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√Čchanges non marchands : approches th√©oriques

Titre: √Čchanges non marchands : approches th√©oriques
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 18-10-2011
Etat de la rédaction: en cours de rédaction / Droit de rédaction: ouvert / Licence: Licence culturelle non-marchande



(En cours de rédaction...)

Qu'est-ce qu'un échange non-marchand ? Pourquoi associer l'échange, le réciproque, au non-marchand, au don, à l'unilatéral ?

Il y a principalement trois raisons.

  1. On peut considérer que le don est en lui-même un échange. Don et réception d'un objet ou d'un service sont les deux termes de l'échange. Ex. Je prends un auto-stoppeur en voiture. Il m'offre sa compagnie, en échange, je lui offre le trajet. L'échange est ici symétrique, il est à la rencontre de deux volontés, chacun souhaite donner et recevoir. Et il n'y a pas d'obligation. En revanche, s'il y a obligation de contre-partie pour que l'échange ait lieu (je demande à l'autostoppeur qu'il me paye), cela rompt la symétrie. Il n'y a plus échange, mais rapport de domination. Un terme de l'échange est censé être moins valorisé que l'autre. Idem pour le troc.
  2. Il est important d'insister sur le caractère non-marchand de l'échange. Le but, c'est de ne pas inclure dans la définition, des formes de gratuité ou de don, qui sont marchandes dans leur logique, bien quelle puisse revêtir la forme du don. Ex. Le fameux cadeau Bonux. L'échange doit donc répondre à des exigences bien précises : pas de contraintes de retour (pas de troc), et donc pas de monnaie en retour (même s'il s'agit d'une monnaie privée comme dans les SEL), pas de fausse gratuité (dépendance entre le don et un échange marchand), etc.
  3. S'il y a échange et non don, c'est que la personne qui donne peut espérer un retour indirect de la part de la communauté des donneurs. En ce sens, il y a bien échange. Je donne l'hospitalité sans obligation de contre-partie, mais en pariant que, si tout le monde le fait, je pourrais probablement en bénéficier plus tard.

Notes préliminaires

La d√©finition que nous donnons de l'√©change non marchand n'est pas la m√™me que celle donn√©e par Alain Testart dans son ouvrage critique du don. Etudes sur la circulation non marchande, Syllepses, 2007. Rapidement, l'√©change non marchand est pour A. Testart un √©change, entendu comme oppos√© au don (transfert unilat√©ral d'un bien √©conomique, d√©pourvu d'obligation de contre-partie qui p√®se sur le receveur du bien), qui a la particularit√© de ne pas faire circuler des marchandises, mais d'√™tre d√©termin√© par des relations, des rapports humains, entre les √©changistes - par exemple, une relation d'amiti√© - et de renforcer ces relations1. Nous pr√©f√©rons parler d'√©change non marchand plut√īt que de don pour rompre avec l'id√©e d'une asym√©trie dans le don (le receveur a un gain, le donneur un co√Ľt) pour la reporter conceptuellement sur l'√©change marchand, qui est d√©s√©quilibr√© du fait de l'obligation de contre-partie.

La distinction entre le transfert d'objets, le don, l'échange, l'activité mutuelle, les effets externes, la réciprocité, le partage, est très complexe. Dans de nombreux travaux académiques, cette complexité est noyée derrière un discours sociologique aride mais pas nécessairement rigoureux, et derrière une débauche de démonstrations empiriques toujours partielles (seules quelques observations viennent corroborer ou infirmer des thèses, et aucune étude statistique n'est avancée2) et largement douteuses, en particulier dans l'anthropologie (les commentateurs interprètent des textes produits dans un contexte colonial, qui traitent d'informations biaisées, et recueillies avec l'aide d'intermédiaires et parfois de manière peu rigoureuses). Ce n'est pas la voie que nous avons choisie, mais pour les besoins de l'action, dans le cadre du site http://nonmarchand.org, et de l'association Anomali, il nous a fallu opter pour une définition simplifiée?, inductive (élaborée à partir de cas concrets, et le cas échéant, soumise à des discussions entre les échangistes) et opérationnelle (elle doit permettre de repérer facilement ce qu'est un échange non marchand, même si le processus de repérage n'est pas "scientifique") de l'échange non marchand, de manière à ne pas être ralenti dans la progression de notre action.

