂŞte - allez, au hasard, 5 euros. Ils essaient alors de se positionner en porte-Ă -faux des pratiques commerciales et hiĂ©rarchiques du marchĂ© culturel.

Voilà en gros ce qu’est le réseau « alternatif ». Quant au mot réseau, il signifie seulement que des gens s’échangent des trucs et se connaissent potentiellement de près ou de loin. Sinon, c’est un concept suffisamment vide pour qu’on puisse l’utiliser à peu près n’importe comment.

Bon. Avec cette définition, peut-on affirmer que la nébuleuse de pratiques, de discours, de concerts, d’expos, de projections, d’assoces, de locaux, de musicos, de bozardeux, d’étudiants boutonneux en manque de rapports sexuels, de zonards, de chiens de zonards et de plein d’autres trucs, est vraiment alternative ?

  • S’agissant de savoir si les spectacles et produits culturels qui y circulent sont alternatifs, je laisse la question aux Ă©tudiants de philo en deuxième annĂ©e. PassĂ© le cap de la première annĂ©e, ils commencent gĂ©nĂ©ralement Ă  dĂ©velopper des thĂ©ories sur la question. Et ça ne manque jamais d’intĂ©rĂŞt. Nan…, je veux dire, c’est un discours pour citadins urbains en manque de sensations fortes. Aucun intĂ©rĂŞt. C’est vrai qu’il y a plusieurs marchĂ©s musicaux. Le marchĂ© du jazz passe rarement Ă  la radio dans mon bled perdu. En revanche, je capte bien Fun Radio. VoilĂ  tout. Quant Ă  savoir si le free jazz branchĂ© est plus alternatif que le jazz de la Nouvelle OrlĂ©ans, que rĂ©pondre Ă  une question aussi insignifiante ? Ben rien. Si ce n’est que ça dĂ©pend du contexte, des goĂ»ts et du temps qu’il fait…
  • Deuxième truc. Le discours alternatif. Mouais… Je dirais dĂ©jĂ  que ça dĂ©pend de quel cĂ´tĂ© politique on se situe… Et puis, il faut bien voir que ça change pas la face de la planète. Les Sex Pistols et John Lennon n’ont pas empĂŞchĂ© la masse silencieuse des anglais d’élire Margaret Thatcher et Tonny Blair. Pas plus qu’ils n’ont empĂŞchĂ© l’agriculture intensive, la famine en Afrique, l’enseignement de masse et toute la merdasse que nous recrache quotidiennement la sociĂ©tĂ© industrielle. De plus, plein de groupes qui se disent alternatifs, ou sont stigmatisĂ©s comme tels, ne tiennent pas du tout un discours alternatif. Ajoutons que des groupes ou chanteurs franchement commerciaux ont au contraire un discours alternatif. Et que dire de Rage Against The Machine ?
  • Donc, Ă  la limite, le seul truc qui pourrait ĂŞtre alternatif, c’est la volontĂ© de proposer une alternative concrète aux pratiques exclusionnistes et hiĂ©rarchiques du marchĂ© culturel. Soit. Par exemple, l’alternatif, ça peut ĂŞtre de faire des concerts et des expos gratuits. He bĂ©, figurez-vous que rĂ©cemment, la mairie de La Rochelle a organisĂ© un superbe spectacle pyrotechnique gratuit dans la rue, avec une distribution gratuite de vin chaud, de soupe de poissons et de pain d’épices. C’était pas mal. Je me serais cru Ă  l’AthĂ©nĂ©e libertaire Ă  Bordeaux, un jour de cantine Mac No, oĂą on peut bouffer de la cuisine bio gratos - pas terrible, mais ça change des pâtes au gruyère - avant de se faire dĂ©truire les oreilles par un excitĂ© qui joue du R&roll. Hormis le fait qu’à La Rochelle, l’évènement organisĂ© par la mairie Ă©tait ouvert Ă  tout public et qu’on pouvait facilement engager la conversation avec le premier venu, sans se prendre une rasade de snobisme urbain dans la face (un luxe de bord de mer que les bordelais ne connaissent pas). Tout cela pour dire que les concerts et les expos gratuits, ça court les rues et les locaux. En ville, il y en a partout. Ce qu’on paye, en gĂ©nĂ©ral, c’est l’oeuvre. RĂ©flĂ©chissez-bien, selon vous, quel est le pourcentage d’artistes, rebelles ou non, qui donnent gratuitement leurs oeuvres matĂ©rielles (toile, sculptures…) ? Et puis de toute manière, la gratuitĂ© dans le rĂ©seau alternatif, c’est plutĂ´t l’exception que la règle. Ou alors, c’est une gratuitĂ© Ă  double tranchant. La plupart des concerts sont payants, ou si ils ne le sont pas, les musiciens y revendent leurs vinyles ou leurs cd’s. Ah oui, tiens, dans le genre pratiques alternatives, il y a aussi l’idĂ©e qu’on est alternatif quand on enregistre sur des cassettes, des vinyles, ou des trucs comme ça. L’idĂ©al c’est de vendre des disques qu’on ne peut Ă©couter qu’avec des gramophones… Non… C’est vraiment pas sĂ©rieux. Pire, pour de nombreux rĂ©zoteux engagĂ©s, le truc qui est vraiment alternatif, c’est de faire ses concerts pas chers pour ne pas faire de profit. De payer juste la bouffe, l’essence pour les tournĂ©es, le PQ, les croquettes pour le chien et les putes Ă  Amsterdam. Ça, c’est censĂ© ĂŞtre honnĂŞte. Du coup, un concert au dessus de cinq euros, c’est un truc de vendu. Quant Ă  la bière Ă  3 euros, c’est un pĂŞchĂ© capitaliste. Hum, hum… Je ne voudrais pas briser le sens profond de ces pratiques religieuses, mais bon, c’est franchement illusoire. J’ai pas trop envie de m’attarder sur le sujet, j’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© ailleurs. Mais le truc, c’est que de toute façon, c’est la loi du marchĂ© qui joue. Pareil que le reste. Vous faites un concert d’électro expĂ©rimental Ă  30 euros, personne ne vient. C’est le marchĂ©. Ă€ moins de s’appeler Jean-Michel Jarre. Faudrait donc arrĂŞter de se donner bonne conscience en disant que c’est un choix parfaitement libre et consenti. Le pauvre musicos alternatif subit le prix, comme les autres. J’ajoute que ce n’est pas toujours possible de faire payer super cher le spectateur quand on fait de la musique qui n’intĂ©resse qu’un public de spĂ©cialistes autistes.

Pour conclure. Ce qu’on appelle réseau alternatif n’est pas plus alternatif que le courant continu.

Et pourtant, il y en a, des trucs alternatifs… Probablement plein. Des milliers de jeunes ou de moins jeunes, ont des idées, des projets alternatifs démentiels et fabuleux. Et que se passe-t-il ? Rien. Tous ces beaux projets alternatifs s’évanouissent dans 99,99% des cas derrière la machine implacable du marché urbain de produits culturels qui, non content de briser dans l’oeuf les initiatives et la joie de vivre des jeunes idéalistes, prétend être un truc alternatif.

Bon. Mais avec la sagesse de l’âge, je dois dire que j’ai fini par ne plus en vouloir à ce système impitoyable. J’ai décidé d’opter pour des approches plus constructives - et donc plus radicales. Enfin, ce que j’aimerais surtout, c’est que les jeunes qui rentrent dans ce truc, sachent à quoi s’attendre, et ne se fassent pas prendre au piège des marchands de la rebellion. Donc, je vais essayer de continuer ma petite réflexion. Que proposer comme alternative à ce réseau alternatif ?

