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Exposé d'un projet de recherche-action pour l'instauration d'une plateforme collaborative visant au développement d'une science ouverte

Titre: Exposé d'un projet de recherche-action pour l'instauration d'une plateforme collaborative visant au développement d'une science ouverte
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 01-04-2012
Etat de la rédaction: finalisé / Droit de rédaction: ouvert sur invitation / Licence:




Aujourd'hui, la recherche scientifique est une activité essentiellement accomplie dans des institutions publiques ou marchandes. Il est vrai qu'elle subsiste encore dans des cercles d'amateurs, mais sous cette forme, elle a vu son prestige et son importance considérablement réduits au cours des trois derniers siècles.

On peut affirmer, √† ce titre, qu'il existe un monopole radical1 de la science professionnelle sur l'activit√© scientifique. Professionnalisation de l'activit√© scientifique qui se manifeste par une consommation obligatoire de certains produits issus de l'activit√© scientifique professionnelle, notamment dans l'enseignement obligatoire, dans des projets scientifiques publics, ou par l'impossibilit√© de choisir certains services ¬ę¬†non-scientifiques¬†¬Ľ (m√©decine alternative, enseignement non scientifique, etc.) ; et enfin, par une organisation hi√©rarchique, dirigiste et marchande de l'activit√© scientifique.

Un des meilleurs exemples de cette professionnalisation les revues scientifiques académiques ressemblent aujourd'hui davantage à des outils mis au service des acteurs du marché scientifique qu'à des outils conviviaux. La publication devient une publicité, ou une marchandise, et n'a plus rien d'un outil d'échange horizontal et convivial d'informations. Pire, elle est devenue un outil de classement des personnes et des organisations intégrés dans la bureaucratie et le marché scientifique.

La demande pour une science ouverte

Face √† une telle √©volution, de nombreuses voix se sont √©lev√©es d√®s les ann√©es 1940, pour r√©clamer la mise en oeuvre d'une science ouverte. Cette demande sociale, dont il ne faut certes pas surestimer l'importance, mais dont on ne saurait non plus nier l'existence, semble trouver son origine dans une insatisfaction croissante de certains professionnels, amateurs et profanes ‚Äď c'est √† dire ceux qui subissent les effets de l'activit√© scientifique sans y participer r√©ellement2 ‚Äď √† l'√©gard de l'activit√© scientifique. Concr√®tement, elle se manifeste √† travers diverses critiques que nous mentionnons ici. √Ä noter que toutes ces critiques sont issues de la bibliographie ci-dessous.

  • Une critique de la hi√©rarchisation et de la marchandisation de l'activit√© scientifique. Marchandisation interne, la science tend de plus en plus √† √™tre organis√©e comme un march√©. Marchandisation externe, la science tend de plus en plus √† √™tre soumise √† des int√©r√™ts marchands et professionnels. Cette marchandisation tendant √† pervertir le jeu scientifique, jusqu'ici en partie bas√© sur la confiance et l'√©thique professionnelle - du moins en th√©orie. S'agissant de la hi√©rarchie, elle cr√©e une insatisfaction √† diff√©rents niveaux. Tout d'abord, une hi√©rarchie entre, d'un c√īt√©, les scientifiques professionnels b√©n√©ficiant de salaires, d'un acc√®s aux outils et de gains symboliques procur√©s par l'activit√© scientifique professionnelle; et de l'autre, les profanes et les amateurs qui n'ont pas acc√®s aux outils de recherche et de diffusion, et aux gratifications ‚Äď sans compter qu'ils subissent parfois une d√©valorisation et un pillage de leurs recherches. Par ailleurs, le syst√®me hi√©rarchique, que ce soit √† travers la hi√©rarchie des appareils scientifiques publics ou priv√©s, ou la hi√©rarchie entre les revues, tendrait √† imposer un certain conformisme, des contraintes en terme de recherche (acc√®s aux publication, obligation de suivre certains th√®mes de recherche, obligation d'utiliser un vocabulaire professionnel, n√©cessit√© de trouver des financements, etc.), et un rejet souvent injustifi√© des courants de pens√©e h√©t√©rodoxes. Ajoutons que la hi√©rarchie scientifique a par ailleurs certains effets secondaires ind√©sirables propres √† toute hi√©rarchie (tels des freins √† l'innovation par exemple), dont p√Ętissent principalement les moins biens lotis. Cela d'autant plus qu'elle est relativement peu encadr√©e par la l√©gislation.
  • Un autre type de critique vient de la reconnaissance de certains effets sociaux ind√©sirables li√©s √† l'activit√© scientifique professionnelle. Par exemple.
    • La science professionnelle produit des effets pervers. C'est √† dire que l√† o√Ļ elle cherche √† am√©liorer les choses, elle tend parfois √† les d√©grader; ou alors, elle parvient effectivement √† solutionner certains probl√®mes, mais elle en cr√©e dans le m√™me temps de nouveaux, parfois plus graves et plus difficiles √† solutionner (pollution, d√©gradation de l'environnement, effets psychologiques), qui demandent donc √† leur tour de nouvelles recherches, etc. Cette fuite en avant entraine alors la soci√©t√© tout enti√®re vers un avenir p√©rilleux.
    • La science professionnelle se cache trop souvent derri√®re la neutralit√© scientifique, c'est √† dire le mythe d'une recherche scientifique d√©sint√©ress√©e et non-responsable des applications qu'on peut en tirer. Le probl√®me √©tant que les scientifiques utilisent cet argument pour √©viter un contr√īle d√©mocratique et √©thique sur la science.
    • La science professionnelle est organis√©e sur le mod√®le bureaucratique, ce qui n'est pas sans poser diff√©rents probl√®mes propres aux bureaucraties : sous-efficacit√©, forte inertie, cout, etc.
    • La professionnalisation de la science a un impact n√©gatif sur la d√©mocratie et les r√©gimes dits de ¬ę¬†subsistance¬†¬Ľ. Elle induit par exemple un clivage entre les experts et les profanes, et r√©duit ainsi le jeu d√©mocratique en professionnalisant les d√©cisions collectives ; elle r√©duit l'esprit critique, √©tant fond√© sur l'autorit√© ; elle limite l'√©change horizontal des savoirs ; elle uniformise le savoir et conduit ainsi √† une destruction des cultures et des soci√©t√©s de subsistance.
  • Enfin, la demande sociale pour une science ouverte provient probablement, en partie, d'une r√©action face √† une demande oppos√©e de restriction accrue de l'acc√®s aux espaces de publication et aux outils d'enseignement. Demande de fermeture qui est n√©e en r√©action √† une ouverture des outils de publication qui s'est faite r√©cemment sur Internet, comme par exemple sur Wikip√©dia. Elle est souvent le fait de professionnels du savoir.