En revanche, dans le cadre du laboratoire, la d√©marche de d√©finition et de conceptualisation que nous adoptons se veut analytique (d√©composition de l'√©change en √©l√©ments simples), progressive (nous prenons notre temps), prudente (nous n'avan√ßons que sur des choses s√Ľres) et rigoureuse (nous essayons de d√©velopper des concepts clairs et de ne pas avancer des propositions th√©oriques et empiriques √† la l√©g√®re).

Définition

Voici les crit√®res que nous retenons pour d√©finir un √©change non-marchand. Ces crit√®res sont arbitraires, au sens o√Ļ on peut tr√®s bien d√©finir un √©change non-marchand diff√©remment et suivant d'autres finalit√©s.

Echange

Cela peut para√ģtre √©vident, mais l'√©change non-marchand doit d'abord √™tre un √©change. Distinguons pour le voir de fa√ßon purement conventionnelle, l'interaction, l'√©change et la contrainte.

Soit deux personnes A et B. Elles sont en interaction si A, par son action3Aa, provoque un effet Ea, qui modifie l'action Ab de B. L'interaction est alors asym√©trique. Si, l'effet Ea entra√ģne une r√©action de B qui a, √† son tour, un effet Eb sur A, alors, l'interaction est sym√©trique.

Notons que l'effet Ea peut causer l'action Ab, par un simple vecteur repr√©sentatif. C'est l√† toute la difficult√©. L'effet n'est pas forc√©ment "mat√©riel", au sens o√Ļ il peut agir √† travers les repr√©sentations de l'effet par B, qui ne correspondent pas n√©cessairement avec l'effet r√©el.

La nature de l'interaction dépend en tous les cas de l'effet. L'action est contrainte, ou contraignante (l'effet Ea se produit en tous les cas ou bien, il est conditionné à l'effet Eb), ou au contraire, fait l'objet d'un choix. Techniquement, cela revient à dire, en cas de contrainte, que B ne peut pas ne pas réaliser l'action Ab, ou ne peut pas la réaliser, à cause de l'effet Ea qui est la résultante de l'action Aa.

Remarque, l'action ou l'effet peuvent aussi être connus, ou inconnus de A et/ou de B. Ce point peut être important (voir plus loin).

Dans la suite, nous allons distinguer une interaction contraignante, une contrainte, d'une interaction volontaire, un échange.

Dans ce cas, nous dirons qu'il y a échange, s'il y a :

  • interaction asym√©trique ou sym√©trique,
  • prenons une interaction sym√©trique :
  • A accepte que B r√©ceptionne l'effet Ea de son action.
  • B accepte de r√©ceptionner Eb

Annexes

Deux problèmes se posent dans la définition de l'échange non-marchand :

  1. Définir l'échange non-marchand n'est pas simple, et peut devenir très complexe suivant le niveau de précision recherché, # Aucune définition n'est neutre, car elle dépend de l'usage qu'on veut faire du concept.

Deux probl√®mes intimement li√©s, puisque, pour simplifier, disons qu'une orientation pragmatique de la d√©finition du don suppose de trouver un ensemble de crit√®res op√©rationnels et simples √† l'usage, permettant de d√©finir un √©change non-marchand et de le diff√©rencier concr√®tement d'autres formes d'√©change existantes. Dans l'id√©al, ces crit√®res sont en correspondance claire avec des propri√©t√©s observables de l'√©change (si possible quantifiables) et sont d√©nu√©s d'ambigu√Įt√©. De plus, ces crit√®res, et la d√©finition, doivent √™tre utilisables dans l'action, voire dans l'√©change proprement dit.

  1. Une orientation théorique. Il s'agit d'examiner la "pertinence" des concepts qui sont sous-jacents aux concepts, les à priori qu'ils cachent, les causalités masquées qu'ils présupposent, et de les positionner par rapport à un ou plusieurs champs théoriques.

Difficultés et avantages liés à chaque orientation.

Le probl√®me, c'est que la d√©marche th√©orique est g√©n√©ralement peu op√©rationnelle (m√™me si elle peut d√©boucher sur des r√©sultats concrets) pour au moins deux raisons : 1. elle laisse flotter de nombreuses incertitudes : la critique ou la remise en cause de liens de causalit√©, de concepts, de pr√©jug√©s, pouvant paralyser l'action qui s'appuie sur une simplification du r√©el (l'√©limination des d√©tails) et des hypoth√®ses sous-jacentes ; 2. elle est difficilement communicable, dans la mesure o√Ļ la communication s'appuie elle aussi sur des simplifications et sur des conventions communes (tel concept d√©signe √† peu pr√®s telle chose, et c'est suffisant pour communiquer).