Quelques pistes

Ce que je vais faire est simple. Je vais prendre tous les trucs qui sont censés être alternatifs et je vais leur trouver une alternative assez basique. Rien de bien compliqué, et je précise qu’il y a probablement plein d’autres alternatives possibles. Mais bon, je mets celles qui me passent par la tête. J’en ai déjà expérimenté certaines, d’autres sont purement spéculatives. Pour pas avoir de problèmes, je précise que je n’encourage personne à les faire. Et surtout, prenez connaissance des problèmes légaux que ça peut causer. Si vous souhaitez rajouter d’autres idées dans l’article, mettez-les. Ces alternatives doivent tout de même répondre à quelques critères : ouvertes (si possible), non-marchandes, conviviales, amusantes, non-hiérarchique, avoir un sens (j’entends par là ne pas se résumer à un échange bête et méchant de produits culturels).

Je rajouterai aussi un autre critère un peu plus complexe. Je me focalise sur des pratiques qui soit, 1. Ne font chier personne. 2. Ne font chier que le régulateur public. C’est à dire que tout le monde s’en fout qu’on les fasse, mais c’est écrit dans la loi ou demandé par le préfet, donc il faut l’interdire. Ou alors, ça plairait à tout le monde, mais de toute manière, c’est interdit. 3. Ne font chier qu’une minorité de gens particulièrement intolérante (les nichons à l’air sur la plage). Notons que ça inclut les trucs qui ne font chier que les professionnels. Par exemple, je diffuse Harry Potter dans la rue, tout le monde est content, sauf les multiplexes. 4. Ne présentent pas un risque trop important pour celui qui les accomplit. Ou alors j’essaie de l’indiquer. Mais ça reste un choix perso…

En revanche, les pratiques où n’importe qui de sensé, en se mettant à la place de celui qui les subit, pourrait comprendre que ça le fait chier, je les exclus. Je prends un exemple. Vous faites votre concert super fun tendance jusqu’à 4 heures du mat dans un local mal insonorisé. Le voisin descend gueuler un bon coup. Ca vous prend la tête. Bon, mais mettez-vous à sa place. Faut le comprendre…

Allez, venons-en au fait.