Ce ne sont là que quelques critiques qu'on peut retrouver dans la littérature profane ou scientifique, mais suffisantes pour prouver l'existence d'une demande d'ouverture de l'activité scientifique.

Les principes fondateurs d'une science ouverte

La science ouverte n'a pas aujourd'hui de principes arrêtés et clairement établis. Néanmoins, elle peut être définie selon quelques grands principes directeurs.

  • Ouverture. L'activit√© scientifique et les outils qui sont n√©cessaires √† sa r√©alisation et √† sa transmission devraient √™tre accessibles √† tous. Aussi bien aux profanes, qu'aux amateurs et aux professionnels, sans qu'il n'y ait de contr√īle sur le contenu enseign√© ou transmis ‚Äď cette id√©e a surtout √©t√© d√©velopp√©e par Illich.
  • Egalit√©. L'activit√© scientifique ne devrait pas se fonder sur un rapport hi√©rarchique, tant du point de vue du classement entre les travaux, les scientifiques, les laboratoires et les universit√©s, et de l'acc√®s aux outils de production et de publication, que du point de vue des relations entre pairs, qui sont aujourd'hui fond√©e en partie sur des relations de commandement, de conformisme ou de concurrence.
  • Pluralisme m√©thodologique et th√©orique. L'activit√© scientifique devrait pouvoir se faire √† l'int√©rieur de divers cadres m√©thodologiques et th√©oriques.
  • Non-coercition. Les choix en mati√®re de recherches, de contribution, d'enseignement, de critiques, d'association, de tradition de pens√©e devraient pouvoir √™tre parfaitement libres et non-contraints. Ce qui exclut bien entendu la consommation obligatoire de produits issus de l'activit√© scientifique.
  • Ethique. Dans la mesure du possible, les scientifiques devraient s'efforcer de tenir compte des applications possibles de leurs d√©couvertes. Par ailleurs, ils devraient s'efforcer de ne pas dissocier la recherche et l'action, pour int√©grer si possible les profanes dans la recherche, et ainsi pouvoir b√©n√©ficier de leur avis et de leurs comp√©tences.
  • Autonomie. Les recherches devraient pouvoir se faire de fa√ßon autonome, sans r√©pondre n√©cessairement √† des objectifs publics ou marchands. De plus, elles devraient √™tre si possible d√©centralis√©es.
  • D√©mocratie. Les groupes de recherche devraient si possible adopter un mode d'organisation d√©mocratique, ou du moins se configurer selon un principe de libre association spontan√©e et volontaire. Il en irait de m√™me pour les relations entre groupes de recherche.
  • Libre-acc√®s. Les produits de l'activit√© scientifique devraient √™tre librement r√©utilisables.

Les principes de cette science ouverte ont par exemple été exposés par Feyerabend, Himanen et Illich, même si leurs analyses divergent sur certains points.

La science ouverte aujourd'hui

Parallèlement à ces réflexions sur une science ouverte, un certain nombre d'expérimentations sociales sont apparues récemment, et ouvrent des perspectives inédites en matière de recherche-action sur le champ scientifique. Les expériences communautaires sur Internet ont ainsi donné naissance à des procédures de filtrage, d'évaluation, d'acquisition et de production de la connaissance, fondées en partie sur les principes d'une science ouverte.

