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Les avantages de la mobilité pour les espaces de gratuité ?

La caravane de la gratuité

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Titre: Les avantages de la mobilité pour les espaces de gratuité ?
Auteur initial: Benjamin Grassineau
Création de l'article: 23-06-2022 14:29
Dernière modification de l'article: 02-07-2022 à 11:37
Rubrique: La caravane de la gratuité
Etat de la rédaction: finalisé
Droit de rédaction: ouvert
Licence: Licence culturelle non-marchande







Résumé: Texte extrait d'un projet rédigé durant l'été 2020 avec le concours de Sarah Plantier.

Les espaces de gratuité mobiles se caractérisent par leur simplicité, leur faible coût et potentiellement une diffusion facile à mettre en œuvre. Examinons pourquoi.

Les avantages de la mobilité

Si elle est nécessaire dans certains cas, la sédentarité des espaces de gratuits conventionnels peut s’avérer limitante. La mobilité d’un espace de gratuité présente alors des avantages pratiques incontestables par rapport à un « local » fixe.

Des coûts allégés et une maintenance simplifiée

Premier avantage, les coûts d’acquisition et de fonctionnement sont faibles (hors frais d’essence) comparativement à un local.

Deuxième avantage, la maintenance est simplifiée :

  • Si l’espace est plus restreint qu'un espace fixe, il y a moins de rangement à assurer1 !
  • Il est plus facile de se débarrasser du surplus2 puisqu’il peut être transporté sans trop d’effort dans une zone destinée à le recevoir3.
  • Le dispositif peut être assez facilement « laissé au repos » et ne coûte alors pas grand chose4.
  • La « maintenance » du dispositif peut être facilement partagée : par exemple, « hébergement » du dispositif sur un terrain privé, stationnement dans la rue, etc.

Un aspect encore plus ludique

L’aspect ludique, comparativement à un espace de gratuité, peut se trouver renforcé par les points suivants.

  • Il peut être facilement décoré et approprié symboliquement par les participants5.
  • C’est un moyen de déplacement ludique : l’espace de gratuité mobile peut potentiellement se rendre dans des villes avoisinantes pour des rencontres, des séminaires, etc. Il crée la surprise. On peut même potentiellement l'utiliser pour inventer de « nouvelles formes de voyage ».
  • Le dispositif peut être couplé avec des activités liées à l’art de rue au sens large.

D'une manière générale, il permet d'interagir dans l'environnement urbain ou rural de façon dynamique, pacifique et ludique.

Une meilleure couverture géographique

Par principe, un espace de gratuité mobile jouit d’une meilleure couverture géographique qu’un espace de gratuité fixe. Sa sphère d'influence couvre les lieux où il circule et où il stationne.

D’où plusieurs possibilités élargies.

Ne pas limiter l'impact direct à une seule zone géographique

À priori, l'impact en terme d'échanges effectifs, de disponibilité des affaires, de visibilité et de personnes sensibilisées à la question de l'économie non-marchande est plus large géographiquement parlant6.

Occuper des lieux normalement « sans espaces de gratuité »

Par exemple, des marchés forains, des parkings de grande surface, etc. À condition de pouvoir contourner les limitations réglementaires parfois dissuasives ! L'intérêt est ici clair. Il s'agit d'accroître l'espace non-marchand et l'amener dans des endroits où il n'est pas « attendu ».

Cartographier

C'est l'un des objectifs fondamentaux que l'on peut fixer aux espaces de gratuité mobiles. L'action de cartographie peut alors cibler :

  • les espaces de gratuité existants sur le passage de l'espace de gratuité mobile ou aux alentours (balades) ; en particulier s'il s'agit d'une caravane, d'une péniche, d'un camion... qui circule sur de longues distances7,
  • les zones favorables à l'implantation d'espaces de gratuité,
  • les acteurs potentiellement engagés dans une démarche du même type.

La liste n'est bien sûr pas exhaustive.

Construire et enrichir d'autres espaces de gratuité

Au fur et à mesure qu'il se déplace, l'espace de gratuité mobile peut contribuer à la création ou à l'élargissement d'espaces de gratuité. Deux options sont par exemple envisageables.

  • Construire un réseau de prêt et de don qui sera sans doute plus vaste que s'il se limite à un lieu fixe, et pouvant s’étendre sur une agglomération ou communauté de communes dans son ensemble (collecte d’informations).
  • Créer des espaces de gratuité de rue, ou privés, là où l'espace de gratuité se déplace.

