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La mutualisation

Titre: La mutualisation
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 26-12-2012
Etat de la rédaction: en cours de rédaction / Droit de rédaction: ouvert / Licence:



Une critique revient frĂ©quemment sur les Ă©changes non-marchands: sans contrainte, il faut une contre-partie pour qu'une personne agisse (problĂšme de l'incitation). Cela fait Ă©cho Ă  quelques adages populaires: "On n'a rien sans rien!" "Ă  tout travail mĂ©rite salaire!" "les gens sont toujours intĂ©ressĂ©s", etc. En fait, cette idĂ©e, peut-ĂȘtre pertinente dans une Ă©conomie marchande1, devient carrĂ©ment fausse pour des Ă©changes non-marchands. Pourquoi ? Car ceux-ci gĂ©nĂšrent toujours une contre-partie.

Examinons quatre cas pour bien le comprendre :

Premier cas. L'activitĂ© procure en elle-mĂȘme sa propre contre-partie, elle gĂ©nĂšre une satisfaction pour celui qui la rĂ©alise.

C'est une situation courante. Prenons un exemple. Vous regardez un surfeur glisser sur l'eau. C'est une activitĂ© qui vous procure un plaisir. Vous viendrait-il Ă  l'esprit de lui demander une contre-partie2 ? Non bien sĂ»r ! SymĂ©triquement, le surfer prend plaisir Ă  surfer, et il n'exigera donc pas de vous une contre-partie. Dans le mĂȘme ordre d'idĂ©es, si vous aimez couper les cheveux, cela suffit Ă  votre bonheur de les couper. Et voilĂ  tout !!!

DeuxiĂšme cas. L'Ă©change procure en lui-mĂȘme sa propre contre-partie, il gĂ©nĂšre une satisfaction chez ceux qui le rĂ©alisent.

Par exemple, le jeu procure une satisfaction mutuelle chez ceux qui jouent. Et partant de là, il n'est pas nécessaire que l'un ou l'autre des participants exige de l'autre une contre-partie3. Cette situation correspond à de nombreuses situations de don que l'on considÚre souvent à tort comme désintéressé.

TroisiÚme cas. L'échange ne procure pas directement de contre-partie, c'est la mutualisation dans le réseau d'échange non-marchand qui procure la contre-partie.

En effet, dans un rĂ©seau non-marchand, la contre-partie vient du fait que tout le monde gagne en mutualisant les objets ou en proposant des activitĂ©s. Seulement, la contre-partie est indirecte. C'est le rĂ©seau (ou la communautĂ©) qui la procure. Ex. Je prĂȘte mon vĂ©lo Ă  Paris, le coĂ»t est faible, car je l'utilise rarement. En Ă©change, je pourrais l'utiliser sur l'Ile de RĂ© en Vacances, le gain est trĂšs Ă©levĂ©, car j'en ai rĂ©ellement besoin Ă  ce moment lĂ . La contre-partie est alors mesurĂ©e par le diffĂ©rentiel entre ce coĂ»t thĂ©orique et ce gain thĂ©orique. Et lorsque des centaines de personnes font cela, le rĂ©seau gĂ©nĂšre une contre-partie de plus en plus Ă©levĂ©e.

Notons que le gain, la contre-partie, peut prendre plusieurs formes.

  • Une baisse des coĂ»ts directs et indirects4 pour rĂ©aliser une activitĂ© ou pour se procurer un objet.
  • Un accroissement des choses qu'il est possible de rĂ©aliser. L'accĂšs aux biens et services est plus facile.
  • Une contre-partie gĂ©nĂ©rĂ©e par l'Ă©change qui est probablement plus forte que dans un Ă©change non-marchand.

Il faut aussi noter que le coût généré par une activité d'échange dans un réseau non-marchand est souvent assez faible, et il sera probablement d'autant plus faible que le réseau est grand. Pour deux raisons.

  1. On peut Ă©mettre une hypothĂšse tirĂ©e de l'expĂ©rience. Le nombre de personnes qui souhaitent emprunter un objet augmente moins vite, au fur et Ă  mesure que le rĂ©seau non-marchand grossit, que les personnes qui souhaitent les prĂȘter. Reste Ă  comprendre pourquoi, mais c'est ce qui se vĂ©rifie dans la pratique. En tous les cas, ce qui est certain, c'est que la quantitĂ© Ă©levĂ© de prĂȘteur alourdit la charge, et limite considĂ©rablement la pertinence de l'argument commun : "oui, mais si je prĂȘte gratuitement, tout le monde va se ruer sur mon objet".
  2. Les personnes qui n'aiment pas trop prĂȘter sont rapidement dĂ©passĂ©es par celles qui adorent ça, et qui voient affluer un grand nombre de demandes... C'est un effet de concentration typique des rĂ©seaux.