D'un point de vue technologique, trois innovations apparaissent fondamentales.

  • Le cout de l'acquisition, de la publication et de la diffusion de la connaissance a √©t√© consid√©rablement r√©duit au cours des derni√®res d√©cennies. Il est devenu aujourd'hui peu couteux de stocker et diffuser de l'information √† grande √©chelle.
  • Certains outils de traitement de l'information sont aujourd'hui accessibles au plus grand nombre ‚Äď logiciels statistiques par exemple. Ce faisant, il est m√™me possible d'envisager un partage accru d'outils r√©els, avec par exemple des syst√®mes de pilotage d'outils scientifique √† distance.
  • Des outils permettant l'√©valuation, la production et la diffusion des connaissances de mani√®re conviviale et collaborative, sont apparus r√©cemment. Tels les wikis. Ces outils ont le potentiel n√©cessaire pour demeurer conviviaux au sens strict, puisqu'ils peuvent √™tre utilis√©s par les acteurs pour leur usage, mais aussi pour un partage collaboratif et √©galitaire des informations.

C'est donc tout un ensemble d'outils, de pratiques, qui se sont développés au cours des dernières années, et qui peuvent apparaitre précieux pour un développement de la science ouverte. Cependant, dans la sphère virtuelle, le mouvement n'a eu jusqu'à présent qu'un impact limité. Les plate-formes wiki permettant un travail scientifique collectif, collaboratif et horizontal, n'en sont par exemple qu'à un stade très embryonnaire.

En fait, ce sont les syst√®mes de publication en libre-acc√®s qui se sont d√©velopp√©s. En revanche, les syst√®mes de publication scientifique ouverte sont nettement plus limit√©s. Il existe certes des plateformes d'archives ouvertes. Mais elles sont r√©serv√©es aux scientifiques professionnels qui souhaitent diffuser gratuitement leurs travaux. De plus, ces syst√®mes de publication en libre-acc√®s, ou d'archivage, n'ont pas grand chose √† voir avec des syst√®mes de publication ouverte. En fait, ils tendent encore une fois, √† servir d'outils de classement hi√©rarchique. Ils se positionnent en bas du classement des revues universitaires, et les professionnels les utilisent pour ¬ę¬†prot√©ger¬†¬Ľ leurs travaux, avant de les proposer √† des revues plus prestigieuses, qu'elles soient en libre acc√®s ou non.

En revanche, s'agissant de la ¬ę¬†sph√®re r√©elle¬†¬Ľ et des institutions existantes. Il n'a pu √™tre observ√© de changements radicaux allant dans le sens d'une ouverture. Si ce n'est avec l'intrusion dans le d√©bat politique d'organisations id√©ologiques pr√īnant le contr√īle d√©mocratique sur la science et les institutions existantes. Mais il ne s'agit pas √† proprement parler, de mouvements visant au d√©veloppement d'une science ouverte. Car ces organisations militent seulement pour la prise en compte du principe √©thique. Et il n'est nullement question de d√©velopper, par exemple, des outils facilitant la recherche et la diffusion de la science effectu√©e par des amateurs. Ou de d√©velopper une ¬ę¬†acad√©mie du net¬†¬Ľ, pour reprendre la locution d'Himanen, ou une ¬ę¬†recherche conviviale¬†¬Ľ, pour reprendre celle d'Illich, qui assureraient un libre acc√®s aux instruments de l'enseignement et de la recherche (production, diffusion et acquisition) et un partage √©galitaire et non contraignant des connaissances et des croyances.

La question de la faisabilité et des difficultés d'une science ouverte

Face à ce constat, la question qui se pose aujourd'hui est la faisabilité d'une science ouverte s'épanouissant hors des institutions publiques et du secteur marchand, et répondant aux principes généraux que nous avons énumérés plus haut.

Une telle recherche-action, visant à essayer de montrer la faisabilité de cette science alternative, présenterait au moins trois intérêts.

  • Elle r√©pondrait √† une demande sociale. En ce sens, elle pourrait se pr√©valoir de satisfaire √† une certaine √©thique scientifique. √Čthique qui veut qu'une recherche scientifique doive si possible servir des objectifs philanthropiques et r√©pondre aux attentes d'une partie des concitoyens. Mais, point qu'il faut bien mentionner, elle le ferait sans n√©cessiter une r√©forme contraignante du syst√®me acad√©mique traditionnel. Elle ne ferait que proposer une alternative, et ne forcerait personne √† y entrer.
  • Elle pourrait √™tre un moyen original pour collecter des r√©sultats sur les probl√®mes relatifs √† la production et √† l'√©change d'informations. Ce faisant, elle permettrait d'ailleurs de mettre en √©vidence les difficult√©s qu'il y a √† entreprendre des actions visant √† l'√©tablissement d'une science ouverte. Ce qui permettrait √† d'autres acteurs engag√©s dans cette voie, d'√©viter certains √©cueils, ou au contraire, de b√©n√©ficier d'un savoir-faire acquis.
  • Elle pourrait conduire √† la d√©couverte de r√©sultats scientifiques in√©dits. Il n'est pas impossible en effet, qu'une science ouverte rivalise en qualit√© avec la science professionnelle.