  • Les squats. Les squats, c’est un truc de rebelles oĂą les opprimĂ©s sont censĂ©s pourfendre les mĂ©chants propriĂ©taires capitalistes en squattant leur bien immobilier. En fait, le squat, c’est un peu la guĂ©guerre d’expulsion. Le propriĂ©taire veut expulser le squatteur. Le squatteur expulse le propriĂ©taire et tous les non-squatteurs de la terre pour dĂ©clarer que c’est son territoire Ă  lui. Eh bĂ© oui. Pour moi, un squat, ce n’est pas un bien public… Un squat ça appartient aux squatteurs. Le squatteur ne libère pas, il s’approprie. Nuance… Je passe sur le fait que ça se transforme bien souvent en plateforme de commerce de produits ou services illicites. Le principal, je pense, c’est que c’est quand mĂŞme assez chiant pour le proprio. Je sais que les squatteurs occupent en gĂ©nĂ©ral des maisons inhabitĂ©s, mais bon… Par ailleurs, est-ce qu’on va vraiment changer le monde en habitant dans une maison de base… ? J’en doute. Et Ă  mon avis, on pourrait imaginer des trucs quand mĂŞme plus excitants. Tout d’abord, beaucoup de jeunes rebelles l’ignorent, mais en se cotisant, on peut acheter un terrain agricole ou un terrain non-constructible pour pas cher. C’est environ 3000 Ă  5000 euros l’hectare. Les avantages sont Ă©vidents. 1. On s’éloigne des villes qui craignent, polluent et sont rongĂ©es par la spĂ©culation immobilière. 2. On peut vivre en rĂ©elle harmonie avec la nature. 3. On emmerde pas un pauvre proprio en jouant sur les failles d’une lĂ©gislation mise en place pour protĂ©ger les locataires. 4. On emmerde pas les voisins avec de la musique poubelle. 5. On cultive ses lĂ©gumes. 6. On apprend l’auto-construction Ă©cologique, et on s’aperçoit qu’on peut construire une habitation vivable avec des pierres, de la terre, du bois coupĂ© dans la forĂŞt et des matĂ©riaux de rĂ©cupĂ©ration, pour Ă  peu près deux ou trois mille euros. Vous me croyez pas ? Renseignez-vous, vous verrez bien. Le seul truc, c’est de prĂ©voir un terrain avec une arrivĂ©e d’eau. Mais comment croyez-vous que les agriculteurs arrosent leurs champs ? Et puis, il faut savoir ce qu’on veut. Soit on est un rebelle, soit on vit dans un appart de ville avec le confort ! Quant Ă  l’électricitĂ©. Un groupe Ă©lectrogène, une Ă©olienne, des panneaux solaires, etc. C’est pas le choix qui manque. Vous allez me dire, c’est illĂ©gal de construire sur un terrain non-constructible. Oui ça l’est. Mais squatter l’est aussi. Donc, je dis juste qu’entre deux maux, ils faut choisir le moindre mal…
  • Les tournĂ©es - et les expos. Ca c’est le tradition la mieux ancrĂ©e dans la culture alternative. De mon point de vue, la tournĂ©e classique, c’est un truc nul. Ca pollue, ça crĂ©e de la hiĂ©rarchie entre les groupes, ça favorise la circulation des musiciens sur de longues distances plutĂ´t que les Ă©changes locaux et ça sert d’argument pour faire payer les concerts ou les expos. J’ajoute que ça concentre la musique dans des endroits clos, et que ça fonctionne comme un marchĂ© tout ce qu’il y a de plus basique ou des musiciens rencontrent des spectateurs passifs contre quelques bouts de papiers ou quelques pièces de mĂ©tal. Soit. Mais quelle alternative Ă  la tournĂ©e ? LĂ , je peux rĂ©pondre car j’ai dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©. Vous voulez faire une tournĂ©e ? Pas besoin de sortir votre carnet d’adresses. Vous prenez votre matos, Ă©ventuellement un groupe Ă©lectrogène ou un convertisseur dc/ac 12v > 220v, ou bien vous taxez l’électricitĂ© Ă  droite Ă  gauche, et vous partez en vacances. VoilĂ  ce qu’est une tournĂ©e. Pas besoin d’aller vous enfermer comme des moutons dans les mĂŞmes salles, comme des adeptes de camping-car qui vont se ranger comme des moutons sur les mĂŞmes parkings… Vous allez me dire, y a quand mĂŞme deux inconvĂ©nients. 1. « Et le public ?… » Comme je l’ai dĂ©jĂ  dit ailleurs, le public des rĂ©seaux alternatifs, c’est un public malsain, squelettique et dĂ©moralisant. Mieux vaut viser le public de rue : les vieilles dans la rue, les cadres, les commerçants, les jolies cagoles et les vieux croĂ»tons. Croyez-moi, ils sont plus rĂ©ceptifs et ouverts que les spectateurs livides et blasĂ©s des soirĂ©es alternatives ! Et puis c’est quand mĂŞme plus marrant d’amuser des gens que de se faire chier devant un public qui a dĂ©jĂ  Ă©coutĂ© 10000 fois la musique « alternative ». Faudrait savoir ce qu’on veut ? Jouer dans des ghettos devant un public acquis, ou faire dĂ©couvrir sa musique ? 2. « Mais ça fait du bruit et la police rĂ´de… » Ca dĂ©pend oĂą. Si vous allez jouer dans un bled paumĂ©, tout le monde s’en fout. Et puis, vous n’êtes pas obligĂ© de mettre l’ampli Ă  fond. J’ajoute qu’il y a d’autres moyens de faire des tournĂ©es. L’un d’entre eux : la tournĂ©e des vide-greniers. Ben oui, pourquoi ne pas faire un stand dans un vide-grenier oĂą vous filez vos disques, exposez quelques toiles, faites connaĂ®tre votre site perso, parlez de choses et d’autres ? Bon. Apparemment, les vides greniers ça intĂ©resse pas trop les rĂ©zoteux parce que j’en ai jamais vu lĂ  bas… Y a aussi la solution d’aller jouer direct chez les gens, d’aller animer des soirĂ©es, etc. C’est pas les possibilitĂ©s qui manquent. Vous sonnez Ă  une soirĂ©e qui fait du bruit, et vous proposez vos services gratos… Pourquoi pas…
  • Les concerts. Je dois faire une confession. Je ne me suis jamais amusĂ© dans un concert et ça fait bien longtemps que je les boycotte. Trop chiant. Mes derniers bons souvenirs de zic ? Ben quand j’étais Ă  Tahiti et que j’ai vu des danses tahitiennes dans un village. Le spectacle Ă©tait super convivial, y avait plein de danseurs et danseuses qui foiraient. LĂ  oĂą je veux en venir, c’est que lĂ -bas, enfin du moins pour le peu d’expĂ©rience que j’en ai eu, tout le monde participe ou essaie de participer, mĂŞme si il est nul. C’est pas ça qui compte, le but, c’est de s’amuser. Parce que pour eux, la musique c’est un truc collectif et convivial oĂą tout le monde joue, danse, chante, rigole, pleure, etc. C’est pas un truc lamentable comme un concert de Sting, Rage Against The Machine, Les Wampas, Apy Wiz ou Chocolat Billy (remarquez l’ordre dĂ©croissant), oĂą des pauvres Ă©tudiants gavĂ©s de poulets aux hormones se prosternent devant l’autel sacrĂ© oĂą on expose un produit commercial (pardon le groupe) qui distribue ses hosties aux fidèles. Bon. Et au pire, sans remettre en cause le rapport consommateur/producteur, il y a plein de manières originales de faire des concerts. Je sais pas, par exemple, dans des endroits insolites, derrière un rideau, Ă  distance, en incorporant le concert dans une autre activitĂ© (un repas, un voyage en train, un mariage, etc.), sur un stade de foot, dans une gare, en jouant Ă  l’envers, en foirant les notes, que sais-je ! Rien qu’à ce niveau-lĂ  (la forme, le contenu), il y aurait plein de moyens de rendre le truc moins barbant. Je dois reconnaĂ®tre qu’il arrive qu’il y en ait qui le fassent. Seulement, le problème, c’est que quand c’est le cas, non seulement on en entend parler pendant 10 ans, comme si ils avaient rĂ©inventĂ© la musique, mais de plus, ils deviennent en quelque sorte les propriĂ©taires du concept. Du coup, y a toujours un bouffon pour sortir, « nan mais ça on l’a dĂ©jĂ  fait mon vieux, t’arrives Ă  la bourre ». Ca m’énerve… !!! Y a rien qui m’excède plus… Et alors… ? C’est dĂ©jĂ  fait, tant mieux ! C’est plutĂ´t positif dans le fond… Y’en a un qui l’a dĂ©jĂ  fait, et personne n’a pensĂ© Ă  le refaire… ? Ben alors ? Faut s’y mettre… En annexe quelques exemples.
  • Vendre ses oeuvres ou ses services. J’ai rien contre les gens qui vendent leurs concerts ou leurs cd’s. Surtout si il les vendent chers (Ă  quoi bon brader sa soupe ?). MĂŞme si je pense qu’il y a des manières plus originales de vendre sa petite production que le traditionnel concert / assoce / cd (par exemple, vide-greniers, vente dans la rue, vente liĂ©e, etc.). Mais comme dans le cas prĂ©sent, je cherche une alternative non-marchande - ce qui n’implique pas que je sois anti-capitaliste… -, je me cantonne Ă  cet exercice. Pour ce qui est de la diffusion non-marchande de la musique, des photos, des peintures, de nos jours, il y a Internet. Merveille technologique qui fait que le pire des imbĂ©ciles peut diffuser ses fichiers sur le net. Pour ce qui est des concerts et des tournĂ©es. Voyez ça comme un loisir. Vous vous faites une petite virĂ©e en Europe et vous partagez les frais.
  • Les assoces et les collectifs. Il y a trois spectacles dans ma vie qui m’ont rĂ©ellement aflligĂ© et m’ont fait prendre conscience de l’impuissance qu’on peut Ă©prouver face Ă  certains Ă©vènements. Le premier, c’est quand j’étais gosse. Lors d’une promenade, mon petit chat favori m’a sautĂ© des bras pour aller se jeter sous un bus. Je me souviens du salto qu’il a fait avant de retomber sur le sol, inerte. Ca se passait Ă  NoumĂ©a. Je jouais des heures avec ce chat. J’ai ressenti alors toute la fatalitĂ© de la nature qui peut briser ce qu’on aime en un instant. Le deuxième, c’est, toujours en Nouvelle-CalĂ©donie, quand j’ai vu des forĂŞts quadrillĂ©es de pins plantĂ©s sur des pans de montagne entiers Ă  la place de la forĂŞt originelle. Moi qui adore la botanique et les arbres, ça m’a foutu un choc. Je me rappelle, j’étais en voiture avec ma mère et en voyant ça, elle m’a dit, “dĂ©cidĂ©ment la bĂŞtise humaine est sans limite”. Le spectacle lamentable de cette logique Ă©conomique franche, impitoyable, sans complexe, froide et dĂ©lirante, Ă©tait dĂ©moralisant. Enfin, le dernier spectacle, c’est le rĂ©seau alternatif bordelais. Au contact de la branchouille bordelaise, j’ai vu toute l’hypocrisie malsaine de quelques pauvres types, rivĂ©s aux postes de contrĂ´le d’une assoce, qui font des choses insignifiantes tout en Ă©tant persuadĂ©s de faire des trucs gĂ©niaux, et qui sont mĂ©prisants, hautains, malsains, impolis, tarĂ©s, Ă©goĂŻstes, conformistes, soumis, roublards et franchement dĂ©sespĂ©rants. Ce sont lĂ  trois formes de violence diffĂ©rentes : la violence des forces naturelles, la violence Ă©conomique et la violence symbolique. Pour moi, le spectacle le plus insupportable, le plus dĂ©moralisant, c’est la violence symbolique. Ce n’est peut-ĂŞtre pas le plus grave, mais c’est le plus affligeant et le plus rĂ©vulsant. Voir des individus aussi mĂ©prisants envers l’humanitĂ©, le rĂŞve, la vie, se pavaner dans des concerts, contrĂ´ler des assoces, tout en se prĂ©tendant rebelles et du bon cĂ´tĂ© de la barrière, tout en affirmant ĂŞtre Ă  gauche, je trouve ça lamentable. Vivre ainsi de l’espoir des gens, de leurs rĂŞves et de leurs bonnes intentions, c’est abject. Bon. J’ai conscience que c’est un point de vue très subjectif. Mais qui confirme tout de mĂŞme que ces assoces et ces collectifs informels, dans lesquels se regroupent ces bouseux alternatifs, sont franchement immondes et rĂ©actionnaires. La plupart du temps, tout y est contrĂ´lĂ© - sans que cela soit dit, naturellement. C’est fermĂ© Ă  mort et quelques tyrans franchement très cons, contrĂ´lent une assoce loi 1901, ou un “collectif”, de manière dictatoriale. C’est affligeant… M’enfin… Venons-en Ă  la question. Quelle alternative ? L’alternative est très simple : le rĂ©seau ouvert.
  • La drogue. Dans le rĂ©seau alternatif, ça a souvent tendance Ă  circuler pas mal. Ă€ mon avis, la meilleure alternative Ă  la drogue, c’est la sexualitĂ© dĂ©bridĂ©e. Si on revenait aux prĂ©ceptes de base de la contre-culture « tout le monde Ă  poil les uns sur les autres », plus personne n’aurait envie de se droguer. Je sais, ça peut paraĂ®tre idĂ©aliste, voire pervers pour certains. Mais bon, oĂą est la perversion dans notre sociĂ©tĂ© ? Et est-ce qu’on n’est pas franchement arriĂ©rĂ© Ă  vivre avec de tels tabous sur tout ce qui est relatif au sexe ? Je sais que c’est quand mĂŞme mieux quand deux ĂŞtres qui s’aiment et vivent ensemble en toute simplicitĂ©. Bon, mais ça, ça ne marche pas longtemps, ou alors rarement, ou alors pas du tout. Je veux dire, il faut voir les choses en face. Aujourd’hui comme avant, pour choper une meuf, il faut remplir au moins une des quatre conditions suivantes, 1. ĂŞtre beau et pas trop idiot, 2. savoir tchatcher, sĂ©duire, draguer, 3. avoir les signes d’une bonne position sociale ou des facilitĂ©s matĂ©rielles, 4. ĂŞtre particulièrement insistant et obstinĂ©. Je sais, c’est que de la thĂ©orie, mais en ce qui concerne mon expĂ©rience perso et ce que j’ai vu autour de moi, ça me semble vĂ©rifiĂ©. Et Ă  mon avis, c’est vĂ©rifiĂ© depuis des millions d’annĂ©es. Bon, la question est, est-ce qu’on en reste lĂ  ? Soit on se dĂ©cide Ă  faire un saut civilisationnel et Ă©volutif, soit on en reste au stade du harem, en le mâtinant en public des contraintes de monogamie imposĂ©es par l’idĂ©ologie chrĂ©tienne. Nan, je veux dire, il faudrait arrĂŞter de diaboliser ou dramatiser la sexualitĂ©. Il faut au contraire y voir un truc simple, sans complication, basique, sur lequel on peut rĂ©flĂ©chir sans passion pour trouver le meilleur moyen de se rendre ça plaisant. Ca devrait ĂŞtre un truc pragmatique. Tu veux coucher ? Moi aussi. Ok, on couche. Si on arrive Ă  faire ça sans se prendre la tĂŞte, mais tant mieux… Quoi qu’il en soit, si on libère la sexualitĂ©, plus besoin de drogue.

