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Le Boomerang : une recherche-action socio-économique et participative sur les violences inter-quartiers Auteurs: Benjamin Grassineau (voir aussi l'historique) Création de la page: 10 mai 2022 / Dernière modification de la page: 03 avril 2025 / Créateur de la page: Contributeurs
Résumé: Support de présentation prévu dans le cadre de la réunion du laboratoire Lignes de Crête du 06 mai 2022. <http://cedrea.net/Prochaine-reunion-Lignes-de-Crete-le-06-mai-2022>. Copyleft. Benjamin Grassineau. CC BY-SA 4.0
De prime abord, le lien entre ce dispositif et la finalité du laboratoire peut sembler difficile à saisir. D’une part, en effet, on ne voit pas forcément à priori comment rattacher violence et gratuité ; ou formulé différemment, conflits et échanges non-marchands. D’autre part, n’y a-t-il pas un antagonisme entre une démarche de développement endogène et l’implantation d’un dispositif d’origine exogène ? Cependant, si on s’autorise à examiner la question de façon approfondie, il apparaît que le Boomerang entre en réalité parfaitement en concordance avec les objectifs de Lignes de crête. Du moins si on admet les deux postulats suivants :
Partant de là, il apparaît que le Boomerang répond aux objectifs de Lignes de crête sur au moins trois plans :
Je reprends dans cette présentation exclusivement le premier point ainsi qu’une partie du deuxième. Ce dernier ainsi que le troisième point, feront l’objet d’un développement ultérieur. L’échange violentOn peut parler de « modalité violente de l’échange » lorsque celui-ci est contraint et générateur d’obligations et de souffrances pour au moins une des parties3. Le lexique utilisé pour désigner les phénomènes de violence, en particulier par les acteurs eux-mêmes, révèle très clairement cette dimension « échangière » de la violence. Ainsi est-il fréquent d’entendre les expressions : « donner un coup », « prendre une balle », « tu vas me le payer », « j’ai été obligé de répondre », « violence gratuite », etc. Tout ce lexique révèle aussi, indirectement, l’existence d’un cadre de régulation du système d’échanges violents4, construit sur des normes, une histoire, des représentations collectives portant sur la violence et plus généralement sur l’échange. Certains actes s’insèrent dans une mémoire collective endogène et appellent à une obligation de contre-partie, telle l’obligation de « rendre la pareille » ; donc, provoquer « gratuitement » une nuisance équivalente à celle que l’on a reçue. Par conséquent, ce type d’échange violent possède la même structure « obligationniste » qu’un échange de type don-contre-don, même si la valence est opposée. J’illustre ce propos en prenant deux exemples. Les rixes comme espaces d’échangeLes rixes peuvent être appréhendées comme des espaces d’échange et de socialisation. Les jeunes issus de quartiers en rivalité s’échangent des coups, des invectives à l’intérieur d’un espace éphémère aux frontières floues, où les échanges violents sont localement permis, car ils obéissent à des règles endogènes. On conçoit alors l’intérêt que représente le Boomerang dans la mesure où il s’agit d’un espace d’échanges alternatif permettant – du moins est-ce l’objectif à long terme – d’expérimenter des échanges entre quartiers fondés sur des rapports radicalement non-violents. De fait, il s’installe dans les mêmes lieux, et selon des modalités assez proches, pour proposer et enraciner un espace alternatif. L’intérêt du point de vue de l’action sociale serait le suivant : tandis que l’échange violent qui se manifeste brutalement dans les rixes, tend à provoquer un repli identitaire (un repli sur le groupe endogène), une cristallisation et un renforcement des frontières, l’échange non-violent tend au contraire à créer un lien, même s’il reste symbolique, élargissant ainsi l’identité d’appartenance5. Néanmoins, il reste encore, à ce stade de notre recherche-action, à en apporter des preuves expérimentales plus conséquentes. La construction historique d’un système d’échanges violentsLes acteurs impliqués dans ces échanges violents nous font part (entretiens ou discussions) d’un continuum historique entre les échanges violents, une histoire « endogène » (donc ce qu’il perçoivent comme une structure diachronique), qu’ils peuvent mobiliser pour légitimer leur action violente ou non-violente qui vise à résorber la violence. J’en ai repéré principalement trois :
