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Qu'est-ce qu'un outil convivial ?

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Titre: Qu'est-ce qu'un outil convivial ?
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 26-12-2012
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert sur invitation / Licence:



La notion d'outil convivial a été développée initialement par Ivan Illich. Elle s'oppose à l'idée d'outil industriel ou aliénant.

La notion d'outil est entendue dans un sens très vaste. Tout ce qui potentiellement peut être utilisé pour réaliser certaines fins, et qui a une certaine durabilité. L'outil est donc une notion abstraite, mais qui renvoie à des choses très concrètes : un marteau, un texte juridique, un site internet, etc.

L'outil est convivial:

  • s'il ne crée pas chez l'usager une dépendance à son égard, ou une dépendance accrue à l'égard d'autres outils,
  • s'il peut être utilisé, produit, détruit simplement, avec un minimum de technique,
  • s'il demeure sous le contrôle de celui qui l'utilise.

En d'autres termes, l'outil est convivial, si chacun peut l'utiliser « sans difficulté, aussi souvent ou aussi rarement qu'il le désire, à des fins qu'il détermine lui-même. L'usage que chacun en fait n'empiète pas sur la liberté d'autrui d'en faire autant. Personne n'a besoin d'avoir un diplôme pour avoir le droit de s'en servir; on peut le prendre ou non. Entre l'homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d'intentionnalité1 ».

Le rapport entre la personne et l'organisation qui gère ces outils est celui d'un « usager-producteur » intégré dans les processus qui sont contrôlés par des organisations ouvertes. Rapport qui doit répondre selon Illich, à trois exigences :

  1. un conflit soulevé par une personne doit être légitime
  2. les décisions intégrées à la tradition d'une société prennent le pas sur les processus de décision présents,
  3. le recours à la population, à des pairs choisis entre égaux, scelle les décisions communautaires.

À l'inverse, l'outil « peut aussi être l'objet d'une sorte de ségrégation; c'est le cas lorsque des moteurs sont conçus de telle sorte qu'on ne puisse y faire soi-même de menues réparations avec une pince et un tournevis » L'outil produit alors une demande qu'il est conçu pour satisfaire. Il devient surefficient, mis au service des institutions manipulatrices, des professions et des experts. L'homme lui est soumis. Quant au rapport entre l'individu et l'institution manipulatrice, il est celui d'un consommateur passif (ou d'un exécutant), qui délègue aux experts et aux professions, le soin de produire ses besoins et les biens et services (ou les décisions et les instructions) qui sont à même de les satisfaire2.

Donc, l'outil est convivial s'il est construit et conçu de manière ouverte. Sa production, sa conception sont ouverts à la participation de tous. Il est initialement développé, et progressivement orienté, vers une participation égalitaire et non contrainte de tous. Il ne crée ni barrière à l'entrée de l'activité (professionnalisation), ni barrières à l'intérieur de l'activité (division du travail).

Le logiciel libre (et libérateur...) est un bon exemple d'outil convivial. Mais la plupart des outils développés par les anciens, aisés à produire localement, simples à utiliser, économes en moyens et multi-usages répondaient à ces critères. Par exemple, un feu de cheminée pouvait être réalisé sans difficulté, nécessitait exclusivement l'usage de ressources locales, et permettaient plusieurs usages : cuisine, chauffage, éclairage...

Dans cette perspective, un des objectifs affichés du site, c'est d'être, en soi, un outil convivial, permettant un usage collectif et convivial des objets et des outils. Mais il faut pour cela intervenir à tous les stades: création, production et usages des objets, et libération des informations permettant d'interagir avec lui (par exemple, les techniques, les recettes nécessaires à son usage). D'où l'intérêt de créer un laboratoire de recherche conviviale.

Mais on peut aller plus loin. Et une des hypothèses les plus osées que nous avançons, c'est que la recherche de convivialité passe aussi par une libération des objets. C'est à dire par la considération des objets et par la reconnaissance d'un droit des objets?. Dans cette perspective, l'objet doit être considéré au même titre que les animaux et les personnes. Il a des droits, et on ne peut sans raison l'abîmer, le détériorer, l'esclavagiser...

Ce renversement de perspective conduit à ne plus aborder le problème de la libération sociale, du côté des relations entre personnes, comme cela se fait habituellement, mais du côté de la relation entre les personnes et les objets. Et en particulier, du côté de la relation d'appropriation, de soumission qui se fait entre les personnes et les objets.