Faire connaître la gratuité

L'intérêt d'un espace de gratuité mobile semble clair du point de vue de la diffusion des idées.

En allant directement à la rencontre des usagers, il facilite notamment :

  • leur découverte des pratiques liées à la gratuité ;
  • la transmission et la réception d’informations (les curieux viennent découvrir le dispositif, le dispositif en lui-même constitue une publicité et il est plus facile de diffuser des tracts) ;

De plus, l'impact est sans doute différent du point de vue des représentations sur l’économie du don (on vient vous proposer, vous ne devez pas aller chercher, demander, etc.) et du point de vue du « service public », normalement perçu comme un service de proximité.

Alimenter l'espace de gratuité mobile et redistribuer les ressources gratuites

Deux types d'actions sont d'ores et déjà envisageables :

  • Faire de la récupération d’objets donnables, notamment pendant les encombrants (collecte d’objets).
  • Alimenter des espaces de gratuité de rue (ou privés) et/ou distribuer des biens gratuits dans les rues à des endroits ciblés.

Réaliser des activités dans la rue

Le format étant plus souple, il permet d'accueillir plus simplement et de façon plus ouverte qu’à l’intérieur d’un local :

  • des activités d’extérieur réalisées selon les mêmes principes de gratuité : atelier vélos, petite buvette gratuite, ateliers d’auto-production, ateliers de transmission de savoir-faire ;
  • des activités artistiques liées à l’art de rue (théâtre de rue, mobilier de rue désigné destiné à la gratuité, art nomade, etc.).

Améliorer la viabilité financière

De meilleures perspectives de « revenus » que dans un local fixe, dans la mesure où le dispositif touche d’avantage de monde, ce qui accroît les possibilités de ressources pour l’association, et il peut être déplacé pour des prestations payantes.

Expérimenter sur l'échange et le déplacement du contenant

Le déplacement et le transfert d’usage du contenant peut potentiellement obéir à des règles d’échange ou de circulation qui sont proches de celles des objets présents dans un espace de gratuité (par exemple les objets parfois dits « nomades », qui contiennent une condition et un mécanisme incitant à faire circuler gratuitement l’espace de gratuité mobile).

Intérêt en terme de recherche

Ils sont de trois ordres :

  • Dans la mesure où la plateforme d’observation est mobile :
    • Elle constitue un très bon outil d’observation grâce à la multiplication des profils observés, la variation du contexte et la possibilité de réitérer des expériences en différents lieux.
    • Elle offre la possibilité de faire travailler des équipes avec des profils disciplinaires différents via la circulation entre différents espaces.
  • La plateforme permet une approche comparative entre les espaces de gratuité fixes et mobiles.
  • Elle pourrait permettre de tester des hypothèses sur l’impact de la circulation des objets à travers l’économie non-marchande.

Nous avons eu confirmation de certains de ces aspects « pratiques » dans un dispositif expérimental que nous avons conçu et commencé à tester en 2018 et 2019 : un magasin gratuit itinérant installé dans une caravane, la caravane de la gratuité, qui s’est déplacé dans une zone allant des Corbières à l’Ariège avec un passage dans la Drôme durant le Festival de la Gratuité (2018).

Formes et mise en œuvre de la mobilité

Comment le dispositif peut s’insérer dans la pratique ?

La recherche-action : une démarche adéquate

La méthode la plus adéquate pour développer un espace de gratuité mobile adapté au programme de ceux qui le déplacent, aux contraintes imposées par le terrain et aux multiples possibilités d'action, requiert une approche systémique. Les outils forgés au sein de la recherche-action sont à ce titre particulièrement pertinents. Ils permettent de prendre en compte les multiples dimensions et chemins possibles ouverts par un projet d'espace de gratuité mobile, sans en exclure aucune et tenter de les relier entre elles dans une démarche réflexive. Pourquoi se déplacer ? Comment ? Quelles finalités, quels sens donner collectivement à la mobilité et au voyage ? Et comment rattacher ce sens à d'autres pratiques de mobilité ? Toutes ces questions sont très complexes et gagnent à être inscrites dans une démarche de recherche holistique.