Cependant, cette recherche-action se heurte à différents problèmes.

  • Le financement de la recherche-action et des structures servant de fondement √† une science ouverte. Comment rendre ce financement compatible avec le principe d'autonomie que nous avons d√©finis plus haut ?
  • Il existe peu de structures pr√©existantes sur lesquels s'appuyer. Il faut donc ¬ę¬†partir de z√©ro¬†¬Ľ. Ce qui peut rendre tr√®s long l'√©tablissement et la croissance de cette recherche-action. On peut par exemple rencontrer de s√©rieux probl√®mes de ¬ę¬†recrutement¬†¬Ľ.
  • Un probl√®me √©thique. Il existe un risque √† laisser en libre-acc√®s le produit du travail des b√©n√©voles qui oeuvrent au d√©veloppement d'une science ouverte. Et cela m√™me si ce travail r√©pond au principe de non-coercition. En effet, comme le montre Illich, le travail non r√©mun√©r√© peut faire l'objet d'une exploitation √©conomique indirecte particuli√®rement insidieuse par les professionnels et les acteurs marchands ‚Äď ce qu'il nomme le travail fant√īme.
  • Le dernier probl√®me est √©pist√©mologique. La science ouverte risque de laisser la place √† des th√©ories qui d√©rogent √† certains crit√®res scientifiques √©l√©mentaires, tels que la v√©rifiabilit√© par exemple. Faut-il alors pour autant renoncer au principe d'ouverture ?

D'o√Ļ est venue cette recherche-action ?

Sur la base de ce programme de recherche-action, et en tenant compte de ces difficultés, j'ai donc élaboré un projet de plateforme de recherche et de publication scientifique ouverte. Naturellement, ce projet a muri très progressivement. Sa formulation a été très lente. Et je dirai qu'elle s'est faite principalement au contact de trois terrains.

Tout d'abord, au sein du milieu universitaire, o√Ļ il m'est apparu √† certaines p√©riodes de ma scolarit√©, qu'une large partie de la recherche et de l'enseignement est aujourd'hui engag√©e dans une impasse. Notamment dans des domaines politiquement sensibles comme la science √©conomique. Pour moi, l'enseignement des sciences √©conomiques s'apparente aujourd'hui, comme dans la science acad√©mique qui est tant d√©cri√©e par Feyerabend, √† l'inculcation d'une doctrine et √† la censure de th√©ories h√©t√©rodoxes. L'√©tudiant √©tant contraint de soutenir et d'int√©grer une doctrine sans pouvoir choisir un enseignement alternatif et sans pouvoir naturellement discuter, remettre en cause les fondements d'une telle doctrine par la prise de parole. Autant dire que l'universit√© n'a pas alors pour fonction de r√©pondre √† ses demandes ou d'√©veiller son esprit critique. Il semble au contraire que l'√©tudiant soit ¬ę¬†instrumentalis√©¬†¬Ľ par l'universit√©. Puisque, outre le fait que ce transfert d'information est asym√©trique et contraint, et qu'il donne lieu √† une comp√©tition f√©roce r√©duisant √† n√©ant toute vell√©it√© de critique, l'information qui est v√©hicul√©e s'av√®re peu utile, rendant donc cette contrainte encore plus difficilement acceptable, et donne lieu √† des applications politiques directes ‚Äď par exemple, la lib√©ralisation des services publics. Ce qui ne peut qu'accentuer le d√©sarroi de l'√©tudiant qui ne partage pas de telles convictions, et qui est alors litt√©ralement pris au pi√®ge du syst√®me universitaire.

Ensuite, au contact de r√©seaux alternatifs, visant indirectement √† produire et √† diffuser des id√©ologies politiques, je me suis aper√ßu que je retrouvais de nombreux traits que j'avais pu rencontrer dans le milieu scolaire : collusion id√©ologique, hi√©rarchie, conformisme, contr√īle arbitraire et exclusif des moyens de communication, diffusion asym√©trique des informations, etc. Par cons√©quent, j'en suis arriv√© √† la conclusion que sans une v√©ritable r√©flexion sur ces probl√®mes d'opinion ‚Äď comme celle de Weil ou de Mill par exemple ‚Äď, sans une r√©flexion sur des alternatives qui reposeraient sur un ensemble de sp√©cifications initiales et paradigmatiques visant √† assurer une communication horizontale et le pluralisme des opinions, il est vain d'esp√©rer am√©liorer la situation. Et il est probablement vain, √©galement, d'esp√©rer le d√©veloppement d'une science ouverte. Par ailleurs, si deux voies s'offrent √† nous pour tenter d'y parvenir, celle du contr√īle des institutions existantes, et celle de la cr√©ation d'une alternative, il est √©vident que la premi√®re est vou√©e √† l'√©chec tandis que la seconde a plus de chances de r√©ussir. La premi√®re est vou√©e √† l'√©chec car il est illusoire d'esp√©rer changer les choses √©tant donn√© la chape de plomb qui est aujourd'hui pos√©e sur la science par les professions √©tablies. Les enjeux √©conomiques et politiques sont trop importants pour qu'une r√©forme puisse ais√©ment √™tre entreprise. En revanche, la seconde peut susciter bien des espoirs car, a) nous entrons aujourd'hui dans une configuration in√©dite, caract√©ris√©e par un choc technologique, b) il existe une demande r√©elle pour une science ouverte alternative, c) les exp√©rimentations en la mati√®re sont finalement assez rares, ce qui laisse imaginer un large √©ventail de possibilit√©s non explor√©es.