Notes

 

1 Autant A. Testart a une démarche intéressante et rigoureuse, lorsqu'il oppose le don à l'échange, autant sa démarche est confuse et peu opérationnelle lorsqu'il oppose échange non marchand et marchand. Quant à son concept de marchandise (statut de la chose), il est largement critiquable. Nous reviendrons sur ces points dans un autre texte.

2 Par exemple, tel auteur va affirmer que le don est rare dans telle ou telle société, mais, il le fera sans procéder à une mesure globale des échanges (seul moyen d'avoir une base solide), à une définition rigoureuse des échanges (nécessaire pour la quantification) qu'il observe et du contexte d'échange (quantité d'échange, contexte domestique, festif, etc.), et sans tenir compte des limites de l'observation, telles que la part de l'invisible et du non observé dans les interactions sociales

3 Au sens large, l'ensemble de ses manifestations et des dynamiques qui affectent les biens qui lui sont rattachés


Comment caractériser

Echanges Non Marchands Theorie

Un échange non-marchand est un échange !

L'idée d'échange non-marchand n'est pas intuitive : comment l'échange, fondé sur la réciprocité, et donc, opposé au don, peut-il être non-marchand ? La réponse à cette question tient surtout dans la définition qu'on donne de l'échange non-marchand.

Deux problèmes surgissent à cet endroit : 1. définir l'échange non-marchand n'est, d'une manière générale, pas simple, et peut devenir très complexe suivant le niveau de précision recherché, 2. aucune définition n'est neutre, car elle dépend de l'usage qu'on veut faire du concept.

Deux problèmes intimement liés. Pour simplifier, disons qu'il existe deux orientations globales pour définir l'échange non-marchand.

  • Une orientation pragmatique.

Il s'agit de trouver un ensemble de crit√®res op√©rationnels permettant de d√©finir un √©change non-marchand et de le diff√©rencier concr√®tement d'autres formes d'√©change existantes. Dans l'id√©al, ces crit√®res sont en correspondance claire avec des propri√©t√©s observables de l'√©change (si possible quantifiables) et sont d√©nu√©s d'ambigu√Įt√©. De plus, ces crit√®res, et la d√©finition, doivent √™tre utilisables dans l'action, voire dans l'√©change proprement dit.

  • Une orientation th√©orique.

Il s'agit d'examiner la "pertinence" des concepts qui sont sous-jacents aux concepts, les à priori qu'ils cachent, les causalités masquées qu'ils présupposent, et de les positionner par rapport à un ou plusieurs champs théoriques.

Difficultés et avantages liés à chaque orientation.

Le probl√®me, c'est que la d√©marche th√©orique est g√©n√©ralement peu op√©rationnelle (m√™me si elle peut d√©boucher sur des r√©sultats concrets) pour au moins deux raisons : 1. elle laisse flotter de nombreuses incertitudes : la critique ou la remise en cause de liens de causalit√©, de concepts, de pr√©jug√©s, pouvant paralyser l'action qui s'appuie sur une simplification du r√©el (l'√©limination des d√©tails) et des hypoth√®ses sous-jacentes ; 2. elle est difficilement communicable, dans la mesure o√Ļ la communication s'appuie elle aussi sur des simplifications et sur des conventions communes (tel concept d√©signe √† peu pr√®s telle chose, et c'est suffisant pour communiquer) 1.

Par exemple, si je considère, à juste titre, l'échange marchand comme un couple d'actions (interdépendantes) donnant lieu à une contre-partie monétaire, c'est suffisant pour savoir, à peu près si deux personnes réalisent ou non un échange non-marchand. Néanmoins, même ainsi, des problèmes persistent ; problèmes que le Droit, souvent considéré comme l'autorité compétente en la matière, peine à solutionner sans recourir à une forte dose d'arbitraire.

Maintenant, si je m'attache √† comprendre ce qu'est concr√®tement un √©change marchand, il y a de quoi s'arracher les cheveux ! D'abord, o√Ļ est quand s'arr√™te les actions incluses dans l'√©change ? Ensuite, comment d√©terminer que les actions s'entra√ģnent bien l'une et l'autre ? Autre probl√®me, doit-on inclure le troc ? Sinon, comment d√©finir la monnaie ? Enfin, dois-je tenir compte des intentions des personnes qui √©changent ?