Je termine en m’embrouillant les pinceaux sur l’épineux problème de la sexualité et de la drogue (et finalement, je m’en fous), mais le truc surtout, c’est que je trouve franchement désolant ces concerts, ces soirées, cette société mornes, conformistes, hiérarchiques et sans vie. Et je me pose la question. Y en a-t-il qui y prennent vraiment goût ? J’ai du mal à le croire. Au mieux a-t-on la satisfaction éphémère d’avoir dominé son rival le temps d’une soirée. Mais pour le reste, qu’est-ce qu’on s’emmerde. Je ne suis pas blasé, j’ai plein de centres d’intérêts. Mais sur plein de trucs, il faut se rendre à l’évidence, on ne fait rien. On copie, on se fait chier, on frime.

Nous sommes théoriquement libres dans nos sociétés. On vit dans l’abondance et on pourrait refaire le monde. Partir dans des voyages fabuleux, organiser des trucs délirants, faire des trucs bien plus barrés que les surréalistes. Et au lieu de cela, on fait quoi ? Des concerts et des expos. On va se faire chier dans des concerts déprimants au lieu de faire des trucs complètement barrés.

Tout le monde a eu des longues discussions où on invente, le temps d’une soirée, des trucs géniaux à faire. Personnellement, je n’en ai plus beaucoup ces derniers temps, car j’ai du mal à trouver du monde de mon âge que ça intéresse encore. Mais bon, j’en ai tellement eu que si je les avais notées, j’aurais de quoi m’occuper jusqu’à la fin de mes jours. Tiens, je repense à un dernier truc, y a pas longtemps, c’était d’aller vendre des conneries, des mégots, une bouteille vide, une poche plastique dans un vide grenier à des prix prohibitifs (2000 euros). C’était pas génial, mais sur le moment, on avait imaginé plein de trucs annexes marrants à faire.

Et au lieu de ça, qu’est-ce que on est obligé de faire ? Rien. Y a personne qui se bouge, et on se fait chier. On galère pour ragasser une meuf, toper de la dope. On va dans des bars se saouler, et ça s’arrête là. On vit dans un monde sans imagination, où être créatif, c’est être seul et voir ses rêves s’envoler. C’est ça la vérité. Les seuls qui tiennent sont des pauvres débiles qui friment entre eux parce qu’ils font des concerts là où il faut et comme il faut. C’est pas glorieux.

Pourquoi c’est si dur d’être alternatif ?

Dur constat, hein ! Mais bon, si ça peut vous rassurer, je suis un éternel optimiste. Les choses vont mal ? Eh bien il faut que ça change ! Oui mais qu’est-ce qui nous en empêche ? Eh ben voilà une bonne question. Pourquoi nous n’arrivons pas à faire des trucs sympas, délirants, alternatifs ? Si ça marche pas, il y a bien une raison. Où est-ce que ça bloque ? Encore une fois, je vais essayer d’être très pragmatique. Je vais chercher à comprendre pourquoi, depuis que j’ai quinze ans, j’ai voulu faire des micro-révolutions, et pourquoi ça a pas marché. Je répète, je ne parle pas de révolution marxiste, mais de trucs sympas à faire, sans grande ambition, assez délirants, amusants, funs. Des trucs qui changent du quotidien. Pas des sports à la con comme escalader une montagne, mais plutôt, visiter une ville à pile ou face (un truc qu’on avait essayé avec un pote, dès que on arrivait à un croisement, on tirait à pile ou face, pile à gauche, face à droite). Donc, j’essaie maintenant de repérer d’où viennent les blocages.

  • On peut tout d’abord penser que c’est Ă  cause de l’État. Ça, c’est l’explication la plus courante. Si on ne peut pas faire des trucs alternatifs, c’est parce que l’État nous oppresse. Je pense par exemple au sinistre mouvement pour l’affichage libre de Bordeaux, oĂą les rĂ©soteux s’étaient liguĂ©s pour pouvoir continuer Ă  placarder leurs affiches polluantes sur les murs bordelais. Plus gĂ©nĂ©ralement, si on Ă©coute un tant soi peu les membres de cette corporation, dans leur monde imaginaire, les pouvoirs publics leur en veulent et les oppriment. Ce sont des victimes. Je ne veux pas ĂŞtre dĂ©sagrĂ©able, mais Ă  mon avis, c’est complètement faux. Je ne nie pas que l’État puisse parfois ĂŞtre oppressif. Par exemple, pour ce qui est d’organiser des alternatives dans la rue, c’est clair que le rĂ©gulateur public n’est pas toujours très bien avisĂ© et très conciliant… Mais globalement, pour ceux qui veulent faire les trucs dont j’ai parlĂ© plus haut, ça change rien. Politiser ainsi les pratiques sociales marginales est mĂŞme stĂ©rile et contre-productif. Ca sclĂ©rose tout et ça appelle la rĂ©pression. La vĂ©ritĂ©, c’est que l’État, les mairies et tout le bataclan, ils s’en foutent des trucs alternatifs. Ou alors, ils n’interviennent que lorsque ça fait du bruit et que ça dĂ©range la population. Dans le cas contraire, la plupart des fonctionnaires n’en soupçonnent mĂŞme pas l’existence.
  • C’est Ă  cause des professionnels de la culture (les mĂ©chants capitalistes). Je pense que ça joue un peu. Les professionnels de la culture essaient en gĂ©nĂ©ral qu’on ne leur fasse pas de concurrence. Bon, mais ça reste quand mĂŞme assez marginal. Enfin, de mon cĂ´tĂ©, j’ai rarement rencontrĂ© le problème.

