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Pourquoi lo-fi ? Par opposition radicale à ceux qui prétendent qu'il y aurait de la « bonne » et de la « mauvaise sociologie ». Lo-fi car on peut faire de la sociologie sans être mutilé, limité, aliéné par le style académique pompeux, réactionnaire, ultra-sérieux et politiquement correct qui colonise les revues académiques.

Conséquence, la sociologie lo-fi peut être mal écrite, traiter de sujets introuvables (ou pas), être non-marchande, anti-système, etc.

Etant donné cette orientation « atypique » et le flou qui entoure la notion, certaines analyses sortent parfois du cadre du laboratoire.




Quand parler ne veut plus rien dire...



Titre : Quand parler ne veut plus rien dire...
Auteurs : Benjamin Grassineau (voir aussi l'historique)
Date de création de l'article : 25-05-2022 08:53
Rubrique: La revue de sociologie lo-fi
Etat de la rédaction: finalisé
Droit de rédaction : ouvert sur invitation
Licence : Licence culturelle non-marchande


Création de la page: 25 mai 2022 / Dernière modification de la page: 17 juillet 2022 / Propriétaire de la page: Benjamin Grassineau



Résumé : Retour sur la participation de la caravane de la gratuité à une opération de Green Washing. Texte radio-diffusé dans l'émission n°14 d'entrez sans payer (mai 2022).





Parler, parler... N'est-ce pas le principal enjeu de la libération des sociétés dites « modernes » ? Comment laisser la parole libre ? Comment libérer l’expression en laissant l’action s’épanouir sous ses multiples formes ? On parle de libre-échange, en l’assimilant à l’économie capitaliste débridée ; mais l’échange libéré et libérateur n’est-il pas ancré dans la communication libre, dans la communication qui bouscule, qui renverse, qui construit, plutôt que dans le Droit, dans la parole sacrée, sacralisante, institutionnelle qui enferme, qui referme le champ des possibles sur son discours mutilant ? Pouvoir réinventer l’échange en libérant la communication - et quand on parle de communication, entendons par là, en revenant aux fondamentaux de l’école de Palo Alto, que l’action est toujours chargée de sens, porteuse d’un message explicite ou implicite.

L'échange marchand planifié et téléguidé...

Or, le propre du marché et des institutions de contrôle n’est-il pas à cet égard de rigidifier l’action, de réduire le dialogue, de cantonner l’échange à un simple transfert de propositions formelles aux potentialités et à la diversité extrêmement réduites ?

« Je propose de céder mon droit d'usage sur un bien à condition qu'on me transfère en contre-partie de la monnaie en quantité suffisante ».

Voilà le cadre. Il est fixé, figé, inamovible. Quant au droit d’usage, est-il vraiment autre chose qu’un message, une information homogène, impérialiste, incluant une contrainte, une coercition latente (« ce bien m'appartient et la police te le fera savoir si jamais tu en doutes ! ») ?

Et c'est ainsi que l’échange marchand annihile toute créativité, toute réflexion, toute co-construction du processus d’échange. Il nous renvoie au rôle de simples exécutants d’un processus dont la forme est décidée et planifiée ailleurs, en amont, dans une temporalité qui n’est pas celle où l’échange se déroule. En tant que tel, l’échange marchand est donc conservateur. Et clivant. Car en figeant les positions, en les institutionnalisant, il repousse chacun vers ses possessions, vers ce qu’il est censé valoir objectivement et qui va définir son identité.

La caravane de la gratuité : une anomalie dans la fête de l'environnement (Bram, 2022).

J’illustrerai ces propos par un évènement où nous avons été conviés à intervenir avec la Caravane de la Gratuité : la fête de l’environnement. Il se déroulait à Bram (11) samedi dernier. Le problème de fond, avec ce genre de non-évènement, tient dans le détournement sémantique, voire dans l'anhilation sémantique qu’il opèrent.

D’abord, l’usage du mot fête était totalement inapproprié. Il convenait bien davantage de parler de « marché de produits à forte teneur environnementale » ; ou, à la rigueur de salon informatif destiné aux acteurs institutionnels ainsi qu'à leurs vassaux qui étaient sans doute presque tous subventionnés... L’occasion pour eux d’écouler, en bons petits soldats, leur dogme du recyclage ou de la consommation responsable ; confondant la parole de l’écologie politique avec leur mission quasiment téléguidée d'opérateurs passifs programmés pour éliminer une rareté artificielle et des comportements populaires stigmatisés (l’un d’entre eux avait d’ailleurs installé un grand écran sur son stand ! Lol !). Consommez !! Achetez !! Goûtez aux délices de l’économie marchande en toute bonne conscience maintenant qu'elle est repeinte en vert. Mais enfin ! Comment se fait-il que vous n’ayez pas encore votre four ou séchoir solaire à 450 € fabriqué dans une menuiserie responsable (véridique...) ? Honte à vous qui ne triez pas vos déchets. Honte à la populace. Sainte mère nature la punira !!