Enfin, des exp√©riences que j'ai pu vivre dans des communaut√©s virtuelles m'ont convaincu de la possibilit√© d'organiser la production, l'√©change, la diffusion, la cr√©ation et l'√©valuation du savoir sur la base d'un mod√®le non-dirigiste, d√©centralis√©, √©galitaire, non marchand, ouvert, et fond√© sur la coop√©ration et l'association volontaire et spontan√© d'acteurs b√©n√©voles. J'ai donc acquis avec de telles exp√©riences une conviction forte : les liens marchands et hi√©rarchiques ne sont pas les seuls liens possibles, ils sont en grande partie ¬ę¬†artificiels¬†¬Ľ et ils engendrent de nombreux effets ind√©sirables. Car √† l'instar de Neill, je pense que nous sommes pr√™ts √† nous int√©resser √† certaines activit√©s, √† les pratiquer avec plaisir, tant que nous n'y sommes pas contraints par autrui. La contrainte hi√©rarchique et l'√©change marchand ne sont donc pas n√©cessaires pour se d√©couvrir des motivations √† agir et pour s'organiser collectivement. Ils sont m√™me, probablement, en grande partie produits socialement. Naturellement, j'ai conscience que ces exp√©riences dans les communaut√©s virtuelles ne sont pas parfaites. Loin s'en faut. Mais on ne saurait masquer, sous ces quelques imperfections, les b√©n√©fices sociaux consid√©rables qu'on pourrait en retirer.

Pour terminer, il faut aussi que je mentionne que cette phase de maturation s'est accompagnée d'un parcours de la littérature critique sur la science professionnelle et l'enseignement de masse qui m'a permis d'affiner et de faire progresser mes idées sur le sujet.

La recherche de structures pré-existantes

Cette phase de maturation de la problématique m'a conduit à rechercher des structures déjà existantes répondant aux critères d'une science ouverte examinés plus haut, afin de mettre en oeuvre une telle recherche-action. Je relate ici deux expériences que j'ai vécues.