Toutes ces questions peuvent sembler simples, elles sont en fait très ardues ; et il existe des quantités d'ouvrage considérables pour tenter de les élucider, en particulier, dans la philosophie de l'action ou l'anthropologie économique. Pour risquer une analogie, ce sont un peu les "équations diophantiennes de la sociologie". Actions élémentaires, en apparence "simples" (ce ne sont pas des abstractions complexes, et éloignés de notre perception directe, comme l'Etat, le paradigme ou le PIB), mais qui donnent pourtant lieu à des développement théoriques redoutables - et qui n'aboutissent pas toujours à des résultats véritablement intéressants...

Tout cela ne signifie pas que la d√©marche th√©orique soit sans int√©r√™t, Cependant, il para√ģt n√©cessaire de la diff√©rencier d'une d√©marche plus pragmatique. Dans la pratique, je n'ai pas besoin de la philosophie de l'action pour r√©aliser une action. Et, comme le disent √† juste titre les partisans de la ph√©nom√©nologie sociale2, la sociologue professionnelle va peut-√™tre trop loin en plaquant sur la r√©alit√© sociale une d√©finition de l'action limitative et arbitraire, alors que les acteurs sociaux disposent eux-m√™mes de leur propre analyse, de leur propre sociologie profane de l'action.

Ce point doit toutefois être relativisé. Car dans la pratique, nous avons aussi souvent besoin d'une définition de l'action, d'une catégorisation de l'action, "artificielles". C'est à dire, que, bien qu'elles soient construite selon des procédés complexes et collectifs, et qui donc, échappent à notre emprise directe, permettent de se repérer et d'agir dans l'action. Typiquement, il s'agit par exemple du Droit, qui, en tant qu'institution, produit une certaine typologie du réel, et en particulier, une typologie de l'action à laquelle, dans la pratique, nous allons probablement nous référer dans certaines situations. Par exemple, la définition formelle de la propriété privée, si elle s'appuie certes sur la coutume, n'en a pas moins a un impact direct sur notre conception de la propriété, et nos actions correspondantes.

Ce faisant, le Droit n'est pas seulement une "institution" qui produit de la connaissance et l'applique mécaniquement au corps social, c'est une institution qui, par cette connaissance, modèle directement, avant de s'appliquer, le social. Autrement dit, la règle produit un certain impact sur les pratiques sociales, du simple fait qu'elle est énoncée et incorporée dans les représentations sociales. Néanmoins, la règle, en général, s'appuie presque toujours sur un travail de théorisation (collectif ou non) et de définition.

Quelles finalités pour une définition ?

Ceci nous conduit à admettre qu'il est, en quelque sorte, parfaitement légitime d'élaborer une définition "artificielle" de l'échange non-marchand, en gardant à l'esprit qu'une telle démarche n'est pas neutre. Par conséquent, pour éviter tout malentendu, précisons quelles sont les finalités que nous rattachons à cette définition. J'en retiendrai trois.

La première, déjà mentionnée, est que cette définition doit être opérationnelle, et, si possible, "cohérente".

La deuxi√®me est que celle-ci doit "√©liminer" des pratiques, des actions qui pourraient √™tre confondues avec l'√©change marchand. Entendons par l√† √©liminer de la d√©finition, puisque l'objectif n'est bien s√Ľr pas d'√©liminer ces pratiques sociales dans la r√©alit√© - en gardant cependant √† l'esprit qu'une telle d√©finition peut toutefois impacter sur les pratiques r√©elles !!

Il s'agit en effet, grosso modo, d'exclure de la définition les pratiques suivantes :

  • les pratiques de gratuit√© marchande. La liste serait longue : un service non-marchand est fourni au consommateur, mais, en √©change, celui-ci doit acheter ou consommer un service payant (pay√© directement par le consommateur ou par un tiers au fournisseur du service payant). Ex : journaux gratuits avec publicit√© marchande, revente de bases de donn√©es, extension payante, services payants sur bien offert gratuitement, etc.
  • les pratiques de gratuit√© ali√©nante. En gros, nous y reviendrons, ce sont des pratiques qui, bien que, effectivement non-marchandes, cr√©ent une ali√©nation asym√©trique ou r√©ciproque entre les personnes qui √©changent, ou, envers d'autres pratiques marchandes ou ali√©nantes. Par exemple, la construction gratuite d'√©cole en Afrique sous certains aspects, produit une nouvelle forme d'ali√©nation.
  • les pratiques de gratuit√© contrainte. Entendons par l√†, toute forme d'√©change non-marchand qui repose sur une coercicition exerc√©e √† l'√©gard d'un tiers (pour la captation des ressources) ou d'un participant √† l'√©change. En gros, l'un des participants √† l'√©change est contraint de recevoir ou de donner un bien ou un service, ou bien, un tiers l'a √©t√© pour que l'√©change ait eu lieu. Ex : esclavagisme, subventions associatives, bien public fournis par l'imp√īt, etc.
  • les pratiques marchandes alter ou non-mon√©taires. Souvent, √† tort, consid√©r√©es comme non-marchandes. Par exemple, le troc, les SEL, etc.