J’en viens à deux explications plus convaincantes.

  • Si les expĂ©riences marrantes et dĂ©lirantes dont j’ai parlĂ© plus haut ne marchent pas dans 99% des cas, c’est tout simplement parce qu’elles n’intĂ©ressent personne et qu’elles se heurtent au conformisme de la populace ou de la bourgeoisace. Par exemple, le nombre de fois oĂą j’ai proposĂ© Ă  des personnes de mon entourage de faire un truc cool et oĂą personne n’a suivi, je les compte plus. Ă€ vrai dire, j’ai de moins en moins la motivation de le faire. Maintenant, je me force Ă  faire les trucs tout seul et Ă  pas me reposer sur les autres, parce que sinon, il ne se passe rien. Je veux dire, il faut ĂŞtre rĂ©aliste. Les gens sont des moutons passifs qui bouffent la nourriture toute prĂŞte que les industries culturelles ou matĂ©rielles leur refourguent. Ou bien, des trouillards qui craignent plus que tout de se taper la honte en public. VoilĂ , tout est dit. Vous pouvez donner toute la libertĂ© du monde Ă  un mouton, que fera-t-il de plus qu’avant ? Rien. Il continuera Ă  brouter l’herbe. Eh ben c’est pareil pour les humains, si ce n’est que chez les humains, il y a en plus des mĂ©canismes de pression sociale qui les poussent Ă  se conformer et Ă  brouter l’herbe. C’est pas très marrant, mais c’est comme ça. Que font 99% des gens, lorsqu’il s’agit de dĂ©fendre une bonne cause, de faire un truc qui sort de l’ordinaire, de se rebeller ? Rien. Vous pouvez leur proposer la meilleure idĂ©e du monde, la meilleure cause, ils se contenteront de hausser les Ă©paules en ricanant… Ils prĂ©fèrent aller bosser pour se payer un nouveau frigo. Un exemple, depuis quelques temps, la lĂ©gislation sur les prĂ©noms s’est considĂ©rablement assouplie. DĂ©sormais, chacun peut appeler son enfant comme il veut. RĂ©sultat des courses : des montagnes de Jeanne, ClĂ©ment, Arthur, ThĂ©o… Ce sont les mĂŞmes prĂ©noms qui reviennent Ă  la charge. Comme avant. Conclusion. Rare sont ceux qui ont profitĂ© de cette nouvelle libertĂ©. En fait, ça a pas bougĂ©. Et donc l’État n’y Ă©tait pour rien. Comme avant, on trouve les mĂŞmes prĂ©noms partout. Ă€ mon avis, c’est ça la principale cause des blocages. Il faut arrĂŞter de s’en prendre aux mĂ©chants capitalistes ou aux mĂ©chants politiciens. Si les gens font rien d’intĂ©ressant, c’est parce qu’ils aiment ça. Ca ne les intĂ©resse pas de faire des trucs intĂ©ressants ! Ou ils n’y pensent pas. Tout simplement. Ils prĂ©fèrent mater la tĂ©lĂ© et jouer au foot, plutĂ´t que d’aller refaire le monde. Ou alors, si ils font un truc original, c’est qu’un autre aura dĂ©jĂ  bien labourĂ© le terrain avant eux. Ca peut paraĂ®tre Ă©litiste comme propos, mais malheureusement, c’est rĂ©aliste. Il y a très peu de gens qui sont capables de s’engager dans une voie sans qu’elle ait d’abord Ă©tĂ© balisĂ©e. Ils ne la suivront que si c’est un truc bien impersonnel et que ça a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© un minimum dĂ©veloppĂ©. Ou alors, il faut avoir du charisme pour rĂ©ussir Ă  les manipuler et leur faire faire ce qu’on veut. Mais bon, ça, je trouve pas ça franchement cool.
  • Dernière source de blocage, le rĂ©seau alternatif. Pourquoi donc ? Eh bien parce que le rĂ©seau alternatif a un gros dĂ©faut, il accapare toutes les initiatives pour les formater, les encadrer, les marchandiser. C’est assez insidieux, mais c’est très efficace. Je veux dire par lĂ , quand vous faites un truc tout seul, en couple, ou avec une bande de copains, vous faite un truc par vous-mĂŞme. Parfois, c’est un truc complètement barrĂ©, d’autres fois non. Mais bon, le fait est que vous vous amusez bien… Le risque, c’est quand vous commencez Ă  trainer dans le milieu alternatif. Parce que lĂ , ça peut plus marcher. Ca peut plus marcher parce que c’est pas la mĂŞme logique. Le rĂ©seau alternatif, c’est une logique commerciale. Il faut que ça soit formatĂ©, conditionnĂ©, empaquetĂ©. Et c’est lĂ  oĂą ça constitue un gros blocage. Ceux qui vont dans le rĂ©seau alternatif en espĂ©rant innover, changer le monde, ils sont contraints de s’engager dans des voies dĂ©jĂ  bien balisĂ©es, bien rodĂ©es. Et en dĂ©finitive, ils font rien. Ils font comme tout le monde. Ils ont pas le choix. Ils font des concerts et des expos. Je dirai que le principal problème du rĂ©seau alternatif, Ă  ce niveau lĂ , c’est qu’il pompe les ressources de ceux qui pourraient ĂŞtre vraiment alternatifs, pour en faire de la mouise standardisĂ©e. PlutĂ´t que de s’amuser Ă  faire n’importe quoi, Ă  suivre des gars dĂ©lirants, les jeunes Ă©tudiants vont s’enfermer dans des salles de concerts croyant ĂŞtre alternatifs. Et au final, les gens qu’ont des idĂ©es se retrouvent seuls, comme des cons, avec leurs idĂ©es sur les bras.

En définitive, dans cette société moderne, on est coincés. Si on reste au niveau individuel, ou au niveau du petit groupe, mais on est confronté au conformisme et à la pression de la famille ou du groupe d’amis. Ou alors, on tourne en rond dans un petit cercle d’amis à se faire ses propres délires. Soit on rentre dans les institutions culturelles, et alors là, pas la peine d’espérer se faire plaisir… Soit on rentre dans le réseau alternatif et on s’imagine être rebelle, alors qu’on fait des trucs marchands de base.

A propos des marchands de la culture alternative

John Maynard Keynes aspirait à une société où l’Homme se serait libéré des contraintes économiques pour se consacrer aux arts et aux choses de l’esprit. Sage idée. Mais ce qu’il n’avait pas anticipé, c’est que les gens sont assez tordus pour faire des arts et des choses de l’esprit de nouveaux produits et contraintes économiques. Car, dans la mesure où ils attribuent une valeur ostentatoire, économique, sociale à ce moaï qu’ils appellent le travail, libérez-les des contraintes matérielles et de la hiérarchie qui en découle, et ils s’empresseront d’en recréer d’autres ailleurs, peut-être pire que les précédentes. Prenez Second Life, un paradis ? Eh bien non, un espace à la con qui commence déjà à être rongé par la spéculation immobilière. La vérité, c’est que le peuple, il lui faut son travail. C’est sa fierté. Même le prolo de base, son travail, c’est toute sa vie… Quant au bof du rezo alternatif, il défend son « travail » de musicien, ses fameuses compétences (ou celles des autres), son assoce sans vie, son droit ridicule à exclure les groupes qui ne lui plaisent pas, avec une hargne bien plus forte que celle d’un grand propriétaire terrien qui défend ses terres.

