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À propos des libertés fondamentales - II - La liberté de se nourrir et de se loger

Auteurs: Benjamin Grassineau (voir aussi l'historique)
Création de l'article: 2017
Etat de la rédaction: finalisé
Droit de rédaction: ouvert
Licence: Licence culturelle non-marchande


Création de la page: 15 avril 2023 / Dernière modification de la page: 21 février 2024 / Créateur de la page: Benjamin Grassineau



Résumé: Deuxième partie d'une série d'articles portant sur l'illusion des libertés fondamentales dans les sociétés modernes.






<< partie I | partie III >>

La liberté de se nourrir

On nous affirme tout d'abord, ou plutôt on nous rabâche, que le Progrès dans les pays occidentaux a permis d'éliminer la faim. Or, c’est exactement le genre de fausses vérités qu'il faudrait systématiquement reconsidérer.

D'abord parce que la thèse de pénurie alimentaire chronique dans les sociétés dites « pré-industrielles » est peu étayée, voire contre-factuelle1. Elle s’inscrit, comme d’autres thèses pro-institutionnelles, dans l’éternel mythe des bénéfices du progrès institutionnel, et surtout de son caractère incontournable. Dans cette optique - pour ainsi dire... - le progrès ne nous a pas seulement porté vers davantage de lumière, il nous a extrait de la pénombre ! Il n’a pas seulement amélioré le contenu de notre assiette, il nous a sauvé de l’insécurité alimentaire.

Mais ce mythe est faux à double titre. En réalité, le progrès ne s’est pas contenté de nous extraire de la famine, il a au contraire lourdement dégradé notre sécurité alimentaire. Il nous a plongé dedans !

En recourant à la démarche de sociologie phénoménologique, telle est la réalité que j'observe : si je ne dispose pas de revenus ou d'un patrimoine, il m'est impossible, en théorie, de subvenir à mes besoins alimentaires avec mes propres moyens.

Je peux certes bénéficier de l'aide alimentaire quand elle existe, mais l'ensemble des ressources nutritionnelles naturelles qui sont nécessaires à ma survie, d'un point de vue nutritif, sont sous clé, indisponibles, exclus de mon usage. L'État, épaulé par ses vassaux de l'agriculture alternative ou industrielle, organise une rareté, voire une pénurie généralisée, en excluant ses serfs de l'accès aux ressources fondamentales dont ils ont besoin pour se nourrir.

  • Impossible, notamment, de cultiver un lopin de terre sur un espace public, et cela, même si je m'engage à le faire sous la forme d'un jardin libre2;
  • impossible, théoriquement, car d'un point de vue légal, il est quasiment interdit de pratiquer la cueillette;
  • impossible également de chasser ou de pêcher dans les cours d'eau sans verser une somme conséquente (ce qui revient à tirer à la loterie !);
  • illégal également le fait de glaner ou de ramasser des fruits sur un terrain privé, alors même qu'ils s'apprêtent à pourrir.

Autant dire, donc, qu'ainsi conçu, le Droit ne me laisse pas d'autre choix que de mourir de faim ou recourir à un service d'aide aux personnes précaires. Mais ce service sera d'une certaine manière illégitime. Car, d'une part, sa fourniture sera conditionnée à celle d'une preuve attestant que je subis ma situation de précarité alimentaire ; autrement dit, que je ne peux pas travailler ou que je suis endetté. Donc, c'est une manière indirecte de légitimer le fait que la nourriture doit être payante. D'autre part, ce service est généralement fourni par des organisations subventionnées par l’État qui est, concrètement, l'outil institutionnel majeur dans la création de la pénurie alimentaire non-marchande. J'entends par là, la pénurie de ressources alimentaires que je peux me procurer sans recourir au marché. Rien d'étonnant alors, à ce que ces organisations ne militent pas pour une réappropriation des espaces publics par tous, de manière à favoriser l'autonomie alimentaire. D'une part, c'est œuvrer à leur propre disparition, d'autre part, c'est aller à l'encontre de leurs financeurs.

On pourrait toutefois objecter qu'il est aisé de contourner la loi et de pratiquer la cueillette illégalement. Tout d'abord, observons que ce n'est pas le cas en ce qui concerne l'élevage et l'agriculture vivrière. À ce titre, à l'instar de ce qui se produit aujourd'hui dans les pays où les multinationales agricoles sont en passe de s'implanter, les habitants d'une région sont exclus de l'usage du sol. En ce qui concerne d'autres usages possibles du sol : chasse, pêche, ramassage de bois pour le chauffage, le constat est le même. Et on peut en dire autant de pratiques de transformations alimentaires, comme l'interdiction presque généralisée de faire des feux de camp. On peut le faire illégalement – tout au moins librement, sans être obligé de demander – mais c'est risqué. Et tous ne sont pas prêts à assumer un tel risque. Et si certaines cueillettes sont encore tolérées, si le glanage après récolte peut encore être pratiqué, si la cueillette à vocation alimentaire, tout au moins en forêt, peut encore se faire, si les feux de camp peuvent se faire à l'abri des regards, tout dépend des zones concernées. Et rien ne prouve que cet état durera. Il est précaire. Et, d’autre part, la menace d'une sanction n'est jamais absente3.

La liberté de se loger

Continuons. Nous aurions, en France, « droit au logement ».

Encore une fois c'est ridicule.

Alors même :

  • que des centaines de milliers de logements sont laissés vacants ou une grande partie de l'année – il faut voir les immeubles vides du littoral en hiver ;
  • que l’État punit sévèrement l'occupation de terrains privés ou publics par des habitats légers et mobiles ;
  • que le simple fait d'exister sur une parcelle de terre, dans un petit parallélépipède de quelques dizaines de mètres cubes coûte horriblement cher, et ceci même lorsqu'une personne est propriétaire, via les taxes foncières et les taxes d'habitation (et souvent d'autres taxes plus sournoises) ;
  • que des familles entières sont expulsées de leur logement sous prétexte qu'ils sont insalubres;

l’État, ou tout au moins l'une de ses nombreuses ramifications - associatives ou non, ose parler du droit au logement, ou pire, ose clamer cette formule lourde de préjugés, qui est celle du droit à un « logement décent ».

Mais où donc est la décence, ici ? Qui la définit ? Dieu ? Les scientifiques ? Les experts ? La doxa ? La loi cosmique ? Les hippies ? Eh bien !, si les hippies s'en mêlent, bien des ménages, qui vivent, ou survivent, dans des lotissements modernes empoisonnés par les substances toxiques et volatiles qui émanent des peintures chimiques, des objets plastiques en tout genre, vont se retrouver à la rue !

En réalité, l’État ne solutionne nullement le problème du logement. Il le crée. Ou tout au moins, il commence par le générer en rendant les conditions de vie alternatives ou traditionnelles intenables, en interdisant le squat, en empêchant l'occupation normale et légitime de la nature, avant de proposer des logements qui répondent à une conception marchande, professionnelles et soi-disant sanitaire du logement.

Adieu la liberté ! Tous dans des cages à poule! Voilà ce que nous dit en substance le droit au logement.

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Catégories: Libertés



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