Ce cadre ancre l’action individuelle et collective dans une histoire signifiante qui donne un sens aux échanges violents. Mais alors comment intervenir sur ses représentations collectives, sur cette mémoire collective au sens de M. Halbwachs8 ? À nouveau, le Boomerang présente un intérêt sous plusieurs aspects. Il permet :
Dans les deux exemples que nous venons d’examiner, on voit donc que d’une manière générale, l’objectif est de passer d’un lien social fondé sur des échanges violents, déterminé par un système d’échange violent, à un lien social fondé sur des rapports non-violents. Ce que l’on peut tenter de modéliser comme suit. Les rapports entre systèmes d’échangeOn peut définir quatre systèmes d’échanges en fonction de la modalité d’échange comme l'indique le tableau suivant. Tableau : quatre systèmes d'échange
Dans le cadre du Boomerang, notre objectif est d’intervenir sur quatre variables ou dynamiques systémiques :
Nous cherchons à opérer une transformation sociale en agissant sur ces différentes variables, mais également à observer quels sont les contraintes qui les freinent ou au contraire les facilitent, ainsi que leurs effets sur d’autres variables10. Ce qui doit permettre sur le temps long :
Par exemple, comment se passe l’engagement dans une démarche non-violente visant à réduire la violence (passage ② ⇨ ④) ? Comme noté plus haut, il peut passer, du moins dans la reconstruction historique qui est faite par les acteurs, suite à un traumatisme qui se répéterait de génération en génération. À l’inverse, dans la prévention spécialisée, le travail réalisé avec les jeunes vise généralement à faciliter l’intégration dans l’économie marchande, et surtout, éviter le passage ② ⇨ ① ! Une des dimensions inédites du Boomerang est d’axer la transformation sociale sur le passage ② ⇨ ④. Nous avons déjà repéré plusieurs facteurs qui jouent sur ces dynamiques :
L’objectif désormais, est d’approfondir, grâce à la recherche-action, notre connaissance de ces différents facteurs et notre capacité à intervenir sur eux. Notes1 Du moins si elle a une origine humaine, ou présumée humaine !! ⇑ 2 Entendons ici échange au sens anthropologique du terme : ce qui inclut un large éventail de transactions allant du don à l’échange incluant une contre-partie monétaire. ⇑ 3 Il existe bien sûr un continuum entre l’échange violent extrême (mise à mort, torture, viol), la menace d’une punition ou d’un enfermement et une violence psychologique mineure et sporadique. ⇑ 4 Reposant ou non sur d’autres échanges violents. ⇑ 5 L’idée a été proposée par Tahar Bouhouia. ⇑ 6 Par exemple, en provenance d’un autre quartier. ⇑ 7 Notons qu’on peut retrouver une telle représentation dans la rhétorique réactionnaire, au sens d’A. Hirschmann. Voir Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, 1991. ⇑ 8 Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, Albin Michel, 1994. ⇑ 9 Notons que cette question des rapports entre échange et violence n’est pas neuve, tant dans les sciences politiques qu’en anthropologie. On pourra se référer sur le sujet à P. Clastres et son article synthétique : « Archéologie de la violence : la guerre dans les sociétés primitives », Recherches d'anthropologie politique, Paris, Seuil, 2012. ⇑ 10 En sachant que l’effet peut être rapidement perceptible. Ainsi au contact d’espaces d’échange non-marchands de petite taille, il s’opère assez rapidement une modification de la représentation de la répartition possible des systèmes d’échange (l’idée que les échanges non-marchands sont réalisables gagne en importance !). ⇑ 11 Voir notamment Le refus de relation, un problème pour notre société, Paris, L'harmattan, 2017. ⇑ 12 Ce thème a déjà fait l’objet d’un travail de mémoire sur le Boomerang réalisé par un groupe de quatre étudiantes, dans le cadre de leur formation au DEIS. ⇑ 13 Voir pour exemple : Benjamin Grassineau, « Les think tanks français, des outils conviviaux ? », GratiLab, 07 février 2015. <https://labo.nonmarchand.org/pmwiki/Textes/ThinkTankOutilConvivial>. Consulté le 31 mai 2022. ⇑ Catégories: Économie non-marchande, Mobilité non-marchande
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