Quoi qu’il en soit, le chômage, la hiérarchie, la pollution, ce n’est pas dû à la méchante élite capitaliste. C’est lié au fait que le travail a une valeur marchande et qu’il est sacré. Le travail, c’est un emblème, un blason, un moaï. Supprimez cet objet sacré, et je ne suis pas sûr que les occidentaux moyens continueront à enfanter - je pense, en disant cela, à la civilisation marquisienne qui s’est effondrée démographiquement suite à l’arrivée des occidentaux qui remettaient en cause leurs croyances… Comment voulez-vous, après ça, dire à un type moyen, « tu vas arrêter d’être un esclave consentant », « tu vas arrêter de pêcher et de bousiller les océans », « tu vas te mettre à vivre de la cueillette et de la chasse » ? Pour 95% des gens, un type qui ne travaille pas et qui le fait par conviction, c’est un looser, un moins que rien, un déviant, un paria, un hérétique. Ses proches le méprisent, sa femme le plaque et il est sans arrêt emmerdé par les institutions parasites qui vivent sur le dos des honnêtes non-travailleurs (Assedic, politiciens, RMI, services sociaux…) ! Je sais, je caricature. Mais le fait est là. Quand bien même un choc technologique sans précédent nous libérerait des contraintes matérielles, nous continuerions quand même à travailler. La production culturelle deviendrait une contrainte, un travail marchand, un enjeu économique, une marchandise. D’ailleurs, pourquoi parler de l’avenir, puisque finalement, ça y’est, c’est déjà fait ? Au fur et à mesure que la technologie nous libère du travail manuel, on observe un asservissement de plus en plus marqué du travail intellectuel. Tout loisir devient travail. Même le simple bloggueur de base lutte pour augmenter son blog-ranking. Et le rezoteux alternatif de base est devenu le nouveau soldat du capitalisme culturel, frustré de ne pas posséder le grade de général, qui fait sa promo à coup d’affiches underground pour vendre sa soupe insipide sur le grand marché de la soupe musicale alternative. La seule chose qui le différencie du musicien capitaliste, c’est que sa soupe étant vraiment très mauvaise, ou réservée à un public de connaisseurs raffinés, il est obligé de la brader.

Pour conclure, je dirai que la marchandisation de la culture à laquelle nous assistons depuis bientôt une cinquantaine d’années est un problème sérieux, et qui nécessite d’engager une réflexion radicale, ouverte et pluraliste. Réflexion qui, pour des raisons évidentes, ne doit surtout pas être laissée entre les mains exclusives des marchands de soupe de l’alternatif, puisque la réflexion sera alors aussi biaisée, partiale et malsaine que les discours irréfutable des grands lobbys industriels. Car leur parole a la même finalité et utilise la même rhétorique que celle d’une corporation défendant ses intérêts, fussent-ils dérisoires - et ils le sont. Certes, il me paraît souhaitable qu’ils prennent part au débat, mais à condition que ce soit à égalité avec leurs détracteurs. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, puisqu’ils censurent ou dénigrent la parole de ceux qui les critiquent.

Naturellement, la marchandisation culturelle n’est pas un phénomène nouveau, mais elle a pris ces derniers temps une ampleur inégalée, notamment avec l’essor du réseau alternatif qui fait de la contestation sociale, de l’invention humaine, des nouvelles pratiques, du rêve, des marchandises de mieux en mieux cotées sur le marché de la culture urbaine. Certes, ce ne sont pour l’instant que des marchandises peu lucratives, mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand serons-nous libres de réinventer le monde sans qu’un marchand de rêve vienne nous voir pour nous dire, « eh toi, ce que tu fais, on l’a déjà fait, c’est interdit ça mon gars, tu vas te faire verbaliser » ?! A quand la première bourse de l’alternatif et de la contestation sociale ? A quand le premier ministère de la contestation sociale ? La culture libre n’est donc pas seulement une histoire de licence ou de concerts à cinq ou à trois euros. C’est plus fondamental. L’enjeu, c’est la possibilité de garder libre ce qui est libre depuis des temps immémoriaux. À savoir, le droit d’imaginer et d’inventer sa propre vie et son propre espace de vie.

Annexe

J’insère ici un texte, remanié pour l’occasion, sur des alternatives auxquelles j’avais réfléchies il y a quelques années. C’est un peu daté, mais je le mets quand même par principe. Vous pouvez insérer également vos idées dans cette partie.

Il faudrait que n’importe qui puisse participer aux concerts, sans avoir à sortir son “book”. Qu’il n’y ait pas de barrières à l’entrée. Et aussi, que n’importe qui puisse contribuer à les organiser et à les désorganiser. Il faudrait mettre en place des systèmes virtuels de mise en relation permettant à ceux qui sont motivés pour réaliser un projet quelconque, de se trouver et de s’associer d’un mutuel accord, c’est à dire selon le principe du volontarisme. Sans toutefois empêcher la commercialisation des produits relatifs aux projets. Du moins tant que le consommateur reste le producteur, et vice-versa, et qu’il n’y ait pas de restrictions aux participations. Dans le pire des cas, c’est la loi du “premier venu, premier servi”. Mais de toute façon, on peut refaire des projets si il y a des “lésés”. Sauf dans les concerts dont la programmation serait décidée et organisée par des votes ouverts à tous, il n’y aurait pas de dates. Car pour qu’un concert ou une action ait lieu, il faudrait qu’au moins 2 ou 3 personnes soient motivés pour le faire. Pour se mettre en contact, des listes de discussion ou des wikis faciliteraient la tâche. Principe de l’association libre, pas de statut pour personne. Le but ne serait pas de faire des performances, d’avoir des “concepts”, au contraire, ce serait de trouver de nouveaux moyens et canaux d’expression permettant de s’éclater, de faire passer une révolte ou de bouger les choses. Ces formes de concerts n’auraient pas pour but d’assurer une notoriété dans le milieu des beaux-arts ou du rock contemporain, mais de donner libre cours à des délires persos, de se regrouper, de découvrir d’autres moyens d’expression. Naturellement, les projets seraient amenés à être refaits. Dès qu’un projet serait complet, il serait reproduit. Et donc, si quelqu’un met en pratique une idée, il ne peut prétendre y mettre officieusement son “copyright” dessus. Une idée ne prend de l’importance que quand elle est répétée dans le temps et dans l’espace. Et ces idées sont plus des guides d’action que des dogmes. Notez que tout le monde pourrait contribuer au développement des projets au jour le jour, en inscrivant des liens sur le Net, en demandant des emails pour assurer la diffusion des morceaux, en participant à un wiki, etc.

Voici un premier répertoire de projets.