C'est ici que la recherche-action prend tout son sens car elle permet notamment de poser un cadre éthique sur lequel la recherche (construction et diffusion de connaissances) et l'action vont se construire. L'espace de gratuité peut alors tendre vers un espace de gratuité mobile convivial, au sens d'Illich, qui :

  • implique tous les acteurs de façon active et constructive dans son élaboration et sa diffusion, quels que soient leurs rôles et leur statuts : le dispositif n'est pas piloté par des experts, il conserve une grande souplesse quant à sa forme finale (pas de planification) ;
  • n’exclut aucune dimension, et donc, intègre des approches scientifiques, artistiques, sociales, environnementales et économiques ;
  • ne crée pas une scission artificielle entre l’activité de recherche et l’action de terrain ; un aller-retour permanent doit se faire entre les deux;
  • répond à trois principes fondamentaux :
    • impact environnemental très faible ou au moins, à bilan final positif (réutilisation des objets, notamment),
    • ouverture à tou.te.s et principes démocratiques pour les prises de décision,
    • utilisation systématique, sauf si ce n’est vraiment pas possibles) d’outils libres, c’est à dire, issus de la culture libre pour sa réalisation et sa diffusion : matériel libre, outils libres pour le site, tous les produits de la recherche-action seront copyleftés, etc.
  • s’autonomise progressivement et pourra au bout de quelques années fonctionner sans le concours de l’équipe de pilotage.

La forme

L’outil principal

Concrètement, le dispositif peut prendre de nombreuses formes. Nous avions expérimenté, avec l'association GratiLib, de petits espaces de gratuité mobile sur les marchés dès 2010, à l'aide de caddies ou de petits chariots. En 2014, nous avions pour projet d'installer une barge gratuite tractée par un bateau sur le canal du midi (secteur toulousain), mais finalement, le projet ne vit pas le jour. En pratique, la plupart des moyens de transports aptes à recevoir des « marchandises gratuites », et visitables, peuvent convenir.

Retenons néanmoins deux formats qui paraissent intéressants.

  • Une caravane équipée pour accueillir un espace de gratuité, des ateliers d’auto-production, des ateliers d’art de rue et de l’information sur l’économie non-marchande et la culture libre (ce dispositif a déjà été mis en œuvre).
  • Une petite flotte de vélos-pousse-pousse en libre-accès et équipés de remorques solidement fixées qui serviraient d’espaces de gratuité (ce dispositif reste à expérimenter).

Les outils annexes.

Ces dispositifs peuvent, et c'est même préférable pour faciliter la communication et la localisation de l'espace de gratuité mobile, être accompagnés :

  • d'outils de communication numérique, avec notamment8 :
    • une présentation du projet via un site Internet,
    • une plateforme participative (pouvant être externalisée sur d’autres sites),
    • une partie comprenant un contenu dynamique, notamment s'il y a une partie dédiée à l'art de rue,
    • un système de cartographie dynamique permettant de localiser les espaces de gratuité mobile en circulation et les zones de gratuité implantées,
    • un système incitatif pour le déplacement de l'espace de gratuité mobile (ex :possibilité de récupérer les donations dans la boîte à dons si on la déplace, ou bien, incitations à donner dans une boîte à dons pour qu’elle se déplace, mais il faut pouvoir comptabiliser la somme versée).
  • Une signalétique claire, désignée et solide fixée aux espaces de gratuité.
  • Un système de repérage implanté directement sur les espaces de gratuité mobile.

Les actions

Les différents dispositifs (vélos et caravane) peuvent avoir en commun trois fonctions :

  • Distribuer et récupérer gratuitement des ressources. C’est ce qui permettra de les identifier et c’est probablement ce pour quoi les usagers s’en empareront. Les personnes viendront et pourront se servir librement et enrichir librement le contenu de l’espace de gratuité. Ils seront également invités à participer à sa maintenance.
  • Promouvoir la culture libre. Des contenus culturels libres seront distribués et accueillis dans les espaces de gratuité mobile : présence d’un petit disque dur en libre-accès avec des contenus sous licence libre, par exemple ; organisation régulière d’ateliers autour de la culture libre.
  • Informer sur la gratuité et la culture libre. De l’information est distribuée gratuitement pour faire connaître des projets axés sur la culture libre et la gratuité.