  • La premi√®re a √©t√© mon engagement dans la Fondation Sciences Citoyennes (FSC) qui oeuvre pour la promotion d'une science ouverte. √Ä priori, une telle structure aurait pu convenir, mais elle m'a surtout permis de me rendre compte des difficult√©s qu'il y a √† int√©grer des structures d√©j√† existantes. En effet, j'ai √©t√© confront√© √† des probl√®mes de finalit√© et de moyens. Sur le plan de la finalit√©, la FSC vise principalement √† un contr√īle des institutions politiques et scientifiques existantes. Ce qui ne correspond pas √† mon projet initial puisque cette fondation ne vise pas √† produire une activit√© scientifique alternative. D'autre part, la FSC est une structure lourde et bureaucratique (toutes proportions gard√©es), m√™me si elle fonctionne de mani√®re ¬ę¬†d√©mocratique¬†¬Ľ. Par cons√©quent, les finalit√©s des acteurs sont d'avantage, comme c'est souvent le cas dans des organisations de grande taille, la progression hi√©rarchique, le contr√īle des postes, plut√īt que la r√©alisation d'une science ouverte proprement-dite. La prise de parole au sein de l'organisation √©tant √©galement limit√©e par cette organisation hi√©rarchique. Autant de points qui rendent difficiles l'acc√®s √† des moyens assurant la r√©alisation d'une science ouverte. Autre point, il est difficile de savoir comment va √©voluer la fondation √† l'avenir, ce qui rend pr√©caire la mise en place d'un projet de long terme.
  • Une voie plus prometteuse m'a √©t√© donn√©e par la participation √† une projet de la fondation Wikim√©dia, Wikiversit√©. Ce projet consiste √† produire collectivement, b√©n√©volement et coop√©rativement un enseignement et une recherche sous licence libre sur des serveurs wikis. Le principe de libre-acc√®s est donc respect√©. J'ai alors essay√© de cr√©er au sein de ce projet, un sous-projet d'universit√© virtuelle de sociologie. Ce projet est parti sur un principe d'ouverture maximale. Toute personne int√©ress√©e pouvait int√©grer un laboratoire virtuelle, proposer des sujets de recherche, publier des recherches, dispenser un enseignement, etc. Malheureusement, deux probl√®mes sont apparus dans la pratique.
    • Le premier est que l'investissement dans ce projet est pour l'instant tr√®s faible. Il y a donc un probl√®me de recrutement. Car contrairement √† une id√©e re√ßue, les scientifiques professionnels publient tr√®s rarement leurs travaux dans les sites de publication alternatifs, surtout si ceux-ci sont ouverts. Ils orientent pr√©f√©rentiellement leurs publications vers des sites acad√©miques qui pond√®rent leurs publications d'une valeur √©lev√©e, afin de pouvoir les monnayer sur le march√© de la publication et de l'enseignement. Ceci montre donc qu'il existe divers freins √† la publication ouverte. Tout d'abord, pour les professionnels, la motivation pour entrer dans un projet de science ouverte n'est pas √©vidente. Pour ce faire, il faut qu'ils soient anim√©s d'une r√©elle volont√© de partager leurs connaissances et leurs id√©es, ce qui n'est pas forc√©ment le cas. En outre, dans la Wikiversit√©, ils peuvent publier des travaux personnels qui risquent d'√™tre modifi√©s et qui sont positionn√©s au m√™me rang que ceux des profanes et des amateurs. Par ailleurs, leur travail, qui a une valeur marchande et symbolique, risque d'√™tre pill√© en toute l√©galit√©. Pour les profanes en revanche, il semble qu'ils soient d'avantage dans une attitude de consommateurs que de producteurs. En fait, il n'envisagent souvent m√™me pas qu'il soit possible d'apprendre en recherchant, d'apprendre en ¬ę¬†faisant¬†¬Ľ, de partager le savoir de fa√ßon √©galitaire et de produire de la connaissance en tant que profane. L√† encore, des barri√®res psychologiques, qui sont li√©es √† la professionnalisation du savoir, sont patentes.
    • Le second probl√®me est qu'il n'existe pas dans la Wikiversit√© de garanties sur le long terme pour une ouverture et une √©galit√© des recherches et des publications. La seule garantie reste que le principe de libre-acc√®s sera conserv√©. En fait, √† long terme, la perspective est m√™me plut√īt floue, car l'√©volution observ√©e r√©cemment sur Wikip√©dia, qui sert de mod√®le sur certains aspects √† la Wikiversit√©, suscite quelques inqui√©tudes. On a pu en effet y observer une pression de la part des professionnels du savoir pour obtenir un maximum de fermeture et de dirigisme. Il est donc √† craindre que le principe de pluralisme soit rapidement d√©laiss√© au profit d'un mod√®le calqu√© sur l'universit√© et la recherche professionnelle. Dans une telle perspective, √† long terme, il est difficile de se projeter dans l'avenir et de trouver ainsi la motivation n√©cessaire √† la r√©alisation d'un tel projet.

Les principes fondamentaux d'une plateforme de recherche scientifique ouverte et autonome

Si mon expérience dans ces projets a été riche en apprentissage, elle m'a conduit à orienter ma recherche-action vers la création ex-nihilo de structures ouvertes, c'est à dire, vers un projet de réalisation d'une structure indépendante et autonome, propice au développement d'une activité scientifique ouverte. Actuellement, cette structure en est encore au stade de la réflexion, mais il est déjà possible de spécifier quelques contraintes auxquelles elle devrait faire face.

Sur le plan √©conomique, il est important de mentionner que la mise en place d'une telle structure est peu couteuse. Si l'on met de c√īt√©, le temps pass√© √† sa r√©alisation, les principaux frais consistent dans l'acquisition d'une plateforme d'h√©bergement sur Internet. Mais un tel cout peut √™tre quasiment nul. S'agissant du financement des recherches, si le projet se cantonne √† des recherches en sciences humaines et sociales, les frais peuvent √©galement √™tre proches de z√©ro, ou partag√©es entre les personnes int√©ress√©es par une recherche. L'avantage de ce domaine de recherche est en effet qu'il est facile d'avoir acc√®s au terrain, aux textes et aux outils d'observation. En revanche, pour le probl√®me de l'acc√®s aux outils d'observation dans des mati√®res telles que la biologie ou la physique, il est certain que des probl√®mes se poseront. Mais peut-√™tre est-il possible, de ce point de vue, d'avoir acc√®s aux donn√©es brutes issues des recherches publiques. Par ailleurs, s'agissant des observations macro-sociales, il est possible de recourir √† une collecte collective et distribu√©e de l'information, fond√©e sur la libre association. Les sites interactifs facilitent une telle collecte. Chacun amenant de son c√īt√© des observations individuelles qui, agr√©g√©es, permettent une collecte statistique globale.