Il reste un dernier cas Ă  examiner.

QuatriÚme cas. L'échange génÚre, dans un sens ou dans l'autre (ou dans les deux), un coût trÚs faible ou nul.

Cela peut correspondre, par exemple, un objet sans rivalitĂ© d'usage. Typiquement, cela ne vous coĂ»te quasiment rien de partager un contenu numĂ©rique avec une autre personne. Car, en le copiant sur un autre ordinateur, vous n'en ĂȘtes pas dĂ©possĂ©dĂ©. Seul problĂšme. Les coĂ»ts rĂ©els (ex-post) ne sont ne sont pas toujours les mĂȘmes que ceux qui sont anticipĂ©s (ex-ante). Par exemple, mĂȘme si cela ne coĂ»te presque rien Ă  un automobiliste de prendre un auto-stoppeur, il peut considĂ©rer que c'est un acte risquĂ©. A posteriori, il s'apercevra en gĂ©nĂ©ral qu'il a tort, mais il n'empĂȘche ! D'oĂč l'importance de tenter de rĂ©duire la perception de ce risque.

En résumé.

L'intĂ©rĂȘt pour celui qui prĂȘte ou donne est direct (se dĂ©barrasser d'un objet encombrant, par exemple) et indirect, car mutualiser les objets profite Ă  tout le monde, y compris Ă  soi-mĂȘme. Exemple: en voyage, je trouve dans une ville de passage un vĂ©lo que j'emprunte Ă  un contributeur du rĂ©seau. "En Ă©change", peut-ĂȘtre me dĂ©pannera-t-il un autre jour (ou peut-ĂȘtre jamais), en m'offrant l'usage de sa machine Ă  laver le linge, de son canapĂ©, de son tire-bouchon, etc. Donc, non seulement c'est ludique, mais cela permet aussi d'expĂ©rimenter, d'Ă©viter des achats inutiles, d'ĂȘtre dĂ©pannĂ©, etc. Au final, tout le monde est gagnant.

Notes

 

1 Au moins trois points, de nature mĂ©thodologique, devraient ĂȘtre examinĂ©s. a. L'Ă©change marchand procure-t-il toujours une contre-partie ? b. Comment mesurer les bĂ©nĂ©fices attendus d'une contre-partie (intĂ©rĂȘt, plaisir) et le coĂ»t supportĂ© par celui qui rĂ©alise une activitĂ© ? c. Faut-il gĂ©nĂ©raliser cette idĂ©e et en faire un principe intangible, inscrit dans la nature humaine ? Autrement dit, a-t-on vraiment besoin d'une contre-partie pour agir ?

2 A cela, on peut ajouter deux points. La contre-partie en question peut ĂȘtre de diffĂ©rente nature (intĂ©rĂȘt, production matĂ©rielle dans le cas du DIY, satisfaction psychique, plaisir de bien faire...). La contre-partie peut ĂȘtre valorisĂ©e de maniĂšre trĂšs diffĂ©rente suivant les personnes. On peut distinguer Ă  ce niveau l'intĂ©rĂȘt qu'il y a agir, qui renvoie davantage Ă  une contre-partie anticipĂ©e, donc qui introduit la notion de temporalitĂ©, et le plaisir, le niveau de satisfaction instantanĂ©...

3 Cela amÚne à réfléchir, notamment, sur l'aspect pervers des pratiques de charité. Celles-ci s'appuient généralement sur l'idée qu'il y a un besoin d'un cÎté, et une personne contrainte de l'autre. Or, en conceptualisant ainsi l'échange, il est interprété, produit et vécu de maniÚre "asymétrique", il est "déséquilibré". D'un cÎté les démunis, de l'autre les nantis. Néanmoins, cette perspective est réductrice, puisqu'il est tout aussi pertinent de considérer que toute personne est démunie sur certains aspects (elle manque de compagnie, Il est donc plus pertinent de considérer que le moteur de l'échange, c'est quand les deux personnes prennent plaisir à interagir ensemble, sans utiliser pour interpréter cet échange un cadre d'interprétation fondé sur la catégorisation socio-économique

4 CoĂ»ts liĂ©s Ă  l'entretien permanent de l'objet, coĂ»ts gĂ©nĂ©rĂ©s par le gaspillage (il faut un vĂ©lo par personne), coĂ»ts liĂ©s Ă  l'entretien de l'objet (qui peuvent ĂȘtre supportĂ©s par le rĂ©seau), etc.

CatĂ©gories: Économie non-marchande



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