GratiLab, laboratoire de science citoyenne sur la gratuitť, le DIY et la culture libre

>Inscription<

>Connexion<

Participer

La fabrique

Le bistro


Suivre...
le sitela pagela rubrique
Blog /

Lettre ouverte suite à une discussion provoquée par un espace de gratuité sur le marché de Chalabre.

Le journal des gratiférias

Ajouter un article

Titre: Lettre ouverte suite à une discussion provoquée par un espace de gratuité sur le marché de Chalabre.
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 03-04-2016 07:06
Dernière modification de l'article: 06-04-2016 à 22:01
Rubrique: Le journal des gratiférias
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: non éditable / Licence: Licence culturelle non-marchande






Bonjour, je me permets de revenir sur la discussion qui a animé aujourd'hui le marché de Chalabre, et qui portait sur l'installation d'un espace de gratuité par le collectif de la maison non-marchande de Puivert dont je suis le représentant de fait.

Je voudrais vous signifier √† quel point cette discussion √©tait inappropri√©e et d√©plac√©e, car notre d√©marche est tr√®s proche de la v√ītre. Pour le montrer, je reprends point par point l'objet de votre association, tel qu'il a √©t√© enregistr√© au journal officiel de 2011.

Objet : assurer le lien entre toutes les volontés et initiatives internes et externes au canton, visant à sensibiliser, chercher, favoriser et développer des actions s'inscrivant dans une dynamique durable pour le Kercorb et ses environs, dans un respect de l'humain dans la nature, faciliter, fédérer, unir, rassembler, coordonner en assurant un lien entre les citoyens et leurs institutions et structures locales, assurer le lien avec toutes les volontés et initiatives externes au canton, en étant le lieu d'accueil et d'écoute de ces initiatives, devoir s'occuper ni de questions politiques ni de questions raciales et religieuse. Siège social : 9 Bon Accueil, 11230 Chalabre. Date de la déclaration : 30 juin 2011.

Commençons par le premier point.

¬ę assurer le lien entre toutes les volont√©s et initiatives internes et externes au canton ¬Ľ

Bien que cela ne fasse pas partie des objectifs de notre collectif, nous produisons indirectement du lien entre les personnes qui participent √† des ateliers gratuits ou √† des espaces de gratuit√©. Au m√™me titre, me semble-t-il, que les acteurs marchands, qui cr√©ent indirectement du lien social par leurs actions. Cependant, le lien que nous construisons est plus √©tendu que celui qui √©merge des interactions entre vendeurs et acheteurs, puisque toutes les actions que nous d√©fendons et entreprenons, sont ouvertes et non-discriminantes. En particulier, il n'y a pas de discrimination fond√©e sur le prix. De surcro√ģt, nous cr√©ons un lien plus riche et diversifi√©, car fond√© sur d'autres objectifs que la recherche de profit.

Nous sommes par ailleurs enti√®rement ouverts √† la coop√©ration avec d'autres organisations, dont bien s√Ľr, votre association. Nous nous associons d'ailleurs, d√®s que nous sommes en mesure de le faire, √† des acteurs engag√©s dans des actions non-marchandes.

En revanche, si vous m'autorisez une remarque, il serait contraire à l'objet de votre association d'entraver le lien qui pourrait se former entre des organisations marchandes et non-marchandes, par un cloisonnement des espaces d'échange. A ce titre, des espaces d'échange dédiés artificiellement à une seule forme d'échange, comme des gratiférias, ou, à l'inverse, des événements exclusivement dédiés à l'échange marchand et monétaire, me semblent contraire aux principes de reliance et d'universalité dont vous faites l'apologie.

¬ę visant √† sensibiliser, chercher, favoriser et d√©velopper des actions s'inscrivant dans une dynamique durable pour le Kercorb et ses environs ¬Ľ

Nous Ňďuvrons indirectement au d√©veloppement local, en cr√©ant une activ√© locale, riche et novatrice, et nous le faisons dans une d√©marche durable, puisque nous contribuons au r√©emploi des objets et √† la transmission de savoirs et savoirs-faire. Ceci dit, sur ce point pr√©cis, notre position diff√®re de la v√ītre, bien qu'elle n'y soit absolument pas contraire. Nous croyons en effet qu'il faut redynamiser les zones rurales par le d√©veloppement de l'√©conomie non-marchande, et non par celui de l'√©conomie marchande ; partant de l'id√©e qu'une relance par la croissance marchande est utopique dans des zones rurales d√©mographiquement vieillissantes, structurellement peu comp√©titives, et affect√©es par la d√©sertification rurale.

¬ę dans un respect de l'humain dans la nature ¬Ľ

Notre initiative s'inscrit parfaitement dans cette démarche. A double titre.