Sur le plan humain, il est presque certain que des problèmes de recrutement vont se poser. Mais il est toutefois probable que les recherches, au départ d'une croissance très lente, s'accélèrent progressivement. Ce qui rendrait alors plus important l'afflux des contributeurs. D'autre part, il est certain que des difficultés vont apparaitre en ce qui concerne les problèmes d'appropriation du savoir, d'inégalités entre les recherches, de conformisme, d'exclusion, etc. Autant de problèmes qui nécessitent d'être résolus par une participation démocratique maximale des acteurs concernés, selon les principes définis par la recherche-action. Une large redistribution du pouvoir de décision et de réflexion étant alors indispensable. Problèmes qui demandent également de formuler un projet initial clair et facilement compréhensible, auquel les acteurs pourront à tout moment se référer.

Sur le plan de la recherche. Les trois principes qui doivent primer sont a) l'ouverture, b) la libre association et c) l'égalité entre les protagonistes. Dans l'idée, toute personne devrait pouvoir développer des recherches personnelles, proposer un projet, disposer d'outils collectifs pour ce faire, et s'attendre à ce que des personnes intéressées par son projet s'associent avec elles. En sachant qu'elle ne pourra alors retirer des bénéfices directs de la réalisation du projet, celui-ci étant en libre-accès. Mais il y a alors un risque d'exclusion, lié au fait qu'un groupe formé pourrait refuser les contributions d'un nouveau venu, l'empêchant ainsi de bénéficier des ressources qui sont à la disposition du groupe. Problème délicat, car si on force le groupe à inclure le nouveau venu, on déroge au principe de non-coercition. À l'inverse, si on le laisse faire, on s'écarte du principe d'ouverture. En l'état actuel de nos connaissances, un tel problème ne me parait pas soluble de manière définitive. Toutefois, mes expériences vécues sur Wikipédia me font pencher sans aucune hésitation en faveur d'une ouverture maximale, tempérée si il le faut, et au cas par cas par, a) une exclusion des membres vraiment problématiques, mais seulement après de longues discussions préalables ouvertes à tous, après la mise en évidence formelle que le membre a bien l'intention de nuire et après un vote ouvert très largement défavorable (par exemple aux 4/5), b) une duplication des espaces de publication et une redistribution égalitaire des outils de recherche quand il s'avère impossible de parvenir à un compromis. Autrement dit, pour résumer, si le principe d'ouverture prime sur les autres principes, il doit sans cesse être rééquilibré par la prise en compte des autres principes.

Sur le plan de la ¬ę¬†politique interne¬†¬Ľ √† une science ouverte. Trois points sont √† regarder attentivement : a) la r√©partition des pouvoirs et la propri√©t√© des ressources, b) la sauvegarde des principes, c) le positionnement par rapport √† la recherche professionnelle. Ils sont en effet antagonistes sur bien des aspects. La question se pose par exemple de savoir si il faut mettre en place une plateforme collaborative centralis√©e, o√Ļ les espaces de publication sont ouverts et collectifs, ou au contraire si il faut une plateforme collective se contentant de lier des travaux r√©alis√©s et h√©berg√©s sur des plateformes ind√©pendantes. La question n'est pas simple, car une plateforme centralis√©e pose le probl√®me de savoir √† qui appartient √† cette plateforme, qui g√®re les d√©cisions collectives et qui en contr√īle l'entr√©e. Faut-il que la propri√©t√© et la gestion de cette structure soient collectives ou priv√©es ? N'y a-t-il pas alors un risque que l'organisation de cette structure finisse par d√©roger aux principes d'une science ouverte ? D'un autre c√īt√©, une structure en r√©seau pourrait d√©boucher sur une simple plateforme d'archivage de liens, ne garantissant plus la convivialit√© de l'outil. Un autre probl√®me d'une plateforme en r√©seau est qu'il serait difficile de savoir si ceux qui souhaiteraient √™tre r√©pertori√©s sur cette plateforme seraient pr√™ts √† accepter les principes d'une science ouverte. Faudrait-il alors filtrer, contr√īler les acteurs et les personnes ? Cette question peut √©galement concerner les rapports entre la science professionnelle et la science ouverte. Quelle attitude adopter par rapport aux normes et aux contenus de la science professionnelle ? Cependant, ici, la r√©ponse est limpide. Il n'y aurait aucune contrainte √† cet endroit pesant sur la science ouverte, puisque la recherche et la publication seraient totalement ind√©pendantes. Les obligations de citer, les contraintes pesant sur le vocabulaire, la n√©cessit√© d'innover seraient par exemple optionnelles. La science professionnelle ne serait donc pas l√©s√©e par le d√©veloppement de la science ouverte puisque le savoir y serait construit et √©valu√© sur de nouvelles bases, selon de nouveaux crit√®res. En revanche, il serait n√©cessaire de garantir que la science professionnelle ne puisse revendiquer, et par l√† m√™me fermer et s'approprier les produits issus de la science ouverte. Une l√©gislation similaire √† celle qui existe dans le logiciel libre, constitu√©e de licences priv√©es, devrait donc √™tre adopt√©e.