Concernant la caravane proprement dite :

  • Proposer des affaires en prêt gratuit avec caution. La caravane propose des affaires à prêter contre caution et centralise les cautions pour les prêts des particuliers (distribution de « bons »). Dispositif testé et validé à la gratuiterie de Limoux.
  • Cartographier. C’est une dimension importante du dispositif. En se déplaçant, il sert à repérer des zones de gratuité, indiquer l’emplacement de ressources libres (fruitiers, par exemple), trouver des zones propices à l’installation de zones de gratuité ou à du mobilier d’art de rue fonctionnel (armoires à livres, par exemple).
  • Faciliter la construction d’un réseau de dons et de prêts gratuits sur et entre les espaces traversés. Les usagers des espaces de gratuité sont appelés à s’y inscrire.
  • Développer des ateliers d’auto-production gratuits et ouverts. Ces ateliers permettent le partage des compétences et l’accès gratuit et ouvert à des savoir-faire.
  • Développer l’art de rue gratuit et fonctionnel. L’espace de gratuité mobile sert de « base » pour organiser des ateliers de création et de diffusion d’art de rue fonctionnel ou d’art de rue tout court (voir Annexe).
  • Produire et diffuser des recherches. La caravane est une plateforme d’observation. Elle peut également intervenir dans des espaces de diffusion du savoir en proposant des conférences, des animations ou des ateliers pédagogiques sur place.

Concernant les vélos, ils fournissent intrinsèquement un outil au service de la mobilité gratuite.

La caravane peut se déplacer avec une régularité qui permet d’identifier des jours de passage, mais la caravane elle peut aussi amenée à intervenir dans différentes structures d’accueil ou d’autres lieux intéressants : quartiers, cafés associatifs, marchés, festivals, etc.

Notes

 

1 En supposant, toutes choses égales par ailleurs, que la « quantité de rangement » nécessaire à l'obtention d'un résultat donné croisse avec la surface ou le « volume de stockage ». En pratique, les choses s'avèrent parfois plus complexes. D'autres paramètres peuvent intervenir : organisation, nombre d'espaces de rangement (étagères, armoires, etc.), accessibilité, supports, etc.

2 Il s'agit d'un des problèmes récurrents dans les espaces de gratuité ouverts au don des usagers.

3 En pratique, on économise potentiellement sur deux actions relativement énergivores.

- Premièrement, l'espace de gratuité, en se déplaçant, peut passer à côté d'une poubelle, d'une déchèterie, d'un point relais, etc. L'« économie » provient alors du fait que le déplacement vient se greffer sur une action déjà existante. Certes, dans les espaces de gratuité gérés par des bénévoles, il peut également y avoir des tentatives pour obtenir le même résultat.
Par exemple, au magasin gratuit de Puivert, nous avions essayé de faire en sorte que les personnes qui repartaient du lieu emportent avec eux un sac d'affaires à jeter. Mais trois problèmes se posaient alors. 1. Cela pouvait générer des débats parfois houleux sur le caractère « jetable » ou non des affaires en question ! 2. Les sacs momentanément stockés étaient souvent confondus avec les affaires en bon état... - preuve au passage que le premier débat était loin d'être inutile. 3. La bonne volonté devait être réactivée en permanence pour être effective et demeurait largement insuffisante par rapport au flux parfois colossal d'affaires qui arrivaient dans le magasin gratuit ! À de nombreuses reprises, j'essayais donc de passer à la déchetterie du coin ou remplir des poubelles à droite à gauche en allant faire des courses... Ce qui permettait de faire une pierre deux coups. Enfin, je note qu'à un moment, une poubelle avait été installée près de la mairie, facilitant grandement l'action des personnes qui voulaient ranger.

- Deuxièmement, il n'y a pas d'action requise pour déplacer les affaires encombrantes de l'espace de gratuité vers le véhicule devant transporter les affaires vers leur destination (finale !).

4 Les frais « d’hivernage » sont relativement modestes pour une caravane, sans être nuls pour autant. À cela peut s'ajouter des interdictions de stationnement qui pèsent aujourd'hui sur les habitats légers (même sur un terrain privé).

5 Encore faut-il remarquer que cette caractéristique ne doit pas grand chose à la mobilité proprement dite, mais plutôt au format en tant que tel.

6 L'expérience que nous avons des magasins gratuits montre à ce sujet que leur impact est fortement lié à la proximité du lieu de résidence des personnes qui y viennent. La logique est à peu de choses près la même que celle qui prévaut dans des structures marchandes.

7 La cartographie peut notamment cibler des arbres fruitiers, des zones de cueillettes, des barbecues en libre-accès, des espaces de camping sauvage, etc.

8 Pour plus de détails, voir « Quelle plateforme numérique pour un espace de gratuité mobile ? », GratiLab, 23 juin 2022.




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