  • D'un point de vue environnemental, nous cherchons √† d√©velopper et promouvoir des techniques low-tech d'auto-production, plus respectueuses de l'environnement et pouvant s'inscrire ais√©ment dans un contexte de production locale utilisant des ressources locales. C'est ce que nous faisons dans le cadre des ateliers du mercredi √† la maison non marchande de Puivert.
  • D'un point de vue humaniste, nous promouvons et d√©veloppons des formes d'√©change assurant davantage de libert√© aux personnes qui les pratiquent. La possibilit√© de b√©n√©ficier gratuitement de ressources, et de pouvoir donner si on le souhaite, √©tant selon nous : 1. une condition n√©cessaire au d√©veloppement de nos libert√©s de fait (la possibilit√© de b√©n√©ficier de ressources gratuitement nous d√©livre partiellement des contraintes mat√©rielles dont certaines de nos libert√©s de faits d√©pendent), 2. en soi, une libert√© formelle.

Dans cette perspective, qui est celle du libre-échange, nous considérons qu'il est faux et illégitime d'empêcher à des personnes, d'une part de donner sur un marché, et d'autre part, d'accéder à des ressources gratuitement, sous prétexte que ces deux actions constitueraient une entorse à la liberté de concurrence (concurrence déloyale) et nuiraient aux commerçants.

C'est faux pour plusieurs raisons :

  • La gratuit√© de certains services peut √™tre b√©n√©fique pour les commer√ßants, en attirant une client√®le indirecte.
  • Il n'est pas prouv√© que l'acquisition gratuite d'une ressource induise syst√©matiquement le ¬ę non-achat ¬Ľ d'une ressource du m√™me type, ou d'un autre type. L'acquisition gratuite n'emp√™che pas l'achat. En tous les cas, si elle impacte sur la satisfaction de certains besoins, elle n'impacte pas sur l'ensemble des ressources mon√©taires disponibles pour l'achat sur un march√©, par d√©finition !
  • Les objets que nous proposons √† donner sont, pour la plupart, tr√®s ¬ę diff√©renci√©s ¬Ľ (peu homog√®nes). Par exemple, la disponibilit√© gratuite d'un livre ne concurrence pas un marchand de livre, puisque ce ne sont pas les m√™mes livres qui sont propos√©s. Idem pour les v√™tements.
  • La taille de nos espaces de gratuit√© est trop restreinte pour g√©n√©rer une v√©ritable concurrence.
  • A supposer que les espaces de gratuit√© cr√©ent un pr√©judice sur l'activit√© des commer√ßants, pourquoi celui-ci serait-il circonscrit √† la pr√©sence des EDG sur les march√©s de rue ? Si l'acquisition gratuite de ressources, en tant qu'alternative √† l'achat, se fait hors du ¬ę march√© ¬Ľ, les cons√©quences seront identiques sur le chiffre d'affaires des commer√ßants ! Par cons√©quent, remettre en cause la pr√©sence des espaces de gratuit√© sur les march√©s de rue, c'est viser, plus g√©n√©ralement, la possibilit√© de donner, de contracter librement et d'acqu√©rir des ressources gratuitement via des √©changes volontaires. Ce qui est contraire √† nos droits fondamentaux.
  • Les exp√©riences d'espaces de gratuit√© existantes sur les march√©s, qui sont aujourd'hui nombreuses (par exemple les soupes populaires), n'ont pas montr√© l'√©mergence d'une concurrence contraire aux int√©r√™ts des commer√ßants.

C'est illégitime pour plusieurs raisons :

  • Une limitation de la libert√© d'occuper l'espace public et de la libert√© de pouvoir exercer librement une activit√©, serait impos√©e sans preuve concr√®te des effets ind√©sirables d'un espace de gratuit√© sur l'activit√© des acteurs marchands. On ne peut, √† cet √©gard, anticiper l'√©ventuel pr√©judice √©conomique qu'ils subiraient, ainsi que leur r√©action et prendre la parole √† leur place. Il para√ģt plus l√©gitime, et plus respectueux √† leur √©gard, de ne pas supposer √† priori, que leur r√©action sera n√©gative. En pratique, il est par ailleurs plus coh√©rent de r√©agir √† posteriori, si d'√©ventuels probl√®mes venaient √† se poser. Dans le cas contraire, cela reviendrait √† instaurer une mesure prohibitive et pr√©ventive sur la base de simples suppositions. Or, la restriction de libert√©s qui s'en suivrait (interdiction d'occupation de l'espace public et interdiction d'√©changer librement) serait disproportionn√©e par rapport √† la gravit√© potentielle de l'acte.
  • Une telle limitation serait antinomique √† la libert√© de concurrence. Pour plus de clart√©, je cite l'article Droit de la concurrence de Wikip√©dia,

le r√īle du droit de la concurrence est souvent d'obliger les entreprises √† se faire concurrence, ou √† la subir. La protection des concurrents n'est pas le souci premier du droit de la concurrence; ce qui le pr√©occupe, en principe, c'est le fonctionnement macro√©conomique du march√© et notamment la recherche de l'efficience √©conomique. L'efficience √©conomique est entendue comme ¬ę la plus grande satisfaction du consommateur par les producteurs compte tenu de la raret√© des ressources globales de la collectivit√©.