Les risques encourus à ne rien faire

S'il parait urgent d'entreprendre de telles initiatives, c'est que la menace que fait peser le monopole radical de la science professionnelle sur nos soci√©t√©s, devient de plus en plus pesante. En effet, durant la seconde moiti√© du XXe si√®cle, nous sommes pass√©s progressivement d'une science professionnelle cr√©ant un risque potentiel de d√©gradation locale du ¬ę¬†syst√®me¬†¬Ľ (pollutions localis√©es, risque d√©mograhique, risque atomique, etc.), c'est √† dire n'affectant que des param√®tres ou des √©l√©ments isol√©s ‚Äď donc plus facile √† contr√īler ‚Äď, √† une science professionnelle provoquant une d√©gradation concr√®te, massive et totale du syst√®me, c'est √† dire affectant simultan√©ment de nombreux param√®tres et de nombreux √©l√©ments interconnect√©s, et rendant donc le risque de crise syst√©mique presque in√©vitable.

Ce qui a donc chang√©, par rapport aux mises en garde des ann√©es 1930 et 1940 contre la science professionnelle, comme celles de Huxley par exemple, c'est que les effets n√©gatifs de la science professionnelle commencent √† se faire ressentir concr√®tement, et √† devenir de moins en moins contr√īlables et de plus en plus diffus. Ils ¬ę¬†surgissent de toute part¬†¬Ľ. De plus, aux risques caus√©s par le d√©veloppement de la science professionnelle qui avaient √©t√© rep√©r√©s des ann√©es 1930 aux ann√©es 1970, tels que la destruction des soci√©t√©s de subsistance, le risque de d√©rive totalitaire et le cataclysme atomique, se sont rajout√©s de nouveaux risques tout aussi inqui√©tants : pollutions chimiques, modification du climat et de l'atmosph√®re, rar√©faction des ressources, destruction de l'environnement naturel, extinction massive des esp√®ces, guerres biologiques, etc.

On assiste donc aujourd'hui √† la r√©surgence de mythes qui, autrefois v√©hicul√©s par l'id√©ologie chr√©tienne, sont d√©sormais marqu√©s du sceau scientifique. Mais ces mythes sur lesquels la science professionnelle avait fond√© autrefois son succ√®s, ses esp√©rances, son monopole et ses subventions, se sont aujourd'hui retourn√©s contre elle. Car tandis qu'elle devait nous conduire vers une utopie ‚Äď qu'elle n'atteindra probablement jamais ‚Äď, elle nous conduit toujours plus loin vers la r√©alisation d'une contre-utopie.

Ainsi, au mythe de l'immortalit√© √† laquelle elle pr√©tendait √† terme nous conduire, elle oppose aujourd'hui le risque d'une destruction de l'esp√®ce humaine. En ce sens, elle pourrait fort bien concr√©tiser le mythe de l'apocalypse. Au mythe de la nature maitris√©e par la Raison, elle oppose une destruction de l'environnement naturel, donc le mythe du paradis perdu. Au mythe de la soci√©t√© id√©ale et pacifi√©e, lib√©r√©e du chef tyrannique, elle oppose la figure concr√®te du ¬ę¬†tyran totalitaire¬†¬Ľ et de la guerre permanente. Au mythe de l'abondance, elle oppose la raret√© croissante des ressources naturelles.

Et concr√®tement, ce que l'on observe aujourd'hui, c'est que le risque de conflit nucl√©aire global n'a pas disparu, que la destruction des milieux naturels s'est acc√©l√©r√©e, que nous ne sommes pas plus √† l'abri d'une d√©rive totalitaire qu'il y a cinquante ans3, et que la p√©nurie alimentaire et √©nerg√©tique est le lot commun d'une large partie de la population mondiale. Si bien que de plus en plus, la demande sociale qui est adress√©e √† la science professionnelle n'est plus d'am√©liorer la condition humaine, mais plus modestement, de r√©parer les d√©g√Ęts qu'elle a pu engendrer, afin de nous ¬ę¬†sauver¬†¬Ľ de cette contre-utopie vers laquelle elle nous entraine inexorablement.

Ce sont là autant de menaces et de contradictions qui devraient nous amener à soupeser toute l'importance qu'il y a à engager une réflexion profonde et radicale sur l'organisation actuelle de la science professionnelle, et à tenter de lui substituer rapidement des alternatives viables et concrètes.

 

1 Au sens d'Illich

2 Pour être rigoureux, il faudrait ici distinguer les acteurs qui souhaitent accéder à la production et aux outils de diffusion du savoir scientifique (les étudiants, les amateurs), et ceux qui entrent en contact avec l'activité scientifique en ayant accès aux connaissances et applications qui en sont issues.

3 Bien au contraire, les possibilit√©s de contr√īle de l'individu se sont consid√©rablement renforc√©s au cours des derni√®res d√©cennies, le risque s'est donc peut-√™tre amplifi√©.

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