Voilà résumé le principal message dispensé par ce groupe de « marchands de soupe verte » et de missionnaires de « la sainte parole durable », dans cette prétendue fête de l’environnement où le seul pouvoir d’action qu’on daignait vous octroyer consistait dans le droit à sortir son porte-monnaie ou dans le droit de s’inscrire dans une association pour gonfler leurs effectifs et leur garantir quelques menues subventions que l’État magnanime daigne leur jeter en pâture pour s’assurer de leur obéissance.

Alors certes, l’évènement pouvait se targuer de proposer quelques dispositifs non-marchands. Mais dans le fond, comment ne pas y voir une sorte de « no-market washing », destiné à appâter le client ou à se donner bonne conscience ? À vrai dire, la disposition même des stands révélait le caractère profondément marchand et territorialisé de l’évènement. Il trahissait l’absence de parole ou du moins, sa confiscation par des experts. Qui se souvient encore du Larzac et de ses discours enflammés, dans ces grandes surfaces bucoliques où les toilettes sèches sont la preuve évidente qu’on est du bon côté de la barrière ? Plus de discussions. Plus de parole libre. Chacun son espace, chacun son prix, chacun ses subventions. Encore que tout le monde tombe d’accord pour happer le client et l’instrumentaliser à son profit... En somme, voilà à quoi se résume l’environnement ! Quelques vagues conférences qui s’écrasent sur les récifs d’un public d’auditeurs acquis à sa cause, substituant la parole auto-légitimée de l’expert à celle du tourbillon tumultueux de la parole des citoyens qui s'émeuvent, réfléchissent, inventent des solutions, prennent en main leur environnement local sans attendre que d’autres le fassent à leur place. Cette parole sauvage, on en veut pas. On veut que vous écoutiez sagement la conférence pour que vous alliez, désormais convaincus de la légitimité de votre action, acheter votre pêle-légumes écolo-responsable et manger vos hamburgers bios sur une botte de paille. Le tout sur une musique propriétaire bien consensuelle, parce que vous comprenez, il faut bien s’adapter aux goûts du public...

Blowind in the wind ... mais pas trop quand même...

Quel tristesse n’ai-je pas éprouvé, à ce propos, en entendant Bob Dylan et son hymne à la paix, Blowin in the wind. C’est à ce moment là, je crois, qu’un musicien visiblement en galère est venu me demander quel était le bizness model derrière la caravane de la gratuité, m’expliquant que lui, il ne jouait plus gratuit car il faut bien vivre... Ainsi, je pouvais mesurer à quel point la conversion à l’idéologie marchande de ces pseudos militants de l'environnement et de la culture, est achevée. Et je ne pouvais alors qu’éprouver un profond sentiment de révolte envers ces acteurs auto-proclamés de l’environnement qui ont subtilisé un discours de transformation sociale aujourd’hui plus que nécessaire, pour en faire leur gagne-pain, tout en se donnant le beau rôle...

Je crois que tout a été résumé par un zonard militant enchanté de découvrir la caravane de la gratuité et avec qui j'ai discuté un bon quart d'heure. Vivant dans un squat, il avait pris de la prison ferme pour avoir combattu à Sivens et à Notre Dame des Landes les forces étatiques au service de la bonne parole environnementale professée par les écolos collabos qui s’écharpent entre eux pour quelque bouts de subvention. Comme il me l’a dit : « ils auraient au moins pu mettre la bière à prix libre ». Voilà. Il avait résumé l'essentiel.

Mais d'ailleurs, à qui achetait-on ces bières ou ces cafés (café qu’ils n’ont d’ailleurs pas voulu me filer gratos malgré mon insistance...) ? À qui pouvait-on légalement acheter ces drogues légales ? À une association qui souhaite ouvrir un café destiné à accueillir un espace de coworking pour du télétravail... Super ! Et pendant ce temps-là, on évoquait dans des conférences très sérieuses les causes lointaines du réchauffement climatique... Mais fallait-il vraiment aller les chercher aussi loin ?

photos

Voir les photos de la caravane en action.




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