Toute la difficulté vient du fait que la notion d'échange marchand est mal définie. Car qu'entend-on, en définitive, par "échange marchand" ? Quelles sont les propriétés qui le caractérisent ? Quelles sont les caractéristiques qui, habituellement, permettent de le différencier des autres actions, des autres formes d'échange, en général ?

La liste n'est pas exhaustive, mais on peut repérer quelques éléments constitutifs :

  • C1. l'int√©r√™t : c'est un √©change int√©ress√©. les √©changistes trouvent un int√©r√™t √† faire ce qu'ils font,
  • C2. la contre-partie : le transfert d'un bien, ou la r√©alisation d'un service, donne lieu √† une contre-partie, cela est cens√© le diff√©rencier du don, et impose qu'il y a bien interaction.
  • C3. l'obligation de contre-partie : la contre-partie est obligatoire (elle est d√©finie par un contrat, garantie par la loi, etc.),
  • C4. l'√©change est volontaire : il est effectu√© selon le principe de l'offre et de la demande, l'un vend, l'autre ach√®te (ce qui sous-tend un certain nombre d'hypoth√®ses implicites : asym√©trie offre/demande, pas d'obligation de pratiquer le type d'√©change en question - pas besoin de se nourrir... -, connaissance de ce qui est √©chang√© et que l'√©change est bien effectu√©, quand est d√©termin√© ce qui est √©chang√©, par qui, comment, etc.),
  • C5. la monnaie : la contre-partie se fait g√©n√©ralement sous une forme mon√©taire,
  • C6. le co√Ľt : toute action, et en particulier celle qui implique le transfert d'un bien vers autrui, engendre un "co√Ľt".
  • C7. la propri√©t√© : toute personne qui vend ou ach√®te est ou devient propri√©taire du bien - sauf bien s√Ľr, si elle sert d'int√©rm√©diaire dans la vente.

L'√©change marchand est, dans cette optique, une action collective, caract√©ris√©e par un transfert volontaire d'un offreur, propri√©taire, vers un demandeur, avec obligation de contre-partie, sous forme mon√©taire, dont la valeur est sens√©e compenser le co√Ľt du transfert, ou du service, et dans lequel les deux √©changistes sont int√©ress√©s pour √©changer.

Ces éléments constituent l'essence de l'échange marchand, ou disons le prototype, au sens de Rosch, et plus généralement la base des échanges qui vont construire le système marchand. Par ce dernier, il faut entendre un ensemble d'échanges répétés, de règles - en particulier, des règles de Droit extrêmement complexes, et de rituels qui modèlent la forme des échanges marchands.

√Ä l'oppos√© de ce prototype, on trouve l'√©change non-marchand, qu'on d√©signe habituellement sous la notion de gratuit√©. Avant de l'examiner, soulignons qu'au niveau int√©rm√©diaire, il existe quantit√© de formes d'√©change dont certaines propri√©t√©s de l'√©change marchand sont absentes. Par exemple, une association √† but non-lucratif qui fournit des services marchands, au sens classique du terme, sort du cadre, dans la mesure o√Ļ elle agit - para√ģt-il - de mani√®re "d√©sint√©ress√©e". De m√™me, un Syst√®me d'√Čchange Local, affaiblit la notion de monnaie. Et un syst√®me de troc, davantage. Enfin, certaines formes de gratuit√© marchande, affaiblissent la notion d'obligation de contre-partie. Quant √† l'obligation de participer √† l'√©change, elle est affaiblie par le principe de concurrence, et sert, en th√©orie, √† distinguer les syst√®mes d'√©change marchand des syst√®mes d'√©change √©tatique, fond√©e sur la contribution obligatoire - nous reviendrons sur ce point plus loin.

Maintenant, si vous demandez à une personne dans la rue pourquoi, selon elle, tout ne peut pas être gratuit, il est significatif, dans les réponses données, que la gratuité est toujours définie, et le plus souvent attaquée, en opposition à une ou plusieurs caratéristiques de l'échange marchand.

Une première appréciation montre qu'elle répond le plus souvent que :

  • rien n'est gratuit car toute action est int√©ress√©e,

(...a terminer...)

Cat√©gories: √Čconomie non-marchande



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