  • TournĂ©e bateau. Dès que les beaux jours arrivent, partir faire une tournĂ©e en bateau. S’arrĂŞter dans les ports, un peu partout et jouer n’importe oĂą (sur les pontons, dans les bars, dans la rue, etc.). Bon plan tourisme. Bon moyen de se faire des connaissances dans le monde de la Mer. On peut filmer la tournĂ©e, et commercialiser la vidĂ©o (on l’envoie Ă  Thalassa !).
  • Campagne anti-publicitĂ© associative. Campagne contre l’affichage libre. Rappelons que la plupart des associations alternatives pourfendent la pub tout en la pratiquant Ă  outrance. Faire ostensiblement du marketing semble alors plus cohĂ©rent. Ou alors, des campagnes visant Ă  entraver les actions d’affichage des assoces alternatives. L’idĂ©al est d’envoyer des annonces Ă  des sites anti-pub pour ĂŞtre accompagnĂ© par eux dans cette dĂ©marche.
  • Attaque de sites bien-pensants. De nos jours, l’opinion se fabrique en grande partie sur des forums ou des sites bien-pensants. De ce fait, pour rester dans la course, la plupart des sites libertaires pratiquent la censure. On peut dĂ©noncer ces pratiques par e-mails piĂ©gĂ©s (tracking), ou par post, sur les forums.
  • Concert ratĂ©. Le concert de musique ratĂ©e consiste Ă  jouer mal et Ă  foirer des morceaux volontairement. C’est très difficile Ă  faire sĂ©rieusement. Rien de plus dur que de rĂ©ussir Ă  rater un morceau de façon convaincante.
  • Concert cassette. Le musicien s’assoit sur une chaise et met Play sur le magnĂ©tophone, puis il joue aux cartes ou au monopoly pendant une bonne demi-heure. A rĂ©aliser dans une salle de concerts sans prĂ©venir les organisateurs et le public, quitte Ă  leur donner une fausse dĂ©mo.
  • Concert cachĂ©. Les musiciens jouent derrière le rideau, personne ne les voit. Ca laisse plus de liberté…
  • Les tournĂ©es Ă  thèmes. Une bonne occasion de dĂ©couvrir des coins inexplorĂ©s. Ca peut ĂŞtre accompagnĂ© de tourisme Ă  thème. Par exemple, faire la tournĂ©e des ronds-points et commercialiser les photos ou les vidĂ©os (c’est le principe des produits dĂ©rivĂ©s). Tenter de jouer dans toutes les rues d’une ville qui commencent par un D, se fixer un itinĂ©raire prĂ©cis, faire la tournĂ©e des campings, faire la tournĂ©e des stations de ski, des petits villages dans les pyrĂ©nĂ©es, etc. TounĂ©e des trains. Une variante de la tournĂ©e des campagnes d’inspiration plus railesque. Le musicien s’arrĂŞte dans les gares pour y jouer.
  • Diffusion dans la rue. Contrairement Ă  de nombreux alternateux, je pense qu’il est souhaitable de diffuser sa musique au maximum et par tous les moyens. Il faut toucher un maximum de personnes de toutes catĂ©gories. Pour ça le meilleur moyen, c’est de vendre Ă  l’arrachĂ©e et de viser le passant moyen. Il en va de mĂŞme pour les techniques de promotion des actions et des concerts. Ca se passe in the street ou sur le net. Toutes les mĂ©thodes sont bonnes : hygiaphone, porte Ă  porte, tracts, boites au lettres, mail, banderolles, tambour, dĂ©mos, accoster les gens dans la rue, etc. Au moins c’est marrant, et en plus, ça fait de la promo pour tout le monde. Autre chose que ces collages d’affiches routinisĂ©s, polluants et ultra-ciblĂ©s.
  • Concerts Ă©nervants. Ce sont des concerts visant Ă  Ă©nerver les gens, et Ă  le faire contre leur volontĂ©. L’antithèse du concert classique.
  • Concerts Ă  domicile, animation de soirĂ©es. Animer des soirĂ©es, des anniversaires, des crĂ©maillères. Eventuellement, il n’est pas exclu de jouer de la musique Ă©nervante et s’inviter. Toutes les mĂ©thodes sont bonnes pour pĂ©nĂ©trer chez les gens. Il faut ĂŞtre un VRP. Faire du marketing.
  • Tracts, anti-concerts et concerts attentats. Manoeuvre pouvant ĂŞtre risquĂ©e. Il s’agit de distribuer des tracts dĂ©nonçant les agissements ou les pratiques d’une assoce, d’un bar ou d’un groupe. De la critique en temps rĂ©el. On peut prĂ©voir des interventions orales (2 minutes avant le concert, ça tuera personne), des tracts distribuĂ©s pendant les concerts. Le minimum, c’est d’ouvrir le dialogue. Reprenons les rĂŞnes de nos soirĂ©es, ne soyons plus des consommateurs passifs, il faut que ça discute lĂ  dedans. Une solution est Ă©galement d’envoyer des textes contre les groupes oĂą les associations visĂ©es qui se disent libertaires et de leur demander de le mettre sur leur site. Ca permet de savoir si elles sont si ouvertes que ça ! Il faut faire ça aux associations alternatives, aux groupes amĂ©ricains qui nous colonisent impunĂ©ment, aux galeries d’artiste, etc. Je conseille de rester pacifique. La non-violence est la meilleure arme. Il serait Ă©galement intĂ©ressant de faire des dĂ©clarations ayant un message politique marquĂ© et provoquant, histoire de se faire un peu de pub. Autre possibilitĂ©, pratiquer l’anti-concert ou l’action coup de poing. Il y a plusieurs possibilitĂ©s d’anti-concerts. On peut pratiquer les anti-concert Ă  coup de baffles Ă  fond dans les concerts officiels. Ou on peut gĂ©ner le dĂ©roulement d’un concert en jouant pile devant la scène, ou dans un coin de la salle. Ou en en faisant des trucs bizarres pile devant la scène pour dĂ©tourner l’attention. On peut Ă©galement pratiquer de l’anti-radio (comme dans la fameuse chanson d’NTM), mais c’est plus difficile.
  • Concert Marathon. IdĂ©e d’une copine rĂ©unionnaise. C’est un jeu qu’elle aurait inventĂ©e en chantant avec des copains et des copines. Le principe : un participant chante un air connu, quand il arrĂŞte, il dĂ©signe quelqu’un pour qu’il chante. InstantanĂ©ment, il doit chanter un morceau, jamais le mĂŞme. Si il trouve pas dans les deux secondes, il a perdu. L’idĂ©e : reproduire ça dans un concert. Chacun doit jouer Ă  tour de rĂ´le dans la salle, en dĂ©signant celui qui sera le prochain. Une variante du KaraokĂ©-Concert.
  • Concert je sais pas jouer mais je joue quand mĂŞme. Tout le monde peut jouer. Le principe, c’est de sortir des appartements la musique inaudible. Tout le monde a fait des beufs musicaux, tout ça sans savoir jouer, avec les instruments qu’ils avaient sous la main. Ici les participants font pareil mais devant des gens ou dehors. Tout le monde peut donc potentiellement jouer, qu’il soit musicien ou non. Le musicien perd son statut, puisque tout le monde est en droit de le concurrencer.
  • La musique Ă  diffusion forcĂ©e. Radio dans la rue. Ascenseurs. Gares. etc. Le principe : faire passer de la musique sans demander l’avis du public. C’est un moyen de diffusion qui fait peu de cas de l’auditeur. Ce dernier est perçu comme une cible potentielle et tous les moyens sont bons pour lui faire Ă©couter la musique qui est produite, surtout si elle est pĂ©nible Ă  entendre ! Le but est de dĂ©tourner au profit du citoyen des pratiques Ă©tatiques qui sont quasi-totalitaires, comme la musique dans la rue les semaines avant noĂ«l. Bizzarement, on entend peu de voix s’élever contre ça. Mais il s’agit pourtant de techniques de propagandes, ici orientĂ©es pour l’accroissement de la consommation, qui sont liberticides. Nul ne peut Ă©chapper Ă  cette musique. C’est une sorte d’audio-surveillance. Il faut donc dĂ©tourner leur principe car rien n’est plus dangeureux que le monopole Ă©tatique. Mais tous les moyens sont bons pour diffuser sa musique et il ne faut pas hĂ©siter Ă  diffuser de la musique particulièrement exaspĂ©rante. L’idĂ©al c’est de parvenir Ă  s’immiscer dans les noeuds de diffusion musicale. Par exemple, un musicien peut squatter la musique des gares, des aĂ©roports, des ascenseurs, des manifestations commerciales (vides greniers), etc. Au niveau individuel, les nouvelles technologies permettent peut ĂŞtre de faire des programmes qui diffusent la musique sur un ordinateur sans que l’utilisateur puisse l’arrĂŞter. Le rĂŞve. Bien sĂ»r, tout ceci doit rester dans la lĂ©galitĂ©. Enfin, il y a aussi le poste dans la rue, c’est le mĂŞme principe. Notons que dans les cas de musique de rue classique (faire la manche), mieux vaut ne pas faire de la musique douce Ă  l’oreille ou banale. Il faut se lâcher ! Faites des trucs inaudibles, Ă©prouvants. Il faut ĂŞtre Ă©motif, faire peur aux passants. Il faut que la musique Ă©nervante devienne banale.