En suivant cette ligne directrice, il est du devoir du r√©gulateur public d'encourager la concurrence si certaines entreprises s'y opposent, de fa√ßon √† accro√ģtre le bien-√™tre des consommateurs. C'est donc √† nous d'√™tre d√©fendus, en vertu de la libert√© de concurrence ! Par ailleurs, il ne peut √™tre question de concurrence d√©loyale, puisque, d'une part, nous ne sommes pas une entreprise, mais un collectif √† but non lucratif, et d'autre part, quand bien m√™me nous le serions, nous ne remplissons pas les conditions n√©cessaires pour qu'un tel acte puisse √™tre ainsi qualifi√©. Nous ne commettons nulle faute telles que d√©nigrement, confusion, d√©sorganisation de l'entreprise ou parasitisme.
  • D'un point de vue l√©gal, et lib√©ral, il est l√©gitime de proposer des ressources gratuitement, lorsque la concurrence pousse √† le faire. On l'observe sur Internet, mais la sph√®re mat√©rielle n'√©chappe pas √† la r√®gle. Les commer√ßants proposent de nombreux services et biens gratuits (ils les donnent), libre d'acc√®s (ils ne vous interdisent pas √† priori d'y acc√©der), sans qu'il soit n√©cessaire de leur en faire la demande, comme les biens √† go√Ľter sur un march√©, la publicit√© et l'entr√©e libre dans un local.
  • A supposer, chose hautement improbable, qu'il soit prouv√© que des espaces de gratuit√© produisent des effets ind√©sirables sur l'activit√© des commer√ßants, de tels effets devraient √™tre mis en perspective avec les nombreux avantages qu'ils pr√©sentent pour les personnes qui en font usage, notamment les personnes d√©munies.

¬ę faciliter, f√©d√©rer, unir, rassembler, coordonner en assurant un lien entre les citoyens et leurs institutions et structures locales ¬Ľ

Ceci fait également partie de nos objectifs, bien que nous limitions notre action aux initiatives non-marchandes. Nous soutenons et mettons en contact des personnes qui souhaitent réaliser des activités gratuites ou des espaces de gratuité.

En revanche, je n'ai pas compris quelle était la position de X au regard de cet objectif. En quoi le fait de nous freiner dans notre initiative et de s'imposer comme intermédiaire, crée-t-il du lien ?

¬ę assurer le lien avec toutes les volont√©s et initiatives externes au canton, en √©tant le lieu d'accueil et d'√©coute de ces initiatives ¬Ľ

Hélas, l'accueil et l'écoute déplorables, que X et d'autres nous ont réservés, ne nous ont guère paru aller dans ce sens. Bien au contraire ! Ce que nous avons trouvé regrettable car nous sommes tout à fait disposés à coopérer avec votre association.

¬ę devoir s'occuper ni de questions politiques ni de questions raciales et religieuse. ¬Ľ

Nous prenons bien soin, tant dans la maison non-marchande de Puivert, que dans les espaces de gratuit√© que nous organisons, de ne pas faire l'√©tal de nos opinions politiques, et j'ajouterais que toute personne peut proposer, participer √† des actions et √©mettre des opinions relatives √† notre fonctionnement, quelque soient ses id√©es politiques. Peu importe la couleur de ses id√©es, tant qu'elle respecte les principes sur lesquels nous fondons notre action. Quant √† la possibilit√© d'une discrimination raciale, ou de toute autre forme discrimination, par exemple l'appartenance au ¬ę pays ¬Ľ, nous la rejetons sans concession.

J'espère donc que vous comprendrez à quel point nous vous rejoignons dans les principes qui fondent votre action et par conséquent, à quel point l'attitude offensive et offensante de X et d'autres à notre égard, nous a tous profondément affligés.

Cordialement

Benjamin Grassineau pour le collectif de la Maison Non Marchande de Puivert




Ajoutez un commentaire:

Auteur:

Pas de commentaires pour le moment

Le contenu du site GratiLab, laboratoire de science citoyenne sur la gratuitť, le DIY et la culture libre, sauf mentions contraires, ainsi que toute nouvelle contribution √† ce site, est sous licence culturelle non-marchande.
Site gratuit, sans publicité, à but non lucratif, ouvert à tous ceux qui souhaitent effectuer des recherches sur les échanges non-marchands et la culture libre ou simplement partager leurs savoirs et savoir-faire. Construit avec PmWiki et hébergé par Toile Libre.