Quel intérêt peut-il y avoir à intégrer ce droit des objets dans la pratique ? L'objectif n'est bien sûr pas de tomber dans l'animisme. Il n'est pas nécessaire, en effet, d'affirmer que les objets sont dotés d'une conscience pour élaborer un droit des objets - quoique rien ne l'en empêche. Il n'est pas forcément nécessaire, non plus, d'inscrire ce droit des objets dans un système de pensée totalisant, qu'il soit religieux, spirituel ou scientifique (l'objet doit être respecté car il appartient à mère nature..., ou encore, la libération de l'objet est plus efficace...). Il ne paraît pas non plus obligatoire de développer un rapport passionnel, dominant et exclusif avec l'objet, comme le tuning ou la collection.

L'avantage d'une telle conception doit être recherché dans la pratique. Considérer les objets comme des ayant-droit, et comme des "personnes" qui ne peuvent être appropriés, détruites à la légère, qui doivent jouir de leur liberté, cela conduit potentiellement à des phénomènes très intéressants3:

  • La libération de l'objet pousse à coopérer au maximum avec lui, à tenter d'en comprendre le fonctionnement (à comprendre comment on peut communiquer avec lui), à optimiser notre interaction avec lui. Elle crée en même temps une certaine connivence entre l'objet et la personne qui l'utilise. D'où une utilisation ou une création plus fonctionnelle et plus écologique de l'objet.
  • La libération de l'objet pousse à développer des outils qui dès le départ jouissent d'une certaine autonomie d'action, dans le sens où ils peuvent être appropriés par tous, et sont donc conçus dans ce but. Cela peut aller de simples améliorations d'un outil existant (exemple, un vélo qui circule de ville en ville grâce à une protection qui empêche qu'on se l'approprie exclusivement) à la conception d'objets distincts.
  • La libération de l'objet conduit à une limitation de la dépendance à son égard (celui-ci étant lui-même libre, il n'est pas contraignant), et à une limitation des effets pervers liés au mode de production/consommation industriel.
  • elle rompt avec le traditionnel processus production/consommation, pour y substituer un rapport avec l'objet fondé sur une pluralité d'usages (partage, création de groupes autour d'un objet, etc.).4
  • potentiellement, elle solutionne les problèmes liés à la concurrence autour des ressources, ceux-ci ne pouvant être appropriés, leur usage est intrinsèquement orienté vers le partage et la mutualisation (comme par exemple, les fours à pain ou les fours à chaux dans les villages).

Il est clair que ce renversement de perspective s'appuie actuellement sur une esquisse théorique et sur des pratiques peu développées. Néanmoins, il importe de souligner que les objets, qui sont traditionnellement sacralisés dans nos sociétés, et qui donc jouissent de droits intrinsèques, et de la protection d'un droit coutumier, par exemple les églises et les cathédrales, sont typiquement des objets collectifs, extrêmement élaborés, économes, mutualisés. Il n'est pas idiot de s'inspirer de cet exemple, à condition de n'y voir qu'un exemple, parmi, très probablement, un très large enventail de possibilités, dans la constitution d'un droit des objets. Cela peut en tous les cas, constituer une première piste pour la création et le développement d'un réseau d'objets et d'activités qui s'appuierait sur un droit des objets et sur des spécifications techniques qu'il reste à déterminer.

Notes

1 Les passages entre guillemets sont des citations d'Ivan Illich

2 Donc, la distance entre consommation et production s'accroît, et par conséquent, l'adéquation entre consommation et production diminue, puisque la création de nouveaux biens et services, et de nouveaux besoins, crée davantage de dépendance et de frustration.

3 Dans cet ordre d'idée, on pourra se référer aux travaux de Bruno Latour, et à sa théorie de l'acteur-réseau. Selon lui, dans l'analyse d'un réseau, les objets doivent être appréhendés comme des entités agissantes, des "personnes", au même titre que les humains. Voir également les travaux Mark Johnson et George Lakoff sur le rôle des métaphores dans la vie quotidienne

4 Mais d'une manière générale, la consommation est production et vice-versa. Le simple fait d'utiliser l'objet crée des effets sur l'environnement qui peuvent être "consommés". Et toute production consomme des ressources. La barrière théorique entre production et consommation s'appuie généralement sur l'opposition entre le détenteur de l'objet et son nouvel acquéreur. Gabriel Tarde rejetant cette dichotomie au début du XIXe siècle (quand c'était encore possible...), préférait parler de création, reproduction (imitation) de l'objet...



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