  • Concert et vente dans les vides greniers. Aujourd’hui, les gens cools, ils sont pas dans les concerts de rock, ils sont dans les vide-greniers. Le but c’est donc d’organiser des stands dans les vides-greniers pour promouvoir et diffuser sa musique, sa philosophie et ses actions. C’est une bonne ambiance, c’est pas cher (gĂ©nĂ©ralement 10 Ă  20 fr le mètre) et on rencontre des gens sympas. Faire ça, Ă  la diffĂ©rence de toutes ces assoces dites alternatives, c’est rejoindre la vraie musique populaire. C’est prendre sa musique au sĂ©rieux, et il n’y a pas de raison que les gens ne s’en rendent pas compte.
  • Les E-Mail Party. Pour assurer la diffusion de ses idĂ©es et de sa musique, l’idĂ©e, c’est de choper un maximum d’e-mails. Le but c’est d’aller dans des concerts, des soirĂ©es et de rĂ©colter des mails. Ou de les rĂ©colter par internet. En tous les cas, plus le participant a d’email, plus la musique est diffusĂ©e et connue. Non seulement c’est sympa Ă  faire : ça permet de tchatcher, faire connaissance, ragasser, etc. Mais en plus, c’est bĂ©nĂ©fique pour tout le monde.
  • Concert de balance et de musique externe. J’entends par musique externe toute musique qui a lieu en dehors du cadre officiel dans lequel la musique se dĂ©roule habituellement (concert). Exemple : La musique que font les ados, les jeunes, les vieux dans les appartements, les baraques, etc. Les gens qui sifflent. Les balances avant les concerts. Les rĂ©pĂ©titions. La danse qu’on fait devant sa glace. La musique qu’on joue dans les parcs. Les tournĂ©es des champs ! La musique des oiseaux… La musique qui est diffusĂ©e dans la rue (radio, ascenseurs, gares, etc.) ou entre les concerts. La musique qu’on joue dans la rue. Les chants de scouts (mĂŞme si les scouts sont des crĂ©tins), de colos (ou de prison) et d’éclaireurs (ca c’est des gens biens !) Les chants sur la plage. La musique qu’on joue dans la rue sans rien en avoir Ă  foutre du public. Les chants de marins. Les chansons paillardes. La musique qu’on fait pour soi. La musique qui ne dĂ©colle pas des 4 pistes, des K7, des cd’s, qui sommeille donc sur divers supports. La musique dite “primitive”. La musique de jouets pour enfants. La musique faite dans des concerts qui ne ressemblent pas Ă  des concerts. La musique pour animer des soirĂ©es. La musique techno Ă  ses dĂ©buts. Les boeufs musicaux. etc. Il y a dans la musique externe un continent inexplorĂ©. Il faut partir Ă  sa dĂ©couverte. Par exemple, dans un concert de balance oĂą les musiciens ne jouent que des balances. Ou bien un enregistrement des meilleures balances. Ou bien de la musique bidon enregistrĂ©e entre potes. Dans la foulĂ©e, c’est toujours sympa d’organiser des sessions de musique d’appartement, oĂą de se faire des beufs dans les apparts de chacun. Ca permet de faire des connaissances et de passer des bons moments.
  • Afters dans les sorties de boĂ®te. Le milieu des boites est bien plus open que le rĂ©seau alternatif. Sur les parkings de boites, il se passe gĂ©nĂ©ralement pas mal de trucs. C’est lĂ  qu’il faut intervenir avec ses instruments de musique, histoire d’animer les fins de soirĂ©es oĂą ça bastonne !
  • Concert SĂ©ga et KanĂ©ka. Il y a quelque chose de particulièrement navrant dans les jeunes alternatifs d’aujourd’hui, c’est leur intolĂ©rance musicale, leur fermeture ou leur ignorance vis Ă  vis des musiques qui ne transitent pas par le rĂ©seau alternatif. Dans le milieu du rock, du reggae, de la funk, c’est pathologique. Ces consommateurs lambda sont incapables de dĂ©couvrir de la musique en dehors de celle qui vient indirectement des states ou d’Angleterre. Ils Ă©coutent tous du Ska, du Reggae, les musiques jamaĂŻcaines, etc. mais ils ignorent le SĂ©ga, le KanĂ©ka, etc. Le problème, c’est leur fermeture d’esprit et la fermeture des concerts. Pour y remĂ©dier, il faudrait faire des concerts qui permettent de se faire rencontrer des communautĂ©s diffĂ©rentes.
  • Concerts dans les restos, chez les routiers, etc. On peut jouer dans les bars routiers, les bars de nuit, les restos, les salles d’attente, etc.
  • Fausses annonces. Lorsqu’une association s’est mal comportĂ©e : snobisme flagrant, entrĂ©e payante obligatoire, elle refuse de vous laisser jouer, elle vous demande une dĂ©mo, etc. Il existe des moyens de prendre facilement une revanche efficace contre elle. Le plus redoutable est la fausse annonce. Il y a deux techniques. La première, c’est de pratiquer des fausses annonces de concert. Dans ce cas, vous allez placarder partout dans la ville, que tel soir, un superbe groupe de rap passe dans cette association et que la bière sera gratuite. Vous attendez qu’il y ait du monde et vous lancez un scandale en sortant que l’association refuse de laisser jouer le groupe de rap. Inviter un public de rugbymen est aussi une solution. Vous pouvez Ă©galement faire des annonces avec des groupes super connus et au final laisser une salle vide. L’intĂ©rĂŞt, c’est de perturber un milieu on ne peut plus rĂ´dĂ© et routinisĂ©. Il faut agir un peu comme des virus informatiques ! DĂ©rĂ©gler le système communicationnel des concerts, aux annonces de concerts et affiches (les raccourcis bureaux) ne correspondent plus les vrais concerts (fichiers). Deuxième technique, plus risquĂ©e, balancer des fausses dĂ©mos pour jouer dans les salles. Une fois arrivĂ©s le soir, jouer un truc complètement diffĂ©rent. Dans un bar techno, jouer du rock. Dans une soirĂ©e rock, mixer de la dance pendant une bonne heure. C’est risquĂ© mais bon…
  • Concerts institutionnels pour les vieillards, les accouchements. Pourquoi ne pas jouer dans des moments ritualisĂ©s et institutionnalisĂ©s ? Autrefois, la musique accompagnait des moments importants de la vie : dĂ©cès, enterrements, accouchements, etc. Je serais d’avis qu’on reprenne cette pratique.
  • Sociologie musicale. Musique de manifs. Le but, c’est de faire de la sociologie Ă  travers la musique. Organiser des soirĂ©es oĂą chacun explore Ă  sa manière les comportements musicaux, ou essaie de faire de la sociologie avec la pratique artistique ou musicale. Inventer de nouveaux types d’action et les rĂ©pertorier. Tout est bon. Il ne doit pas y avoir de limites conceptuelles. Aucune mĂ©thode n’est dĂ©finie au prĂ©alable, tout est inventĂ© sur place et au fur et Ă  mesure. Le sens est construit ou dĂ©construit au fur et Ă  mesure.

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